Les dévotions des confreries, reflet de
l’influence des ordres religieux?

di Marie-Hélène Froeschlé-Chopard et Françoise Hernandez

Dans son important article de méthode publié en 1940, Gabriel Le Bras montre comment, en tout temps, la confrérie remplit dans l'Église une fonction supplétoire. «Au Moyen Age, elle grandit à proportion des besoins et des périls. Elle précède, puis seconde l'Inquisition, elle surpasse en austérité les sectes ascétiques, elle assure dans la désolation des guerres et des pestes l'office de la charité». Dans leur très grande diversité, et même leurs rivalités, les confréries constituent les «cadres choisis» dans lesquels s'épanouit la dévotion des fidèles. A l'intérieur de l'Église, elles jouent le rôle d'intermédiaires entre les exigences des clercs et les aspirations des laïcs1.

En posant la question de l'influence des ordres religieux sur les dévotions des confréries, c'est cette dernière perspective que nous reprendrons en nous plaçant à la période d'apogée de la Réforme catholique (fin XVIIe - début XVIIIe siècle). Cette période correspond à l'épanouissement de nombre de confréries. Quelques unes, comme celles du Sacré-Coeur, sont très récentes. Pour d'autres, comme celles du Saint-Sacrement ou du Rosaire, les modèles sont quelquefois anciens, et remontent à la grande vogue des confréries du XVe siècle ou du début du XVIe siècle. Mais à chaque création nouvelle, il semble que les religieux aient joué un rôle déterminant. Les premières confréries du Rosaire se conforment au modèle de celle de Cologne, née chez les frères prêcheurs de cette ville en 14752. La confrérie du Saint-Sacrement de Rome, à laquelle s'affilieront un grand nombre de confréries sous le même titre au cours des XVIe et XVIIe siècles, voit le jour chez les Dominicains de Sainte-Marie sur la Minerve en 1539, sous l'impulsion du frère Thomas Stella3. La confrérie des pénitents du Gonfalon de Lyon, née en 1578 dans le cloître du couvent des frères mineurs, et qui fédère par la suite un grand nombre d'autres pénitents du sud-est de la France, est la création d'un capucin réformateur (Mathias Bellintani de Salò)4. Les congrégations mariales sont fondées par les Jésuites5, etc.. On pourrait ainsi multiplier les exemples, sans oublier les nombreuses confréries de village qui naissent souvent à la suite d'une mission généralement prêchée par des religieux.

Cependant, lorsqu'on examine un ensemble de confréries dans une région donnée, cette influence des religieux ou des missions ne paraît plus aussi nette. Des études précises, qui révèlent des différences très grandes selon les secteurs géographiques, tendent à faire intervenir bien d'autres facteurs. Ainsi, le succès des confréries en Provence a été analysé par Maurice Agulhon comme un révélateur de la «sociabilité» des habitants de cette région6. Ces analyses fondamentales ont été reprises ailleurs, comme en Normandie, où la densité des confréries est également élevée à la fin du Moyen Age7. Des disparités régionales peuvent aussi s'expliquer par des modes de vie différents. Ainsi, en Alsace, pays d'habitat groupé, il n'y a qu'une confrérie par agglomération, mais tout le monde en est. Dans les Vosges, où les hameaux se multiplient, on compte par village 5 à 8 confréries qui constituent peut-être l'embryon de la paroisse en train de se former8. La confrérie semble s'adapter aux particularités des cultures régionales, même à l'intérieur d'une seule province. Tel est le cas de la Lorraine où, d'ouest en est, les confréries se font de plus en plus nombreuses, tout en adoptant des dévotions différentes9.

Influence des ordres religieux au départ, diversité régionale et culturelle ensuite, telle paraît être l'histoire des confréries.

Cependant, malgré les clivages culturels et les contrastes géographiques, il reste que toute confrérie se donne un nom. Même si cette appellation n'implique pas forcément, entre deux régions ou deux époques différentes, une organisation identique, la confrérie choisit à travers ce nom une dévotion. L'étude d'un grand nombre de confréries à une époque donnée permet alors de définir, à tout le moins d'approcher, les grands traits des dévotions de cette époque et l'influence éventuelle des ordres religieux sur ces dévotions. L'enquête que nous menons sur les brefs d'indulgences accordés aux confréries par l'administration pontificale permet cette double approche10.

1. Une source: les brefs d'indulgences

Pour dresser le tableau des dévotions des confréries sans se laisser enfermer par telle ou telle particularité régionale, il est nécessaire d'aborder les confréries à travers une vaste aire géographique et au moyen d'une source homogène. Rome, capitale de la catholicité, et qui s'impose de plus en plus en tant que telle après le concile de Trente, est le seul lieu qui permette cette approche. C'est pourquoi nous avons choisi l'étude de ce document romain qui concerne de manière particulière les confréries de l'ensemble de la catholicité11.

Certes, nous ne pouvons pas, malgré l'importance de cette source, toucher la totalité des confréries. Certaines d'entre elles envoient leurs suppliques à la Congrégation des Indulgences plutôt qu'au Secrétariat des Brefs12. Beaucoup s'adressent aux archiconfréries romaines auxquelles elles s'affilient dans le but de participer aux mêmes privilèges13. D'autres confréries, comme celles du Rosaire, dépendent directement des frères prêcheurs qui ont le monopole sur les indulgences accordées; elles n'ont nul besoin, en principe, de s'adresser au Secrétariat des Brefs pour obtenir ces indulgences14. D'autres enfin, telles les confréries du Saint-Sacrement, ont pu se contenter de l'approbation de l'ordinaire puisque cette approbation leur accordait les indulgences souhaitées15.

En outre, il est certain que les brefs ainsi expédiés aux confréries sont à l'image de la romanisation croissante de l'Église catholique. Il est probable que les confréries très éloignées de Rome, non seulement géographiquement mais aussi par leurs dévotions, se feront plus rares dans ces registres, alors que proliféreront celles qui se placent plus directement sous l'influence romaine.

Aussi faut-il être prudent dans l'utilisation de cette source. Nous prendrons comme hypothèse de départ (qui sera néanmoins à vérifier) que le document utilisé fournit un plus fort éclairage sur les dévotions «romaines», c'est-à-dire sur les dévotions propagées par Rome et sur les ordres religieux qui lui sont le plus directement soumis. L'importance de Rome s'inscrit d'ailleurs dans les variations du nombre de brefs conservés. Ils sont presque inexistants au XVIe siècle, époque de contestation des indulgences. Ils ne sont jamais aussi nombreux qu'à la fin du XVIIe siècle, au moment du plein épanouissement de la Réforme catholique.

Par ailleurs, il faut être certain que les Brefs romains livrent l'image de confréries «vivantes», soit parce qu'elles viennent de se créer, soit parce qu'elles se transforment. Le nom qu'elles se donnent ou qu'elles réaffirment correspond alors, mais alors seulement, à une dévotion bien ancrée.

La critique du document exige de déterminer à quel moment de la vie de la confrérie se place la demande d'indulgences. Comme il n'est pas possible de mener cette critique sur l'ensemble des confréries rencontrées, nous le ferons à partir de celles que nous connaissons le mieux, les confréries du sud-est de la France, étudiées à travers visites pastorales, statuts ou livres de comptes16.

Voici la confrérie des Dix mille martyrs qui a son siège dans la cathédrale de Grasse. Le bref qui lui accorde des indulgences date du 14 mars 167917. Cependant, à cette date, elle existe depuis longtemps. En 1633, c'est une confrérie importante. Elle est liée au chapitre et à la cathédrale qui possède les reliques des Dix mille martyrs, c'est-à-dire, d'après le document, celles de saint Aigulfe, abbé de Lérins, et de ses compagnons martyrisés, saints invoqués contre les maladies contagieuses, en particulier contre la peste. L'évêque qui fait mention de la confrérie la cite immédiatement après celle du Saint-Sacrement, et la distingue très nettement de toutes les autres, réduites au rôle de luminaires18. En 1679, tout semble différent. Les reliques des Dix mille martyrs sont devenues suspectes et la confrérie se range dans l'anonymat des «luminaires» de la cathédrale19. La demande d'indulgences semble avoir répondu à un désir, de la part de confrères encore influents, de donner un second souffle à une confrérie en déclin. En effet, en 1712, on apprend que les reliques des Dix mille martyrs ont été interdites, que la dévotion aux saints protecteurs de la peste s'est déplacée sur le culte de saint Roch. L'autel des Dix mille martyrs est alors entretenu par la puissante confrérie des marchands et des tailleurs d'habits20. D'une confrérie liée à la cathédrale et à l'histoire du diocèse, on est passé à une confrérie de métier. La demande d'indulgences à Rome semble avoir correspondu à ce changement.

Prenons un autre exemple de confrérie traditionnelle, celui de la confrérie de saint Jean-Porte-Latine établie dans l'église paroissiale de Montségur (diocèse de Saint-Paul-Trois-Châteaux). Cette confrérie de «romérage» fort ancienne, dédiée au patron de la paroisse, rassemble la plupart des habitants. Elle a pour principale et peut-être seule activité la célébration de la fête du saint par une grande procession-pèlerinage à l'oratoire rural de saint Jean, en présence d'un roi, d'une reine, d'un mignon, d'une mignonne et d'une immense foule venue des villages voisins, car le saint est réputé pour ses vertus thérapeutiques. Le bref d'indulgences est accordé le 15 mars 1726, à un moment où la communauté villageoise décide de reconstruire et d'embellir la chapelle rurale, pour renforcer le caractère dévotionnel de la fête21.

La confrérie de saint Joseph agonisant de Cannes (diocèse de Grasse) constitue un exemple bien différent. Dans le bref du 7 juin 1678 qui lui accorde des indulgences, elle apparaît comme une confrérie des Agonisants sous l'invocation de saint Joseph22. Avant cette date, il existait bien à Cannes, dans une chapelle Notre-Dame de Miséricorde située au bord de la mer, une confrérie de saint Joseph, mais c'était une confrérie de métier, constituée de maçons et de charpentiers. En 1649, elle avait demandé, «pour l'augmentation de la dévotion», à être transférée dans l'église paroissiale et à être érigée en «confrérie de saint Joseph pour les agonisants», arguant à cet effet d'une bulle pontificale23. Cependant, en 1655, on a toujours affaire à une confrérie de métier. Si l'autel est construit à cette date, ce n'est qu'en 1669 qu'il est désigné explicitement sous le titre de saint Joseph agonisant. Son riche décor - un très beau tableau encadré d'un retable de noyer, une statue de la Vierge en marbre, un beau balustre de noyer- témoigne de la richesse d'une confrérie de métier qui, dans ces années, s'est transformée en une confrérie de dévotion24. Le bref de 1678 paraît correspondre à un moment de plein épanouissement de la confrérie et entériner une transformation en gestation depuis une vingtaine d'années.

On retrouve ailleurs des évolutions analogues, que nous choisirons à nouveau, pour la facilité de l'exposé, parmi des confréries de saint Joseph.

A Embrun, se succèdent sous ce titre deux confréries25. La première est approuvée dès 1512, date à laquelle elle ouvre un registre tenu avec plus ou moins de régularité jusqu'en 1681. Les statuts, traduits du latin en français en vertu d'une délibération de 1543 afin que les confrères puissent «entendre ce qu'ils doivent faire et ce de quoy se doyvent astenir», se réduisent aux quelques obligations dévotionnelles de la plupart des confréries de l'époque: assistance à une messe dominicale, accompagnement des confrères décédés, cotisation à l'entrée de la confrérie, repas annuel à la charge des prieurs. La confrérie, qui a son siège dans la cathédrale (mention en 1560), est ouverte à tous, même si ses prieurs appartiennent au monde des métiers. Les confrères y sont nombreux: 86 en 1538; 80 entre 1595 et 1600, malgré les guerres de religion. Au cours du XVIIe siècle, avec un recrutement qui se resserre autour des gens de métier, elle semble s'écarter de l'influence de la cathédrale: en 1672 par exemple, le repas qui se faisait dans la maison des chanoines au XVIe siècle, a lieu chez un hôtelier. A la même époque (30 avril 1669) et contrairement à cette évolution «profane», une confrérie des Agonisants, établie dans la cathédrale d'Embrun sous le titre de saint Joseph, a obtenu des indulgences par une bulle de Clément IX. Elle a son siège sur l'autel de la première confrérie et, sans doute, la supplante-t-elle progressivement. En effet, outre que le registre de l'ancienne confrérie s'arrête en 1681, on doit remarquer que les legs testamentaires, étudiés vers 1750-1760, s'adressent aux confréries du Saint-Sacrement, du Rosaire, de saint Joseph, sans qu'il soit nécessaire de désigner cette dernière avec plus de précision. Dans cet exemple, la bulle d'indulgences ne correspond pas à une évolution de la confrérie, mais à une nouvelle association, mieux adaptée aux changements survenus dans la dévotion à saint Joseph au milieu du XVIIe siècle.

L'évolution est analogue à Barjols (diocèse de Fréjus)26. Une confrérie, «à l'honneur de Jésus agonisant sous la protection de la S.te Vierge et de St Joseph», est érigée dans cette église collégiale en 1656. Dans les statuts qui ouvrent son registre, elle entend bien en contrôler une autre, qualifiée «d'ancienne», qui avait la charge de l'autel Saint-Joseph. Confrérie des Agonisants, elle s'installe sur cet autel et organise une procession le jour de la fête du saint. Une nouvelle association définie par des pratiques de dévotion très précises, comme prier pour chaque confrère agonisant devant le Saint-Sacrement exposé à l'autel, supplante ainsi une confrérie qui se cantonnait surtout dans des activités de «luminaire». Quatorze années après son érection, en 1670, elle obtient des indulgences du pape Alexandre VII.

En 1662, à Saint-Zacharie (diocèse de Marseille), une confrérie de Saint-Joseph agonisant se crée, «soubs les statuts apreuvés et observés par les enrollés et confrères de celle érigée en l'église collégiale de nostre dame des Accoulles de Marseille»27. On a donc affaire, ici encore, à une confrérie des Agonisants28. Lors de sa fondation, elle compte 51 confrères. Puis elle paraît stagner. A partir de 1700 cependant, les inscriptions sont de plus en plus nombreuses. La confrérie atteint de 140 à 160 membres au cours de la première moitié du XVIIIe siècle. Les comptes sont clairs et les cotisations entrent régulièrement. Le déclin ne s'annonce qu'après 1755. Or, la période d'apogée de la première moitié du XVIIIe siècle s'ouvre, en 1705, par une concession d'indulgences29.

Tous ces exemples tendent à montrer que les demandes d'indulgences ne correspondent pas forcément à des créations de confréries, mais elles accompagnent un changement dans leur vie. La dévotion de la confrérie que l'on saisit à travers le bref n'est donc pas forcément nouvelle, mais on a toujours affaire à une dévotion renouvelée. Le bref se place au terme d'une lente maturation dont on peut pressentir les prémices dix à vingt ans plus tôt.

On aboutit à un résultat analogue en confrontant les modalités de la progression de telle dévotion particulière, dont on connaît précisément le développement, et celles de l'apparition de cette même dévotion dans les registres des brefs d'indulgences.

Tel est le cas de la dévotion au Sacré-Coeur30. Celle-ci prend une fulgurante extension après les apparitions du Christ à Marguerite-Marie Alacoque, jeune visitandine de Paray-le-Monial. Ces apparitions se situent entre 1675 et 1688. Dans la dernière (2 juillet 1688), le Christ, par la bouche de sa Mère, invitait la Visitation à s'assurer l'aide théologique et pastorale de la Compagnie de Jésus pour «distribuer» au monde le «trésor» qui venait de lui échoir31. Après 1690, «cette dévotion s'est répandue... avec un succès merveilleux presque par toute la France, elle a passé jusqu'en Pologne..., elle s'est établie au Québec et à Malte, et jusque dans les Indes et la Chine»32. Au début du XVIIIe siècle, des confréries se créent partout. Le père de Gallifet (jésuite), qui est lui-même un des fondateurs de la première confrérie romaine érigée en 172933, en fournit la liste dans les différentes éditions de L'excellence de la dévotion au coeur adorable de Jésus Christ34.

Par rapport à ce schéma, quels sont les résultats que donnent deux coupes chronologiques (de 2500 brefs chacune) effectuées dans notre source, l'une se situant dans les années 1676-1684, l'autre dans les années 1721-1731? Dans la première période, contemporaine des apparitions de Paray-le-Monial, c'est-à-dire à un moment où la dévotion n'est pas encore sortie des couvents, aucune confrérie n'apparaît sous ce nom. Dans la seconde, elles sont au nombre de 130 et constituent à elles seules 23% des confréries dont les dévotions se rapportent aux personnes divines. Ce chiffre de 130 ne représente pas toutes les confréries du Sacré-Coeur. Cependant, comparé au néant des années 1680, il donne une image saisissante du développement spectaculaire de la dévotion.

Ainsi, au terme de cette analyse, on peut affirmer que les brefs sont bien le reflet des variations d'une dévotion vécue.

Les limites et qualités de notre source étant clairement posées, voyons à présent quels sont les renseignements fournis. A la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, au moment où le Secrétariat aux Brefs est particulièrement bien rodé et les registres bien tenus, le document se présente de deux manières: soit il donne le texte complet du bref envoyé à la confrérie, soit il se contente d'un résumé. On ne trouve le texte intégral que très rarement, au début de chaque pontificat. Ce texte fournit la liste complète des indulgences accordées aux confrères, en particulier l'indulgence plénière le jour de leur entrée dans la confrérie et à l'article de la mort, ou quarante jours d'indulgences chaque fois qu'ils assisteront aux messes et autres offices divins que fait réciter la confrérie, chaque fois qu'ils visiteront les pauvres de l'hôpital, amèneront la paix entre les ennemis, etc. Cette énumération des «bonnes oeuvres» n'est plus reprise ensuite, sans doute est-elle semblable dans tous les brefs de cette époque. Le registre se contente alors de consigner ce qui reste spécifique à chaque confrérie. Il indique d'abord son nom, c'est-à-dire la dévotion par laquelle elle se désigne: par exemple, Saint-Sacrement, Saint-Esprit, ou saint Roch. Il précise quelquefois, mais rarement, qu'il s'agit d'une confrérie de métier, de femmes, de pénitents, etc. Il indique ensuite quel est le siège de cette confrérie, église ou chapelle indépendante, et pour chaque église conventuelle, le nom de l'ordre religieux concerné. Le document mentionne toujours la localité et le diocèse dans lesquels se trouve la confrérie. Le bref se termine par la liste des indulgences spécifiques accordées: indulgence plénière le jour de la fête, indulgences partielles liées à quatre autres jours de l'année, qui sont parfois indiqués précisement ou laissés le plus souvent à la discrétion des confrères.

Par rapport à ce que l'on peut connaître sur telle confrérie dont on a étudié les statuts, les livres de comptes et les délibérations, ces renseignements sont très succincts. Pour notre propos, ils sont cependant essentiels car ils permettent de déterminer, par le nom de la confrérie, un vaste ensemble de dévotions (le document fournit plus de 40.000 brefs). Ces dévotions peuvent être étudiées dans le temps (en procédant par coupes chronologiques) et dans l'espace (puisque chaque confrérie est située dans son diocèse)35. Il est possible en outre de mettre à part les confréries ayant leur siège dans les couvents et déterminer par là, pour une époque donnée, soit une influence, soit une relation privilégiée entre ordres religieux et confréries.

2. Dévotions des confréries et ordres religieux à l'apogée de la Réforme catholique

Voyons d'abord les dévotions de l'ensemble des confréries. Nous conduirons cette analyse à travers les deux coupes dans le temps évoquées ci-dessus, les années 1680 (exactement 1676-1684) d'une part, les années 1720 d'autre part (1721-1731), qui comportent 2500 brefs chacune. Ces deux périodes se placent aux extrémités de l'époque d'apogée de la Réforme catholique. C'est pourquoi nous étudierons d'abord les 5000 brefs dépouillés comme une image des dévotions dans cette période d'équilibre, entre les réformes du XVIIe siècle et les retombées du XVIIIe siècle.

On compte pour les deux sondages effectués 738 titres de confréries, donc plus de 700 dévotions différentes. Réparties dans de vastes catégories, ces dévotions se présentent de la manière suivante:

- personnes divines: 116

- Sainte Famille: 16

- Vierge: 117

- saints anges et saints de l'Écriture: 56

- saints du premier millénaire: 261

- saints postérieurs à l'an mil: 63

- Fins dernières: 108.

Cette énumération est révélatrice de l'importance relative des dévotions. Il y a pléthore de saints, et parmi ceux-ci ce sont les saints du premier millénaire (martyrs, évêques et confesseurs des premiers siècles) qui ont le plus de succès (35% de ces titres de confréries). On ne s'arrêtera pas sur leur multitude sauf à souligner l'importance des saints antipesteux (Antoine abbé, Sébastien) invoqués pour eux-mêmes ou associés à d'autres saints ou mystères (par exemple: Sébastien et Florian ou Sébastien et la Conception de la Vierge). Les saints mis à part, auxquels on pourrait ajouter les personnages de la Sainte Famille qui s'en rapprochent par certains aspects, trois catégories ont à peu près la même importance: Dieu, Vierge, Fins dernières.

Parmi les titres des confréries qui se rapportent aux personnes divines, rares sont ceux qui retiennent, même associé à d'autres cultes, le nom de la Trinité, du Saint-Esprit, ou de certaines qualités de Dieu (Divin Amour, Divine Grâce, Divine Providence, Divine Volonté): douze appellations différentes seulement.

Rien de tel pour le Christ. A côté des confréries qui se placent simplement sous le titre de «Notre Seigneur Jésus-Christ», il y a celles qui évoquent l'un des mystères de sa vie (Incarnation, Nativité, Transfiguration, etc.) et celles qui évoquent ses qualités de sauveur ou de protecteur (Sauveur, Jésus du Bon Secours, Divin Pasteur, etc.). Au total, 24 appellations peuvent être rangées sous la notion générale de Jésus rédempteur. Elles sont cependant moins nombreuses que celles qui touchent à la Passion (34) qui réunissent la Croix, le crucifix, Jésus crucifié d'une part et, d'autre part, tous les événements de la Passion (Calvaire, Flagellation, Ecce homo, saint Sépulcre). Sur cette Passion, viennent se greffer neuf autres dénominations touchant au sang et aux plaies du Christ (Christ de pitié, Cinq Plaies, Sainte Face). A coté de ces dévotions traditionnelles, viennent se ranger de nouvelles (Saint-Sacrement, Enfant Jésus, Nom de Jésus, Sacré-Coeur), surtout développées après le concile de Trente, même si certaines d'entre elles existent depuis les derniers siècles du Moyen Age. Dans cet ensemble (37 appellations), le Saint-Sacrement et des associations entre le Saint-Sacrement et d'autres dévotions (Esprit, Enfant Jésus, saint particulier, Vierge) constituent le groupe le plus important (22 dénominations).

Par la profusion de ces titres, les confréries liées aux personnes divines avouent une forte dévotion envers le Christ, alors que Dieu, qui a peu de vocables, semble rester une entité abstraite ou trop lointaine, inaccessible.

Les diverses appellations des confréries mariales (116 titres) font concurrence à celles du Christ.

Il y a les mystères liés aux principaux événements de la vie de la Vierge et aux fêtes liturgiques, comme l'Annonciation, l'Assomption, la Purification, etc. (23 dénominations). Il y a aussi la Vierge protectrice d'un lieu particulier, comme la Vierge de Lorette, de Guadalupe, du Pilar, etc. (11 titres), les nombreux qualificatifs de la Vierge que l'on trouve dans les litanies (21 titres), ceux qui ont trait à la Vierge de Protection (17), à la Vierge de douleur (14), à la «Bienheureuse Vierge Marie Immaculée», Vierge indéterminée dont le nom et la protection universelle s'allient avec toutes les autres dévotions et atteint ainsi 21 dénominations différentes. A côté de cette marée de dévotions traditionnelles, celles qui se sont développées plus récemment, telle la Vierge du Rosaire ou du Carmel, ne s'associent guère à d'autres cultes (neuf titres différents).

Cette simple présentation des noms de confréries, montre combien la dévotion mariale reste traditionnelle. Comme toujours serait-on tenté de dire, Marie protège les lieux et les hommes et compatit à leur souffrance. Les nouvelles dévotions qui, comme le Rosaire, cherchent à transformer la Vierge en intermédiaire entre Dieu et les hommes, restent limitées.     

On est frappé par la diversité des titres de confréries ayant trait aux Fins dernières (108 titres) qui se regroupent en deux grands ensembles: Agonisants, Mort, Bonne mort d'une part; âmes du Purgatoire ou Fidèles défunts, d'autre part. Chacun de ces titres s'accompagne souvent de dévotions précises qui expliquent la multiplication de ces dénominations: l'agonie de Jésus ou la Croix (18 titres), la Vierge des agonisants ou du suffrage, Joseph agonisant ou d'autres saints liés à la mort ou au Purgatoire, comme Anne, Michel ou les anges gardiens, Barbe ou Benoît, Nicolas de Tolentino ou André Avellino.

Cette vue d'ensemble sur les dévotions des confréries de la Réforme catholique révèle tout d'abord combien le culte des saints reste important. Parmi eux, celui qui remporte le plus de succès est soit le saint à qui on s'adresse depuis des siècles (saint du premier millénaire) soit le saint qui protège de la peste ou de la mort subite. On retrouve ici une caractéristique ancienne, liée aux lieux de culte de l'Église catholique. Dans les dévotions des confrères, qui sont probablement aussi celles de l'ensemble des fidèles, le saint reste privilégié: 54% des appellations contre 46% pour toutes les appellations concernant Dieu, la Vierge et les Fins dernières.

Pour apprécier à leur juste mesure l'importance de ces choix, il reste toutefois à en déterminer les fréquences parmi les titres des confréries. Parmi ces 5000 brefs, trois grandes catégories sont à peu près équivalentes (entre 20% et 30%). Ce sont, par ordre décroissant, les saints, la Vierge et Dieu. Les fins dernières occupent une place plus modeste, autour de 15%. La sainte Famille est très peu représentée.

Entre les années 1680 et 1720, les changements sont bien faibles dans ces grands ensembles36. Ils suggèrent néanmoins une légère progression pour deux catégories de dévotion, les personnes divines et les Fins dernières, une stagnation ou régression pour les autres, en particulier la Vierge et les saints.

Par ailleurs, toutes ces confréries, et avec elles les dévotions dont elles se réclament, se situent dans le vaste domaine de la catholicité où leur répartition n'a rien d'uniforme. Pour étudier cette répartition, nous les avons classées selon leurs diocèses, eux-mêmes regroupés en régions ecclésiastiques et en grandes unités géopolitiques: péninsule ibérique, France, Italie, pays germaniques, Europe orientale, Amérique (latine)37. Dans ce vaste ensemble, on voit le nombre des confréries qui demandent des indulgences à Rome varier très fortement d'une région à l'autre entre nos deux coupes chronologiques.

Les demandes provenant de la péninsule ibérique, qui touchent dans les années 1680 le tiers des confréries, ne représentent plus que 8 % de l'ensemble en 1721-1731. Cet effondrement est compensé, à l'est, par une montée spectaculaire des demandes provenant des pays germaniques qui, réduites à 12% de l'ensemble dans la première période, atteignent 31% dans les années 1720. Cette progression se prolonge, plus modestement, en Europe orientale où les demandes s'élèvent de 3 à 9%. Dans le même temps, la part de la France est restée stable (28% pour les deux périodes); celle de l'Italie a un peu progressé, tout en restant très modeste, passant de 17% à 21%. L'Amérique latine présente des caractéristiques analogues de stagnation (4 puis 3%).

Si on excepte l'Amérique, dont l'immobilisme marque, probablement, plutôt l'éloignement du centre romain que la stagnation du nombre des confréries38, on a là le miroir de la reconquête catholique en Europe. C'est une preuve supplémentaire que les brefs concernent des confréries en pleine vitalité: d'ouest en est, on passe d'un monde peut-être saturé en associations religieuses, dans lequel les demandes d'indulgences ne recouvrent essentiellement que des renouvellements de confréries ou des créations très spécifiques, vers un monde où les créations sont beaucoup plus nombreuses au XVIIIe siècle39.

C'est dans ces changements ou ces stagnations, tant au niveau dévotionnel qu'au niveau géographique, qu'il est possible d'analyser quel a été le rôle des ordres religieux.

Cette analyse peut être menée, comme on l'a vu, à partir de la comparaison des confréries de couvents et des confréries de paroisses.

Un premier aspect doit être souligné, qui est le caractère paroissial des confréries. Les brefs, qui ne précisent pas toujours la nature de l'église où elles se trouvent, les situent plutôt dans une église paroissiale (46% des confréries en 1676-1684; 54% en 1721-1731)40. Les confréries qui ont leur siège dans des églises de couvent sont minoritaires. Cependant, elles représentent tout de même le cinquième de l'ensemble41. Ces proportions, qui donnent beaucoup d'importance aux maisons religieuses, sont le signe d'un rôle capital des Réguliers, sinon sur les confréries elles-mêmes, au moins sur les indulgences qu'elles demandent et sur la faculté d'en obtenir.

L'importance relative des confréries conventuelles varie selon les différentes régions du monde catholique. Dans les pays germaniques, elles déclinent de 19% en 1676-1684, à 16% pour les années 1720. En Italie, elles restent très faibles (14% puis 18%). Par contre, elles se renforcent en France (20%, puis 25%), et plus nettement encore dans les pays ibériques où elles s'élèvent de 14% à 28%. C'est sur les marges de la catholicité que les confréries de couvents sont proportionnellement les plus nombreuses. En Europe orientale, elles représentent toujours plus de 40% et en Amérique latine, elles passent de 39% à plus de la moitié. Sur les confréries nouvelles de ces contrées, les ordres religieux semblent avoir exercé une influence plus directe.

Parmi ces ordres religieux, c'est la famille franciscaine qui est le mieux représentée, avec 33% des confréries conventuelles pour les années 1680, et 22% pour les années 1720. Prises dans chaque région géopolitique, les confréries des églises franciscaines occupent toujours des proportions semblables, sauf en Europe orientale où elles sont plus faibles. Les églises des Observants accueillent le plus grand nombre de confréries, celles des Capucins pratiquement aucune, comme si ces derniers s'étaient contentés de favoriser ou de renouveler des associations existantes42, sans les attirer dans leurs murs.

Après les Franciscains, deux ordres religieux, les Augustins et les Carmes, surtout présents dans les pays ibériques et en Italie, arrivent pratiquement à égalité (10% des confréries de couvent) dans les années 1680, puis perdent de l'importance, rejoignant les autres ordres qui ne rassemblent jamais plus de 7% des confréries.

En contraste avec ces mouvements de repli, quelques ordres religieux multiplient les confréries. La progression la plus spectaculaire est celle des Jésuites (4% des confréries conventuelles en 1680, 16% ensuite). Mais on doit aussi noter celles des Piaristes (4%, puis 8%)43. Cet essor s'accompagne d'un déplacement général vers l'est.

Si l'on compare à présent les dévotions des confréries conventuelles à l'ensemble des dévotions recensées au cours des deux périodes étudiées, force est de constater qu'elles ne se différencient que par de légères nuances qui révèlent deux tendances contradictoires. Vers 1680, elles amplifient un culte de saints déjà prépondérant chez les fidèles; vers 1720, elles favorisent au contraire le culte de Dieu44. Ces variations se confirment lorsque l'on met en regard, plus précisément, dévotions de confréries conventuelles et dévotions de confréries paroissiales45.

Ces évolutions parallèles, aussi bien dans la chute du saint que dans l'essor des personnes divines, montrent un accord profond dans les sensibilités religieuses entre les Réguliers et les fidèles46. Les contrastes plus forts entre confréries de couvents et confréries de paroisses suggèrent néanmoins un rôle moteur des religieux sur leurs confréries. Des confréries dont les dévotions se propagent peut-être ensuite dans les paroisses.

3. Rôle et influence des ordres religieux

Pour confirmer ou infirmer cette hypothèse, voyons dans le détail les contrastes ou les ressemblances entre confréries conventuelles et l'ensemble des confréries pour chaque grande catégorie de dévotion, chaque grande unité géopolitique.

Prenons les dévotions liées aux personnes divines. Au cours de la première période, le Saint-Sacrement est la dévotion la plus fréquente: 210 confréries s'en réclament, soit 40% des 529 confréries de cette catégorie47. Toutes celles qui invoquent la Croix ou la Passion se placent ensuite (24%). En deça, il reste peu de chose, le groupe le plus important étant représenté par celles qui invoquent simplement «Notre Seigneur Jésus Christ». Quarante années plus tard, le Saint-Sacrement, bien qu'en retrait, est toujours la dévotion qui rassemble le plus de confréries liées aux personnes divines (33%). La Croix et la Passion ont abandonné la seconde place qui est alors occupée par les confréries du Sacré-Coeur dont nous avons déjà parlé.

Dans ce passage des confréries de la Croix à celles du Sacré-Coeur, on voit très nettement un déplacement se produire, non seulement vers des dévotions plus récentes, mais vers celles qui semblent chargées de reprendre et de résumer une spiritualité ancienne. Face à cette spectaculaire progression, la plupart des autres dévotions, même plutôt récentes (Nom de Jésus, Enfant Jésus), marquent le pas. Quelques unes cependant, quoique minoritaires, progressent (Trinité) ou surgissent (Divine Providence).

Dans les années 1680, quand il s'agit des personnes divines, les confréries conventuelles invoquent de préférence, comme l'ensemble des confréries de cette catégorie, la Croix et la Passion d'une part, le Saint-Sacrement d'autre part. Mais les confréries de la Croix y sont beaucoup plus fréquentes (32%), et celles du Saint-Sacrement (16%) ne se rencontrent pas plus souvent que celles qui ont pour titre «Notre Seigneur Jésus-Christ» ou l'Enfant Jésus. En 1720, Croix et Saint-Sacrement ont perdu leur importance au profit du Sacré-Coeur, qui retient plus de la moitié de ces confréries (53%).

Au total, entre confréries de paroisses et de couvents, il y a un certain nombre de points communs. Essentiellement, ce sont les mêmes dévotions (Croix, Saint-Sacrement, Sacré-Coeur) qui ont toujours le plus de succès. Pourtant, rien n'est vraiment semblable dans les deux ensembles. Le Saint-Sacrement est surtout une confrérie paroissiale. Le passage des confréries de la Croix et du Saint-Sacrement à celles du Sacré-Coeur est beaucoup plus net dans les couvents. Le Sacré-Coeur, majoritaire dans les couvents, ne représente encore ailleurs que le cinquième des confréries liées aux personnes divines. Tout se passe comme si la nouvelle confrérie, née dans les couvents, se propageait ensuite dans les paroisses, mais plus difficilement, rencontrant en particulier la résistance des confréries de la Croix ou du Crucifix48.

Le parallélisme entre confréries de couvent et confréries paroissiales se confirme dans leur répartition géographique au cours des deux périodes.

Dans les années 1680, plus du tiers des confréries paroissiales qui invoquent Dieu se trouve dans la péninsule ibérique. Un autre tiers est en France. C'est dans ces deux régions aussi que, dans les couvents, ces mêmes confréries accusent les plus fortes proportions. Les mêmes concordances s'observent 40 ans plus tard, époque où les confréries liées à Dieu se développent surtout en France et dans les pays germaniques.

Au total, l'évolution des confréries qui invoquent Dieu ou Jésus-Christ paraît avoir subi, plus ou moins fortement, l'influence des maisons religieuses, bien que cette influence soit souvent décalée dans le temps.

Ce rôle moteur des maisons religieuses sur les dévotions liées aux personnes divines se retrouve-t-il ailleurs?

Le second groupe de dévotions en légère progression entre les années 1680 et 1720 est celui des Fins dernières, dans lequel dominent les confréries du Purgatoire d'une part, des Agonisants d'autre part.

Au début de la période, les confréries du Purgatoire sont deux fois plus importantes que celles des Agonisants. Dans les années 1720, par la forte baisse des premières, l'essor des secondes, les deux catégories sont presque à égalité. Ce changement d'orientation dénote aussi un changement dans les dévotions. En effet, le Purgatoire s'associe plus volontiers à la Vierge ou aux saints. Les confréries des Agonisants ou de la Bonne Mort, qui se placent aussi sous les mêmes protections, choisissent de plus en plus souvent le Christ. A titre d'exemple, les confréries de «Jésus agonisant» passent de 21 à 86 entre les deux périodes. Ainsi, sous le titre des Agonisants, il semble que se développe essentiellement un type de confrérie sous l'invocation de Jésus-Christ.

Ce passage du Purgatoire à la «Bonne mort», qui se produit dans l'ensemble des confréries entre 1680 et 1720, est déjà réalisé parmi les confréries conventuelles en 1680. Là, les confréries des Agonisants (62%) dépassent largement en fréquence celles du Purgatoire (38%). L'écart ne fait que se creuser par la suite car, dans les années 1720, 88% des confréries des Fins dernières adoptent chez les religieux le titre des Agonisants. Elles se créent en grande partie chez les Jésuites.

En cette période, l'écart reste grand entre les couvents et les églises paroissiales, où les Agonisants ne rassemblent que 54% des confréries des Fins dernières. Il est dû à la résistance du Purgatoire dans les paroisses. Il faut noter toutefois le rôle à part des confréries de l'Agonie de Jésus (ou de Jésus agonisant) qui atteignent alors des proportions quasi semblables (autour de 20%) aussi bien dans les couvents que dans les paroisses. Peut-être avons nous ici la trace d'un succès exceptionnel et immédiat de la dévotion, qui dépasse très vite l'influence spécifique d'un ordre religieux.

D'un point de vue géographique, ces confréries des Fins dernières sont en 1680, nettement ibériques, et secondairement françaises. Mais le phénomène n'est vraiment conventuel qu'en France. En 1720, ces confréries se sont déplacées vers les pays germaniques, sans être véritablement liées aux couvents49. On a donc ici confirmation d'un rôle spécifique des confréries des Agonisants.

Voyons à présent les dévotions qui paraissaient stagner lorsque l'on envisageait les grands ensembles, celles de la Vierge et des saints.

Le culte marial paraît en effet marqué du sceau du passé. Les confréries les plus fréquentes, dans les années 1680, sont celles qui invoquent, sans dénomination particulière, la «Bienheureuse Vierge Marie Immaculée» (22% des confréries mariales) puis, à égalité, la Conception de la Vierge et le Rosaire (15%). Mais l'originalité de ces confréries mariales reste leurs multiples appellations, dans lesquelles priment les qualités traditionnelles de Marie. Vierge sans qualification, fêtes de la Vierge, Vierge de protection constituent 84% de l'ensemble. Quarante plus tard, rien n'est fondamentalement différent, bien que les confréries de la «Bienheureuse Vierge Marie Immaculée» aient diminué de moitié. Dans les fréquences comme dans les titres, les confréries mariales reflètent une spiritualité traditionnelle, peu entamée par les nouvelles dévotions.

Dans les années 1680, les dévotions mariales abritées par les couvents ne sont pas exactement les mêmes que celles des paroisses. La Conception y occupe la première place, la Vierge de Douleur vient ensuite, tandis que le Rosaire est presque inexistant. En 1720, Conception et Vierge de Douleur restent les dévotions préférées bien que toutes deux soient en déclin. A cette date, la plupart des dévotions liées aux fêtes liturgiques de la Vierge ont énormément progressé. D'autres dévotions sont en déclin: La Vierge liée à un lieu et l'Annonciation.

Le plus remarquable dans ces confréries mariales, c'est le parallélisme entre couvents et paroisses.

Il s'est produit dans ces dévotions plus traditionnelles, une sorte d'osmose entre les laïcs et les religieux. Tout se passe comme si les religieux se contentaient de faciliter l'obtention des indulgences pour des dévotions communes. Les seules confréries qui apparaissent comme résolument paroissiales sont celles du Rosaire, sans doute parce qu'elles se cantonnent quasiment, dans les maisons religieuses, aux seules églises des frères prêcheurs.

Cette osmose se retrouve au niveau géographique. Dans chaque grande région géopolitique, dans les couvents comme dans les paroisses, les confréries mariales suivent la même évolution, qui est aussi celle de l'ensemble des confréries: importance puis chute du monde ibérique, essor parallèle des pays germaniques.

Le culte des saints apparaît plus contrasté. Les confréries qui invoquent un saint de l'Écriture accusent un net recul. De 138 qu'elles étaient en 1676-1684, elles tombent à 82 quarante cinq ans plus tard. Il en est de même de celles qui invoquent un saint des premiers siècles, bien que la chute soit moins spectaculaire (on passe de 50% des confréries de saints à 45%). Par contre, deux catégories plutôt liées à des dévotions nouvelles progressent. Ce sont les saints anges, grâce à la propagation du culte de l'Ange gardien, et les saints de la Réforme catholique, dont l'exemple le plus spectaculaire est saint Jean Népomucène (aucune confrérie en 1676-1686; 44 en 1721-1731)50. Ces résultats soulignent la complexité du culte des saints: saints protecteurs, certes, mais aussi saints modèles. La Réforme catholique a accentué le rôle du saint modèle, dont le type est saint Joseph agonisant, le saint qui meurt bien parce qu'il a bien vécu. C'est dans la perspective, particulière à la Réforme catholique, du passage du protecteur au modèle51, qu'il faut interpréter le développement de certains cultes de saints au cours des XVIIe et XVIIIe siècles.

Dans les couvents et en 1676-1684, les confréries qui s'adressent au saint postérieur à l'an mille sont majoritaires (51%). Comme pour les confréries des Agonisants, les couvents montrent ici une originalité certaine qui persiste dans les années 1721-1731. Toutefois, dans cette seconde période, par un léger recul du saint récent, un essor du saint des premiers siècles, les confréries de couvents se rapprochent de celles des paroisses et rétablissent un équilibre rompu par le choix trop fréquent de cultes neufs. Le résultat est une concordance assez grande, pour cette seconde période, entre paroisses et couvents.

Ce que confirme la géographie. En effet, l'évolution, dans chaque grande région géopolitique, est absolument parallèle pour ces confréries de saints entre couvents et paroisses laissant, dans les deux cas, une nette avance aux confréries françaises.

Au terme de cette rapide analyse, il semble que l'on puisse affirmer, tout d'abord, la validité de la source utilisée.

Même s'ils ne sont pas le miroir fidèle des dévotions à une époque donnée, même s'ils privilégient quelque peu les confréries conventuelles, les brefs donnent un aperçu de l'importance relative de ces dévotions et de leurs évolutions contrastées.

Dans la comparaison entre les confréries des paroisses et celles des couvents, il semble que l'on puisse affirmer, non pas une influence directe des ordres religieux sur les associations laïques que sont les confréries, mais une correspondance, un lien.

Au moment de la création de confréries liées à une nouvelle dévotion, l'influence des Réguliers est directe, et les brefs l'enregistrent immédiatement. C'est le cas de celles du Sacré-Coeur. Les maisons religieuses qui les abritent sont aussi, de préférence, celles qui ont oeuvré pour le développement de la dévotion: les Visitandines (26% des confréries), les Jésuites (17%) et les Ursulines (15%). Ce sont en outre ces ordres religieux que l'on voit se développer au cours de la période. Ces confréries se trouvent, dans une très large majorité en France (63,5%), pays qui a vu naître la dévotion. Il est intéressant de comparer ces résultats aux renseignements donnés par le père de Galliffet en 1733 sur 427 confréries du Sacré-Coeur, dont 316 se situent dans des maisons religieuses52. On y trouve les mêmes tendances que dans les brefs, en particulier l'importance des Visitandines (23% des confréries conventuelles), des Ursulines (16%). Mais les confréries établies dans les maisons de jésuites n'atteignent que 6% de l'ensemble. Ainsi, les brefs permettent de voir les tendances les plus importantes du développement d'une dévotion, les liens privilégiés qu'elle entretient alors avec tel ou tel ordre religieux, mais ils majorent le rôle de ceux qui sont, tels les Jésuites, particulièrement liés à Rome.

Pour les confréries qui existent depuis de nombreuses années au moment où le document les saisit, comme celles du Saint-Sacrement, de la Croix ou du Rosaire, le lien avec les ordres religieux est plus lâche. De plus, certaines d'entre elles, qui apparaissent comme nettement paroissiales, telles celles du Saint-Sacrement, sont souvent le reflet de pouvoirs locaux, voire des créations communales.

Cependant, même dans le cas de dévotions bien assimilées depuis des décennies par les fidèles, le lien avec les ordres religieux n'est pas toujours effacé. Les confréries de la Croix et de la Passion, par exemple, préfèrent nettement les couvents des frères mineurs, tant dans les années 1680 (38% d'entre elles) que dans les années 1720 (28%), comme aux temps reculés des confréries de pénitents, dont beaucoup étaient, à leur naissance, des confréries de la Sainte-Croix53.

Notes

1. G. Le Bras, Les confréries chrétiennes. Problèmes et propositions, Réédition dans Études de Sociologie religieuse, Paris, 1956, p. 422-469.

2. A. Duval, «Rosaire», Dictionnaire de Spiritualité, Ascétique et Mystique, (D.S.) t. 13, col. 937-980.

3. M.-H. Froeschlé-Chopard, Espace et Sacré en Provence (XVIe-XXe siècle). Cultes, Images, Confréries, Paris, sous presse.

4. D'après L'office de la Glorieuse Vierge Marie... Voir B. Dompnier et Fr. Hernandez, Les livres de piété des pénitents du XVIIIe siècle au XIXe siècle: la négation de la Révolution?, in «Provence Historique. Confréries et dévotions à l'épreuve de la Révolution», fasc. 156, 1989, p. 257-271.

5. Voir «Jésuites», D.S., col. 958-1065. L. Châtellier, L'Europe des dévots, Paris, 1987.

6. M. Agulhon, Pénitents et Francs-maçons de l'ancienne Provence, Paris, 1968.

7. C. Vincent, Des charités bien ordonnées. Les confréries normandes de la fin du XIIIe siècle au début du XVIe siècle, Paris, 1988.

8. L. Châtellier, Les confréries en Lorraine à l'époque moderne, Table ronde «Aux origines de la sociabilité moderne: les confréries», Rouen, 10 juin 1993, sous presse.

9. Ibidem.

10. Enquête «Indulgences et Confréries à l'époque moderne» menée avec la collaboration de Ph. Boutry (École française de Rome).

11. Archives Secrètes du Vatican (ASV) Segretaria dei Brevi, Indulgentiae perpetuae. Le fonds comprend 11 volumes de plus de 400 feuillets chacun, allant de 1580 à 1860 (avec une lacune de 1585 à 1641).

12. Ph. Boutry, Sur l'indulgence à la fin de l'époque moderne: le pontificat de Clément XIII, communication du 18 mars 1992 (séminaire d'Anthropologie religieuse, EHESS-Marseille). Parmi les 400 suppliques envoyées à la Congrégation des Indulgences entre 1758 et 1769, celles des confréries constituent une minorité (10 à 15%).

13. B. Dompnier, Les affiliations aux archiconfréries romaines. L'exemple du Gonfalon (époque moderne), in «Aux origines de la sociabilité moderne: les confréries», table ronde citée; M.-H. Froeschlé-Chopard, Espace et Sacré..., cit.

14. Les dominicains, dans le dessein de maintenir leur monopole sur l'ensemble des indulgences accordées publient, en 1671, un summarium des indulgences attachées à la récitation du Rosaire. Voir Acta sanctae Sedis... pro Societate Rosarii, Lyon, 1890-1891. Malgré ce monopole, on trouve toutefois de nombreux brefs concernant ces confréries.

15. Nouvelle encyclopédie théologique... publiée par M. L'abbé Migne, t. 27, Dictionnaire des indulgences, 1852, col. 1194. Le 15 février 1608, Paul V déclare que les confréries du Saint-Sacrement, érigées par l'autorité du Saint-Siège ou par l'ordinaire, jouiront par là même de toutes les indulgences attachées à la confrérie du Saint-Sacrement de Rome, érigée dans l'église de Sainte-Marie sur la Minerve. Innocent XI, par sa constitution du 1er octobre 1678, Injuncti nobis, confirme cette déclaration dans les mêmes termes en décrétant «que les confréries du Saint Corps du Christ érigées sous l'autorité apostolique ou de l'ordinaire, en n'importe quel lieu, seront et doivent être participantes... de tous les privilèges, concessions, indulgences, facultés, grâces et indults accordés nominativement et expressement par... Paul V à l'Archiconfrérie du Saint-Sacrement de la Minerve». Bullarium romanum, t. 8, Rome, 1734, p. 57-58. Cependant, malgré ces textes et comme pour le Rosaire, on trouve de nombreux brefs concernant ces confréries.

16. Les Confréries,L'Église et la Cité, actes du colloque de Marseille, EHESS, (textes réunis par M.-H. Froeschlé-Chopard avec la collaboration de R. Devos), Grenoble, 1988.

17. ASV, Segretaria dei Brevi, Indulgentiae perpetuae, vol. 5, fol. 92r.

18. Archives départementales des Alpes-Maritimes (ADAM), G 20, visite pastorale de Villeneuve, le 5 novembre 1633. Nous rappelons que le terme de «luminaire» désigne d'abord une confrérie chargée de l'entretien et de l'éclairage d'un autel. Selon le cas, elle peut être importante par le grand nombre de ses adhérents ou se réduire à ses «recteurs».

19. ADAM, G 24, visite pastorale de Roquemartine, le 3 avril 1679.

20. ADAM, G 27, visite pastorale de Mesgrigny, 11 mai 1712.

21. Archives communales Montségur (Drôme) Séries BB et CC. Cl.-F. Achard, Description historique, géographique et topographique des villes, bourgs, hameaux de la Provence ancienne..., 1787. J. Lacroix, L'arrondissement de Montélimar, t. 6, Valence, 1882, pp. 344-346.

22. ASV, Segretaria dei Brevi, Indulgentiae perpetuae, vol. 5, fol. 74v.

23. ADAM, G 1038, visite d'Antoine Godeau, le 26 décembre 1649.

24. ADAM, G 21 et G 22, visites de Bernage, le 24 juin 1655 et le 13 novembre 1669.

25. R. Brès, Deux confréries d'Embrun sous le patronage de saint Joseph (XVIe-XVIIIe siècle), communication du 4 novembre 1993 (séminaire d'Anthropologie religieuse, EHESS-Marseille).

26. V. Frantz, Le culte de saint Joseph dans les diocèses limitrophes de la Provence, mémoire de D.E.A. sous la direction de M. Derlange et de M.-H. Froeschlé-Chopard, Université de Nice, 1993.

27. Archives départementales du Var, 6 E 25, Saint-Zacharie, confrérie de saint Joseph agonisant.

28. Trésor de la dévote confrérie des Agonisants érigée dans l'église collégiale et paroissiale Notre-Dame des Accoules de la ville de Marseille, Marseille, 1786, 48 p. Ce petit livre donne le titre de la confrérie «Notre Seigneur agonisant sous la protection de saint Joseph» et un sommaire des indulgences, accordées par une bulle du 1er juin 1645. La confrérie de Marseille semble également avoir servi de modèle pour la confrérie d'Embrun.

29. ASV, Segretaria dei Brevi, Indulgentiae perpetuae, vol. 6, fol. 367v: 24 janvier 1705.

30. A. Hamon, Coeur (sacré), in «D.S.», t. 2, col. 1023-1046.

31. E. Glotin, Réparation, in «D.S.», t. 13, col. 370-413.

32. J. Croiset, s.j., La dévotion au sacré Coeur de Notre-Seigneur Jesus-Christ, Lyon, 1691, p. 13-15.

33. P. Dudon, La première confrérie romaine en l'honneur du coeur de Jésus (1729), in «Études», 1918, t. 156, pp. 298-308.

34. Nous avons consulté l'exemplaire qui se trouve à la B.M. de Marseille, édition d'Avignon, Domergue, 1734. La première édition est parue à Lyon en 1733.

35. M.-H. Froeschlé-Chopard, Confréries et indulgences dans la catholicité aux 17e et 18e siècles, d'après les sources vaticanes, in «Aux origines de la sociabilité moderne: les confréries», table ronde citée.

36. Voir le schéma correspondant: «Évolution des dévotions à travers 5000 brefs d'indulgences accordées aux confréries».

37. Il n'y a que trois confréries, en 1721-1731, pour l'Amérique du Nord.

38. Si l'on en croit ces résultats, il faut également mettre l'Irlande catholique - complètement absente ici - dans les régions éloignées du centre romain.

39. A titre d'exemple, dans les diocèses de Toul et de Strasbourg, un grand nombre de confréries connues en 1789 ont été fondées au XVIIIe siècle. Dans le diocèse de Toul, le tiers des confréries a été créé entre 1730 et 1780. 40% des confréries de l'ancien diocèse de Strasbourg ont été établies entre 1750 et 1798. L. Châtellier, La religion des pauvres, Paris, 1993, p. 332.

40. Si l'on tenait compte de toutes les confréries situées dans des églises mal définies, qui sont probablement également paroissiales, ces pourcentages seraient encore plus élevés.

41. Ces proportions se renforcent légèrement entre les deux périodes, passant de 19% à 23%.

42. B. Dompnier, Les missionnaires, les pénitents et la vie religieuse aux XVIIe et XVIIIe siècles dans Les confréries de Pénitents (Dauphiné-Provence), Valence, 1988, pp. 139-159; Enquête au pays des frères des anges, Publications de l'Université de Saint-Etienne, 1993.

43. Dans une moindre mesure, deux ordres féminins sont également en essor: les Visitandines (1,5%, puis 5%) et des Ursulines (2%, puis 6%).

44. Voir le schéma: «Répartition des dévotions: 1676-1684; 1721-1731. Confréries dépendant des ordres religieux: totalité des confréries».

45. Voir le schéma: «Répartition des dévotions: 1676-1684; 1721-1731 (A, Confréries ayant leur siège dans une maison religieuse; B, Confréries ayant leur siège dans une église paroissiale)».

46. L'accord entre Réguliers et fidèles est analysé, à propos des Capucins, par B. Dompnier. Voir supra: Ordres, diffusion des dévotions et sensibilités religieuses. L'exemple des Capucins en France (XVIIe-XVIIIe siècles).

47. Il faut rappeler que ces confréries pourraient, en principe, être totalement absentes de ces registres puisque elles jouissent automatiquement des indulgences accordées à la confrérie de la Minerve dès qu'elles sont érigées par l'ordinaire. Leur fréquence ici tend à montrer que, pour les confrères, rien ne remplace le bref accordé spécialement à leur confrérie. Comme on retrouve le même phénomène pour les confréries du Rosaire, on peut en déduire que le document utilisé est également fiable pour ces grandes confréries, même si leur part est probablement un peu plus faible qu'elle ne devrait, en raison justement des indulgences accordées automatiquement.

48. Cette résistance peut se vérifier dans la répartition géographique de ces confréries. Les confréries du Sacré-Coeur progressent aux dépens de celles de la Croix en France. En Espagne-Portugal et en Italie, où le Sacré-Coeur est peu développé en 1720, ces confréries de la Croix restent importantes.

49. Les pays germaniques rassemblent 52% de la totalité des confréries des fins dernières, mais 25% seulement des confréries conventuelles invoquant les Fins dernières.

50. Jean Népomucène est canonisé en 1729 seulement. Pour les saints, il faudrait mener, parallèlement à cette étude des dévotions, une étude des prénoms. Dans une thèse en cours, menée sur des lignages nobiliaires en Allemagne, Philippe Duhamelle voit apparaître le prénom de Nepomuk à partir de 1700. Ce prénom est parmi les plus utilisés après 1750.

51. Ceci est particulièrement net dans les études iconographiques. Voir J.-M. Sallman, La représentation imagée de la sainteté dans l'Italie méridionale à l'époque de la Réforme catholique in «Bibliothèque de l'École des Chartes», 1989, 147, p. 419-432, et M.-H. Froeschlé-Chopard, Espace et Sacré... , cit., 2e partie Le monde du 'dedans'. Évolution et résistances.

52. J. de Gallifet, s. J., L'excellence de la dévotion au coeur adorable de Jésus Christ, cit., pp. 176-199. 55% de ces confréries se trouvent en France et en Savoie.

53. On a sans doute ici la trace de l'action des Capucins dans les paroisses, dont les missions développent au XVIIIe siècle la dévotion à la Passion et la mise en place des chemins de croix. Voir B. Dompnier, art. cit.