Terre sainte et mission au XVIIe siècle

di Bernard Heyberger

Dans l'Église romaine, les concepts de mission, de croisade, de pèlerinage et d'union des chrétiens sont intimement liés, se référant aux mêmes textes et aux mêmes expériences. Ce sont les réflexions du XIIIe siècle autour de la «guerre juste», de la responsabilité pastorale des papes, des relations avec les infidèles, les juifs et les païens qui fondent la pensée moderne de la mission.

Au moment où les expéditions militaires contre l'Infidèle dévoilaient leur éloquente inefficacité, ou, pire, leurs sordides ambitions politiques, au moment où la coexistence avec les musulmans s'organisait, un droit de la croisade se formait, fondé sur une théorie juridique; et une véritable institution, chargée de rassembler hommes et biens pour la défense des Lieux Saints, s'érigeait à l'échelle de l'Europe. (Canon Ad Liberandam, du concile du Latran, 1215).

Par ailleurs, l'expédition militaire était critiquée d'un point de vue théorique, justifiée seulement comme préalable à un effort d'évangélisation dans la pensée d'Innocent IV, condamnée à la défaite, pour Joachim de Flore, si elle n'était précédée d'une victoire intérieure sur le péché. Raymond Lulle, qui a été le plus prolifique sur le sujet, semble avoir constamment oscillé entre la persuasion pacifique et la condamnation du recours à la violence d'un côté, les appels à la guerre contre l'infidèle, et l'endoctrinement forcé de l'autre. Des expériences concrètes de prédication et de conversion pacifique ont été menées par les Ordres Mendiants, sur les traces de Saint François lui-même, auprès des Musulmans et des Mongols. Elles ont donné naissance à une première réglementation et jurisprudence en matière de mission, et à l'élaboration de traités de méthode missionnaire (Ricoldo de Montecroce, Libellus ad Nationes Orientales; Raymond Lulle, Tractatus de modo convertendi infideles)1. C'est aussi au XIIIe siècle que se sont réalisées les premières expériences d'union avec les chrétiens d'Orient, notamment avec les Maronites et les Arméniens.

Les hommes de la Réforme catholique, ceux en particulier qui se sont préoccupés de la Terre Sainte, des chrétientés orientales, et de l'Islam, restaient immergés dans ces expériences et ces réflexions du XIIIe siècle. Ignace de Loyola, dans sa vie et ses écrits, illustre parfaitement les liens étroits qui unissent, pour lui, croisade, pèlerinage et mission2. Pacifique de Provins, fondateur des missions capucines du Levant, revenu d'Orient à Rome, évoquait en janvier 1623, les prophéties d'une sybille et de l'«abbé Joachim», selon lesquelles c'est à l'ordre de Saint François qu'il incombait de convertir l'Orient et le pays sujet de Mahomet. Le même, passant à Majorque en 1629, y découvrit avec surprise la vénération dont y jouissait Raymond Lulle, et retint de sa pensée l'idée qu'on peut démontrer aux infidèles la vérité de la religion chrétienne par des arguments rationnels, avec le souhait que «la raison serve à la foi». Par la suite, il s'est associé à un ouvrage qui cherchait à réhabiliter Raymond Lulle en France, où beaucoup le tenaient pour hérétique3.

En même temps, l'organisation par les papes des secours matériels et humains pour la guerre contre l'infidèle, ainsi que les privilèges spirituels qu'ils accordaient, continuaient la tradition élaborée dans ce domaine au XIIIe siècle. De même, l'organisation de la province franciscaine de la Terre Sainte, et toutes les institutions consacrées à la garde des Saints Lieux, fondées au XIVe siècle, restaient en place4.

L'effort missionnaire de la Réforme catholique au Levant devait donc nécessairement s'inscrire dans ce cadre mental et matériel préexistant, qui devait à son tour rejaillir sur l'organisation et les résultats de la mission.

1. Croisade, pèlerinage et mission: eschatologie et spiritualité

1.1. Attente du Règne

Comme celles d'Amérique au même moment, les premières entreprises missionnaires en Syrie, au XVIIe siècle, se nourrissaient de spéculations eschatologiques. L'oeuvre missionnaire était un moyen de réaliser le plan de Dieu, qui consistait à oeuvrer à l'union des chrétiens, à la réforme des croyants, à la lutte contre le Turc, afin de préparer l'accomplissement imminent des temps5.

On ne s'étonnera pas que ces thèmes aient été particulièrement diffusés dans la famille franciscaine: j'ai déjà mentionné l'allusion du capucin Pacifique de Provins aux prophéties de Joachim de Flore. Francesco Quaresmio (Quaresmius), mineur observantin, a été gardien et ministre provincial de son ordre à Milan, avant de partir au Levant, où il a passé plus d'une dizaine d'années. Il a été deux ans gardien à Alep, puis il a présidé pendant six mois la Custodie de la Terre Sainte (1618). Retourné en Europe en 1620, il est revenu dans la grande ville syrienne en 1627-1629, comme commissaire apostolique chargé, sans résultat, d'une délégation auprès des Nestoriens de Mésopotamie pour les amener à l'union. A la fin de sa carrière, il est devenu définiteur et procurateur général de son ordre (1645-1648). Il a été un des informateurs de Francesco Ingoli, secrétaire de la Congrégation De Propaganda Fide6.

Il est l'auteur d'une volumineuse histoire de la Terre Sainte, (Anvers, 1634), qui a servi d'ouvrage de référence7. Comme Ignace de Loyola et bon nombre de ses contemporains, il s'y montre extrêmement sensible à l'extension (dilatatio) infinie de l'empire turc et de l'islam, favorisée par les divisions européennes. Il reprend l'argument de la responsabilité de Luther dans le recul de la Chrétienté face aux musulmans, notamment en Hongrie, pour avoir enseigné que l'avancée turque devait être reçue comme un châtiment des fautes, et qu'il ne servait donc à rien de s'y opposer8.

Toutefois, depuis longtemps, la nécessité de la croisade ne faisait plus l'unanimité. Quaresmio qui en était toujours partisan, s'étend très longuement sur le sujet, mais il doit consacrer de nombreuses pages à exposer, puis à combattre, les thèses défaitistes ou attentistes, fondées sur des arguments théologiques ou réalistes. Il rejette les solutions de compromis, se félicitant du refus opposé par le pape Sixte Quint en 1586 au sultan Amurath (Murâd), qui lui proposait le transfert du Saint Sépulcre ou l'acquisition de la ville de Jérusalem, et se réjouissant que Dieu n'ait pas voulu que Ferdinand Ier de Toscane menât à bien son projet de transporter le tombeau du Christ à la chapelle Saint-Laurent de Florence9.

Malgré son insistance, Quaresmio lui-même ne semble guère croire à une éventuelle guerre de reconquête. Il pense même qu'à moins d'un miracle, les forces chrétiennes divisées ne parviendront pas à extirper l'islam. Car sa vision apocalyptique de l'histoire l'amène à affirmer que l'Empire ottoman, très étendu, ayant des racines profondes et fermes, durera jusqu'à l'avènement de l'Antéchrist, et que la Terre Sainte ne sera récupérée qu'à la «plenitudo temporis, et alors seulement, quand Jésus-Christ viendra». Si Mahomet, préfiguré dans plusieurs passages de l'Ancien Testament, ne peut être tenu pour l'Antéchrist, il en est du moins un des nombreux précurseurs. Et, contrairement à l'opinion des docteurs, qui pensent que l'ultime ennemi sera juif, l'auteur le voit plutôt musulman. Ce n'est qu'après la victoire définitive sur celui-ci que l'Église triomphera, et dominera la Terre de Promission. Quaresmio ne donne pas de terme précis à cet accomplissement du temps. Mais il le croit proche, la guerre sainte étant ainsi une nécessité pour préparer le Règne, dans la tradition de la croisade médiévale10.

L'auteur ne fait que reprendre des idées couramment admises en son temps, et directement inspirées des élaborations théoriques du XIIIe siècle. Il en est de même lorsqu'il aborde le dilemme guerre / prédication. Pour lui, ce n'est qu'après le triomphe de l'Église sur l'Antéchrist que pourra se réaliser entièrement la conversion des infidèles. Parmi ceux-ci, il faut distinguer les non-baptisés (juifs et musulmans) des schismatiques et hérétiques. Sur ces derniers, par le baptême, l'Église a acquis un pouvoir direct, l'autorisant à recourir à des peines spirituelles et temporelles pour les pousser à embrasser la foi catholique11. On peut douter que, pénétré d'une telle théorie, Quaresmio ait pu séduire les chrétiens séparés, vers lesquels il a été envoyé12!

L'espoir d'une nouvelle croisade, et l'attente eschatologique du Règne semblent avoir été assez largement partagés par les religieux latins du Proche-Orient au XVIIe siècle, y compris les jésuites13. L'un de ces derniers, Nicolas Poiresson, s'est montré très attentif, dans ses relations, à tous les présages d'une fin prochaine du «mahométisme»: un incendie, une inondation, un tremblement de terre, une peste, une éclipse de soleil:

L'eau et le feu sont les avant-coureurs de la colère de Dieu, qui se terminera à rendre à Notre-Seigneur ce qui n'est sorti de son domaine que par une injuste usurpation14.

Précisément dans ces années-là, l'Occident scrutait les signes du ciel. Le fait que ce Père, originaire de Champagne, ait été formé en Lorraine entre 1620 et 1650, n'est peut-être pas indifférent à son inspiration: on sait que l'idéologie de la croisade, déniant toute séparation entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel, valorisant la lutte contre l'«hérésie moderne» et l'islam, portant haut la succession de Charlemagne et de Godefroy de Bouillon, était particulièrement vivace dans le Duché15. Les augures de Nicolas Poiresson furent en tout cas repris et publiés en 1660 par Joseph Besson (S. J.) dans la conclusion de sa Syrie Sainte, intitulée «Que le temps de la moisson est venu»16. Ces prédictions et ces attentes avaient également cours, semble-t-il, auprès des Orientaux eux-mêmes, musulmans et chrétiens17.

1.2. Décadence et restauration du christianisme en Orient

Dans cette perspective eschatologique, la réforme de l'Église et des chrétiens est une autre impérieuse obligation. Quaresmio rappelle que les juifs de l'Exode ont échoué plusieurs fois à entrer dans la Terre Promise à cause de leurs péchés. C'est aussi la principale cause avancée pour la perte de Jérusalem par les Croisés, les rois francs ayant même introduit des prostituées dans leur camp. Il faut de bons prédicateurs dans l'armée, et une pratique régulière des sacrements (confession et communion) parmi les soldats, pour vaincre le Turc18.

La dépopulation et la ruine étaient des signes visibles de la dégénérescence du christianisme et de la morale chrétienne en Orient. Nombreux furent les religieux qui s'apitoyèrent sur la ruine et le dépeuplement de la Syrie, par rapport aux temps bibliques et à l'Antiquité chrétienne. Joseph Besson rappelle dans son ouvrage qu'au temps de Néron, on comptait à Jérusalem 2.700.000 participants à la Pâque, et que d'après Flavius Josèphe, le siège de Titus fit 11.000 morts et 900.000 esclaves, tandis que la population actuelle de la ville est évaluée par lui à quatorze ou quinze mille habitants, l'équivalent d'Avignon. La Galilée comptait 404 villages, qui d'après Flavius Josèphe, pouvaient fournir 15.000 hommes capables de porter les armes. Mais les montagnes de la Palestine se sont vidées, et les sources se sont taries: ce sont là les conséquences du péché19.

Les croisades historiques (XIe-XIIIe siècle) sont tenues en partie pour responsables de cette triste situation. Les chrétiens actuels, dit Joseph Besson, sont meilleurs que les chrétiens infidèles qui ont profané la Terre Sainte sous les rois Guido de Lusignan, Jean de Brienne, et le patriarche Héraclée. Leur débauche avait rendu nécessaire l'intervention des sultans et des califes, tels de nouveaux Nabuchodonosor20.

Ainsi, c'est une véritable oeuvre de restauration que sont appelés à entreprendre les missionnaires de la Syrie. Au début du XVIIIe siècle, le jésuite Charles Néret retrouve les mêmes accents pour évoquer les ruines de Saint Jean d'Acre:

Cette ville méconnaissante de toutes les graces dont Dieu l'avoit comblée, se rendit beaucoup plus criminelle par ses brigandages et ses impudicités, qui la jetterent dans l'idolâtrie. Elle fut abandonnée par ordre de Dieu à la merci des Sarrasins, qui y mirent tout à feu et à sang.

Cette vision négative du passé contraste cependant avec l'action présente, et la légitime. Toujours à propos de Saint Jean d'Acre, l'auteur ajoute:

Plusieurs Marchands s'y sont venus établir, et demandent des Missionnaires pour y établir la foi catholique, la pureté des moeurs, et la ferveur du Christianisme21.

La même conception de l'histoire inspirait la perception que les missionnaires avaient du christianisme oriental. Celui-ci se serait éloigné de la Mère Église par le schisme, dont le fruit aurait été l'ignorance, avec l'introduction d'«abus» et de «superstitions». Des rites traditionnels de l'Orient, mal compris, sont interprétés de façon anachronique comme des déviations par rapport à la saine liturgie de l'Église romaine. (Cette confrontation de liturgies et de conceptions ecclésiologiques différentes avec l'histoire officielle du christianisme admise en Occident, pouvait d'ailleurs soulever des questions embarrassantes22). Des pratiques sociales moralement condamnées en Occident, comme le fait de se déchausser à l'entrée du sanctuaire, de faire payer une dot à la famille de l'époux, ou bien le confinement des femmes et la vendetta, sont attribuées à une influence néfaste de l'Islam23.

Les missionnaires latins ont de plus eu tendance à voir dans les hétérodoxes de l'Islam des chrétiens dégénérés à force d'éloignement et d'absence d'encadrement. La croyance à l'extraction croisée des Druzes est presque universellement admise au XVIIe siècle. Ils tireraient leur nom de la ville de Dreux, d'où seraient originaires leurs ancêtres. Certains des intéressés eux-mêmes ont d'ailleurs repris à leur compte cette opinion. Leur tendance au syncrétisme renforçait encore la conviction, qu'ils avaient des origines chrétiennes. Joseph Besson indique qu'ils pratiquent une sorte de confession et de communion24.

De même, lorsque les religieux ont découvert les Nusayrî-s (Alaouites, appelés dans les sources Ansariés ou Kelbins), ils ont interprété leur nom comme «mauvais chrétien» ou comme un diminutif, «petit chrétien» (Nusayrî est proche de Nasrânî, plur.: Nasârâ, nom donné aux chrétiens par les musulmans). Dans son rapport de 1669, le supérieur capucin de Tripoli Yvon de Ploermel, qui a réussi à séjourner parmi eux, rapporte qu'ils croient à la Trinité, que Jésus est fils de Dieu, qu'ils lisent l'Evangile, honorent les saints, célèbrent certaines fêtes chrétiennes, et pratiquent un lavage rituel des enfants à quatre ans (mais on doute qu'ils prononcent les bonnes paroles du baptême!). Comme les chrétiens, ils font leurs oraisons vers l'Orient, mais pratiquent aussi la circoncision et l'abstention de la viande de porcs, et croient en la transmigration des âmes25.

En 1668, les capucins d'Alep sont entrés en contact pour la première fois avec les Kurdes Yâzîdî-s du Djabal Sim(ân, à une journée de la ville. Une fois de plus, on évoque à propos de ce peuple déshérité des origines franques. Ils seraient les survivants des anciennes principautés d'Edesse et d'Antioche26!

1.3. Missionnaires pèlerins

La Terre Sainte restait aussi le lieu par excellence du pèlerinage. Les religieux trouvaient là un aliment à leur spiritualité, toute concentrée sur la personne du Christ. Charles Néret, par ailleurs inspiré par le modèle de Saint Jérôme, rapporte ainsi son départ pour l'Orient:

Ma vocation pour la Syrie avoit fait naître dans mon coeur le même désir qu'eut saint Ignace après sa conversion, d'aller visiter les saints Lieux. Je quittai la France avec joie, et je traversai la Méditerranée, dans l'espérance de pouvoir bientôt offrir à Dieu mes voeux dans le Temple de Jérusalem, et au pied du saint Sépulcre de notre Sauveur27.

Et Joseph Besson, qui a effectué le pèlerinage à partir de sa mission d'Alep, écrit:

Quant à la méditation des mystères de nostre Religion, il est vray que cette terre nous éleve plus facilement vers le Ciel, et ces mysteres nous devenans comme sensibles, nous sont plus intérieurs. C'est sous cet arbre, que Iesus mon maistre s'est reposé autrefois; il a marché par ce chemin, dit l'homme de Dieu; il a beu des eaux de cette fontaine; il a honoré ces rües de sa présence; voilà son desert, c'est icy le lieu de son Baptesme, cette petite ville a esté sa nourrice; il a passé vingt trois ans de sa vie cachée dans le petit cercle de ces montagnes; là il a respandu du sang; icy il a versé des larmes28.

Beaucoup des religieux en mission en Orient ont accompli le pèlerinage aux Lieux Saints. Adrien Parvilliers, Nicolas Poiresson, Joseph Besson, Michel Nau et Charles Néret, tous missionnaires jésuites en Syrie, l'ont effectué, et en ont confié le récit à leur plume, à des fins éducatives et édifiantes. L'ouvrage du premier, intitulé Les stations de Jérusalem pour servir d'entretien sur la Passion de Notre Seigneur J. C., (1680) a été le plus largement diffusé, connaissant de nombreuses rééditions dans plusieurs langues, jusqu'à la fin du XIXe siècle29.

Le capucin Justinien de Neuvy, qui accomplit le pieux voyage pour Pâques 1667 (du 4 mars au 4 mai), allant à pied d'Alep à la Ville sainte et retour, associa au pèlerinage la mission. En effet, ce fut à l'invitation des Arméniens de la métropole syrienne qu'il se joignit à la caravane qui partait chaque année à destination de Jérusalem. Il marchait avec eux, dormait à la dure, et pratiquait leurs jeûnes rigoureux, ne mangeant qu'après trois heures de l'après-midi, et s'abstenant de tout poisson, beurre, fruit, huile et vin. Il instruisait en voyage ses compagnons, notamment un prédicateur arménien, qui avait réussi à soulever les foules d'Alep, et auquel il s'était lié d'amitié. Puis, pris sous la protection d'un fonctionnaire turc, en route avec sa troupe pour une province égyptienne, il veillait à lui suggérer la supériorité du christianisme sur l'islam. Il écouta la confession des Maronites habitant près du Mont Carmel, puis à Jérusalem, celle d'un certain nombre de pèlerins, en arabe, arménien, français et italien30.

Les ouvrages d'Adrichomius, qui ont popularisé le chemin de Croix, figuraient communément dans les références des missionnaires du Levant31. On sait que cette dévotion est devenue un exercice populaire en Espagne, dès la première moitié du XVIIe siècle, qu'elle fut introduite en Italie dès 1628, et largement diffusée dans toute l'Europe au XVIIIe siècle32.

Les chroniqueurs carmes rapportent que Francesco della Croce, né près de Tolède, appelé à la vocation religieuse chez les carmes après une existence profane, partit d'Espagne pieds nus, portant sur l'épaule une croix de quinze livres, pour un pèlerinage de pénitence à Rome et en d'autres lieux. Puis il s'embarqua à Venise pour Jaffa, et rencontra Prosper du Saint Esprit, qui avait refondé le monastère carme du Mont Carmel. Ensemble, ils firent le chemin de Jérusalem, où Francesco planta sa croix dans le trou de la Vraie Croix, au Calvaire. Puis, il repartit en Europe, et exposa sa croix sur l'autel de son couvent en Espagne, où il mourut en 164733.

Mais ce furent les franciscains qui furent les principaux propagateurs de la dévotion à la Passion du Christ. Leurs monastères d'Espagne et d'Italie étaient presque tous pourvus d'un chemin de Croix de quatorze stations à la fin du XVIIe siècle. A son retour de Syrie, Francesco Quaresmio (mort à Milan en 1656) a mené une intense carrière de prédicateur en Italie, qui lui a valu une grande réputation, puisqu'on lui a même prêté un don de prophétie et de guérison. Il s'est en particulier employé à diffuser la célébration de la Passion, laissant à ce sujet une pétition imprimée, adressée au pape Alexandre VII34. Lorenzo di San Lorenzo (Cozza), ancien Gardien de la Terre Sainte, où il s'était distingué par son énergie et son intérêt pour les missions, devenu vice-commissaire général des Frères Mineurs, a émis une circulaire en 1717, par laquelle il cherchait à conserver pour son ordre le privilège des indulgences papales du chemin de Croix35.

2. Des principes à leur réalisation

Lieux Saints, croisade, pèlerinage ne sont pas qu'une idéologie au XVIIe siècle. Desseins et réalisations concrètes sont directement marqués par cette tradition.

2.1. Projets de croisade

Les premières années du XVIIe siècle furent riches en projets de reprise des territoires ottomans, et de soutien aux rebelles de l'Empire, chrétiens ou non. C'est dans cette atmosphère que débutèrent les missions de la Réforme catholique en Syrie, un des théâtres possibles de la reconquête.

C'était l'époque où un émir druze de l'actuel Liban (Shûf), Fakhraddîn II, tout en ménageant les autorités ottomanes affaiblies, commençait son expansion territoriale dans la région, à partir de 160736.

Au même moment, l'Occident catholique était tout vibrant de projets de croisade contre l'Infidèle. En France, le père capucin Joseph du Tremblay s'enthousiasmait pour la lutte contre l'infidèle, et partait à Rome en 1616, pour communiquer son enthousiasme au pape Paul V, et au Général de son ordre, avant de rencontrer Come II de Toscane, puis le duc de Savoie37.

Des chrétiens maronites, engagés dans l'entreprise de Fakhraddîn et plus étroitement reliés à Rome depuis les initiatives de Grégoire XIII (1572-1585) à leur intention, jouaient un rôle d'intermédiaires entre l'émir et ses alliés européens potentiels38.

Ce fut la Toscane de Ferdinand Ier, puis de Côme II, qui fut la plus attentionnée à l'égard de l'émir druze. Après un séjour à Florence puis à Messine entre 1615 et 1618, ce dernier rentra au pays, et agrandit encore sa puissance et son extension territoriale. Il multiplia les interventions diplomatiques dans la chrétienté, mais il n'obtint jamais de secours décisif, et fut finalement battu par une grande expédition montée contre lui par le sultan Murâd IV, et décapité à Istanbul (13 avril 1635).

En Syrie, l'épopée de Fakhraddîn a coïncidé avec l'établissement des missions catholiques. Les religieux ont profité de la tolérance de l'émir et de ses espoirs d'alliance occidentale pour s'étendre ou pour prendre pied dans ses domaines, en Palestine et dans la montagne libanaise. Les Frères Mineurs de la Terre Sainte ont obtenu son soutien pour se réinstaller à Nazareth et au Mont Thabor, et ouvrir un hospice à Acre et à Saïda. Le capucin Pacifique de Provins a visité la région en 1622. Ayant abandonné tout espoir de prochaine croisade, le père Joseph fut nommé par la Propagande, en 1625, Commissaire Apostolique pour les missions, et Préfet des missions du Levant. Lorsqu'il fut question d'implanter les religieux de sa congrégation en Syrie, l'ambassadeur de France à Istanbul suggéra de s'adresser à l'émir, plutôt qu'à la Porte. Et en effet, le prince druze offrit une grande maison aux missionnaires arrivés à Saïda en 1625, et un jardin clos à ses frais à ceux qui s'installèrent à Beyrouth l'année suivante. En 1632, franciscains et capucins se sont établis au Mont Liban, et la même année, les carmes ont obtenu l'autorisation de demeurer au Mont Carmel39.

Nul doute que les religieux ont mis en Fakhraddîn des espérances de croisade. Certains se sont engagés à ses côtés. Le récollet Eugène Roger lui a servi de médecin. Le capucin Gilles de Loches a rapporté en 1627 qu'il était son familier, qu'il lui lisait l'Évangile, et qu'il avait des espoirs de le convertir. Adrien de la Brosse s'est vu confier en 1633 ses bijoux et ses économies placées en Toscane. La même année, ce religieux aurait effectivement recueilli son abjuration secrète un jour de grave maladie. Le 23 septembre 1634, Giovanni Fermo da Bergamo, revenant d'Alep où il était Gardien franciscain, écrivait de Venise à la Propagande pour promouvoir l'alliance avec Fakhraddîn et la Perse40.

À la chute de l'émir, les religieux «francs» ont subi les conséquences de cet engagement. En effet, on aurait trouvé dans le palais du prince, à Beyrouth, une image de la Vierge et des livres de dévotion. Les capucins, accusés de l'avoir conseillé, et d'avoir combattu l'islam, furent transportés enchaînés à Constantinople, et conduits en triomphe dans les rues de la capitale. Les Mineurs observantins Eugène Roger et Jacques de Vendôme durent fuir41.

L'espoir d'une entreprise militaire chrétienne n'a pas entièrement quitté les missionnaires après l'échec de l'émir. En 1641, Michel de Rennes, venu à Rome rendre compte à la Propagande des missions capucines en Orient, soupirait: «Si Nostre Seigneur establissoit une bonne paix en la Chrestienté avec une Croisade!» Celle-ci serait d'un grand profit, dit-il. Le capucin d'Alep Sylvestre de Saint-Aignan, dans son rapport à la congrégation du 22 mai 1651, après avoir dressé le tableau des missions de son institut en Orient, conclut qu'il se faisait très peu de bien, et que les religieux vivaient dans l'espérance de voir arriver les Francs. En 1657, le même religieux fit le voyage à Paris avec une recommandation auprès de Mazarin, pour recueillir 12.000 écus, afin de racheter le Liban aux Turcs, et y installer un gouvernement chrétien, confié au cheikh maronite Abû-Nawfal Al-Khâzin. Vincent de Paul, à qui il soumit le projet, ne se laissa pas convaincre, mais adressa le solliciteur à des âmes généreuses42.

L'eschatologie de la croisade s'efface dans la seconde partie du XVIIe siècle, lorsque, l'avance musulmane stoppée, l'Empire ottoman inspire moins la crainte que le dédain. De plus, l'achèvement des temps paraît moins imminent aux religieux, et se trouve rejeté dans un futur lointain. Simultanément, les missionnaires semblent douter davantage de la possibilité d'apostolat auprès des musulmans, et ne plus lier l'action missionnaire à une éventuelle intervention militaire chrétienne.

L'espoir de celle-ci apparaît cependant encore dans des ouvrages de la fin du siècle. Le Théâtre de la Turquie de Michel Febvre (pseudonyme d'un capucin d'Alep), fait toujours allusion aux prophéties des Turcs, annonçant une victoire des Francs sur eux. Paru en italien, puis en traduction française en 1682, il est adressé à Louvois. On y retrouve la volonté traditionnelle dans l'Église de détourner une puissance chrétienne (la France, après le traité de Nimègue) de la guerre contre ses voisins catholiques. Le voyage nouveau de la Terre Sainte de Michel Nau, jésuite, également missionnaire à Alep, (première édition: 1678, rééditions en 1702 et 1744) ne consacre que très peu d'attention au thème de la guerre et de la reconquête. Il évoque cependant saint Louis, et se termine par un appel à Louis XIV, roi victorieux, pour rétablir les droits chrétiens sur la Terre Sainte43. Toutefois, par rapport à ceux que nous avons mentionnés plus haut, ces derniers ouvrages font preuve d'un changement de ton. Dès 1674, Michel Febvre a fait paraître à Florence un Specchio o vero descrizione della Turchia dont le but était de détromper les lecteurs de la haute idée qu'ils se faisaient de la puissance turque, en attirant leur attention sur la décadence d'un empire autrefois formidable à tout le christianisme, et qui n'est plus désormais que l'ombre de lui-même. Le plan pour précipiter sa chute n'a rien d'original, puisqu'il consiste à couper le ravitaillement de Constantinople à partir de l'Egypte, et à miser sur la révolte des sujets.

Dans cet opuscule et dans le Théâtre de la Turquie qui en est une extension, on peut voir apparaître l'ébauche du thème du despotisme oriental, diffusé au XVIIIe siècle, puisque l'auteur note la corruption, la violation des lois humaines et divines, la ruine et la dépopulation de l'empire, dues à la mauvaise gestion, l'aspiration enfin à la liberté chez les peuples soumis aux Ottomans. On y trouve déjà un chapitre consacré à l'ignorance des Turcs en matière de sciences et techniques, de médecine et de connaissances agronomiques. L'absence de l'imprimerie, dont Volney fait, un siècle plus tard, une des causes principales de leur retard sur l'Occident, est mentionnée comme une raison de leur faiblesse44.

2.2. La Garde des Lieux Saints

Le thème de la Garde des Lieux Saints, dérivé de l'esprit de croisade, se substitue à celui-ci, et survivra jusqu'au XXe siècle. Confiée depuis 1335 à la Custodie franciscaine de la Terre Sainte, cette garde est conçue comme un combat pour maintenir coûte que coûte une présence «franque» en Palestine, empêcher tout nouveau recul latin, et, si possible, reconquérir les lieux «usurpés» par les Eglises orientales ou les musulmans: c'est donc une autre forme de la restauration de l'Eglise catholique en Orient dont nous avons traité plus haut.

C'est à cette tâche que se sont appliqués avant tout les Gardiens successifs de la Terre Sainte. La restauration de la présence franque en Orient était la première étape de leur mission, sans doute la principale. Dans l'ensemble, les possessions latines se sont renforcées pendant le XVIIe siècle, mais au prix d'une lutte exténuante faite d'avances et de reculs successifs face aux «schismatiques» grecs, généralement bien en cour à Istanbul. Une lampe supplémentaire, une image de plus dans les sanctuaires partagés entre Églises rivales, provoquaient de coûteux recours à la Porte45.

En 1552, les Latins avaient perdu leur monastère du Mont Sion et le Cénacle, acquis au XIVe siècle. En 1559, avec l'appui de Venise, ils achetèrent le couvent de Saint Sauveur, qui devint leur principale résidence. Nazareth, abandonné par les frères en 1545, convoité par jésuites et capucins, fut repris en 1620 par le gardien Tommaso Obicini da Novara grâce à la complicité de l'émir Fakhraddîn. Malgré des fermetures passagères, le lieu est resté aux mains des Latins, qui y ont fait régulièrement des travaux de restauration et d'agrandissement.

Le même gardien avait fait l'acquisition de la maison de Saint Jean-Baptiste en Judée ((Ayn Karîm), pour 1500 piastres versées aux Maghrébins qui habitaient le village, plus une contribution annuelle et une taxe par pèlerin en visite. Mais le contrat n'avait pas été respecté, et ce n'est qu'en 1676 que le lieu fut définitivement acquis, qu'un établissement y fut édifié grâce à la générosité de Louis XIV, puis progressivement amélioré46.

Les sanctuaires de Jérusalem et de Bethléem étaient les enjeux continuels de luttes entre les religieux latins, grecs et arméniens, chaque confession rivalisant auprès de la Porte pour l'emporter sur l'adversaire. En 1634, les Grecs avaient obtenu un commandement chassant entièrement les Latins de Bethléem et du sanctuaire de la pierre de l'onction. Mais avec l'appui de l'ambassadeur de France et du cadi de Jérusalem, les franciscains reconquirent, au prix de 30.000 sequins en deux ans, la restitution de leurs droits, plus celui d'avoir des autels à l'église du Calvaire, et de convertir et baptiser des chrétiens dissidents. Mais dès l'année suivante, un nouveau décret du sultan attribua Bethléem aux Grecs. La grotte et l'église, restaurée à grands frais par ces derniers en 1674, ne furent rendus aux Latins qu'en 1690. À peine connue la nouvelle du retour de Bethléem et d'autres lieux, le commissaire de la Terre Sainte à Rome fit un nouveau recours à la Propagande, afin qu'elle demandât à l'Empereur, à Venise et à la Pologne de faire inclure la restitution du Mont Sion (perdu depuis 1549), et ratifier la possession d'autres sanctuaires déjà acquis, dans le traité de paix qu'ils étaient en train de négocier47.

L'église du Saint-Sépulcre est partagée entre Latins, Coptes, Arméniens et Grecs. En 1675, ces derniers ont mené une intense campagne contre les «Francs» à Constantinople, les accusant de préparer une invasion à Jérusalem et protestant contre des empiètements successifs. Ils obtinrent finalement un décret qui leur donnait la possession entière du lieu, qui ne fut restitué qu'avec les autres places, en 1690. La réparation de la coupole du sanctuaire était la plus grande entreprise des décennies suivantes. Elle soulevait des difficultés sans nombre, car chaque communauté craignait que le rival, qui aurait pris en charge les travaux, en aurait tiré avantage pour s'attribuer des droits supplémentaires sur l'église la plus disputée de la Palestine. Après des négociations menées par l'intermédiaire des ambassadeurs catholiques à la Porte, le procurateur de la Terre Sainte se lança dans des travaux grandioses qui provoquèrent, en 1698, la rage des autres chrétiens, puis l'intervention des musulmans et l'ordre d'arrêter le chantier48.

L'accueil des pèlerins occidentaux ne semble pas avoir été une des préoccupations principales de cette politique de restauration. Ils étaient peu nombreux: des chiffres du début du XVIIe siècle indiquent une moyenne annuelle inférieure à trente. De plus, ils ne répondaient pas toujours à l'idéal de dévotion et de bonne conduite souhaité par les religieux de la Réforme catholique49. Mais les Orientaux, beaucoup plus nombreux, fréquentaient aussi les sanctuaires latins. Peut-être l'espoir d'en attirer davantage explique-t-il la volonté des jésuites et des capucins d'avoir un poste en Palestine, éventuellement à Jérusalem, au prix, si nécessaire, d'une éviction des titulaires historiques, les Frères Mineurs de la Terre Sainte. Plus sûrement, les ambitions de ces deux ordres réformés en Palestine dérivaient de la conception qu'ils avaient, de leur rôle respectif dans la restauration de l'Église, et du prestige qu'ils en escomptaient, ainsi que de leur propre attirance spirituelle pour les Lieux Saints, que j'ai évoquée plus haut. Quoi qu'il en soit, leurs projets furent déjoués par les Frères, jaloux de leurs prérogatives50.

Ces maneuvres entre ordres religieux rivaux avaient, évidemment, un arrière-plan politique. Jésuites et capucins représentaient plutôt les intérêts de la France, tandis que les Observantins appartenaient traditionnellement à la clientèle espagnole, et se recrutaient d'ailleurs en grande partie dans les possessions ibériques et italiennes des Rois Catholiques. C'est de ces territoires aussi que venaient les principaux subsides pour la Terre Sainte, aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Les Français tentèrent à plusieurs reprises d'évincer l'Espagne, légitime héritière de cette sorte de ius patronatus sur les Lieux Saints accordé par le Pape Clément VI aux rois de Naples dès 134251. Les Capitulations obtenues de la Porte par la France en 1604 et en 1673 incluaient des clauses concernant le pèlerinage et les Saints Lieux52.

Le récollet Eugène Roger écrit à ce sujet:

[...] à raison de quoy, par diverses fois, nos Tres-Chestiens Roys de France ont porté leurs armes en Orient contre les Sarrazins et Turcs, en tesmoignage de leur zele et piété envers les saincts Lieux. En la première race de nos Roys, Clovis fut le premier, qui signala sa mémoire par les victoires qu'il remporta sur ces peuples barbares. En la seconde Charlemagne, Louis septiesme, et Philippe second dit Auguste, chercherent la mesme gloire dans les meilleures entreprises. Et sainct Louys, l'honneur des Roys Chrestiens, en la troisiesme. Ainsi nostre France ayant tousiours eu la saincteté de ces Lieux en vénération, a employé ses forces de temps en temps, pour y restablir la Religion Catholique, et l'exercice d'icelle.

Ce mesme zele a fait capituler nos Roys avec les Sultans, afin que les saincts Lieux fussent entre les mains des Religieux Catholiques, et que les dévots chrestiens eussent pleine liberté d'y aller rendre leurs voeux, ainsi qu'il a esté remarqué dans les Histoires Sainctes, où nous lisons que Charlemagne envoya des Ambassadeurs à Aaron Roy des Sarrazins [...] Ainsi les Tres Chrestiens Roys de France ont esté les premiers de tous les Roys d'Occident, seigneurs légitimes du S. Sépulcre de Nostre Sauveur53.

L'instrument de l'influence française en Orient fut la protection des Saints Lieux, substitut de la croisade, et légitimation d'une politique d'entente avec la Porte. Dès le XVIIe siècle, cette protection française est devenue un argument de propagande de la diplomatie, pour justifier une politique d'ingérence dans les affaires de l'Empire ottoman, et de suprématie sur les autres puissances européennes.

La concurrence entre les princes d'Occident (rois de France et d'Espagne, Empereur d'Autriche) se manifestait sur place par des assauts de générosité envers les sanctuaires de la Terre Sainte. Il s'agissait tout autant de valoriser la munificence des donateurs que de célébrer par la décoration et la pompe latines la gloire de l'Eglise catholique. Charles Néret rapporte, qu'à l'Église du Saint-Sépulcre,

L'autel est chargé de la plus belle argenterie qu'on puisse voir. Il y a entr'autres une Croix, qui a été donnée par les Rois de France, et qui est d'une beauté parfaite. Les Rois d'Espagne ont fait présent à cette Eglise de plusieurs lampes très-riches, et dignes de cette Monarchie54.

Cependant, en Palestine même, le Très Chrétien n'eut jamais vraiment les moyens de sa politique. La proportion des Frères de la Terre Sainte venus de France, ainsi que le montant des aumônes tirées du royaume, restaient toujours nettement insuffisants, pour permettre une éviction du Roi Catholique, protecteur historique des religieux de la Terre Sainte et de leurs sanctuaires.

2.3. L'activité missionnaire de la province franciscaine de la Terre Sainte

La garde des Saints Lieux faisait de la Province franciscaine de la Terre Sainte la principale organisation latine en Orient. Par le nombre de ses établissements et ses effectifs, elle dépassait de loin les autres ordres religieux présents, carmes, capucins et jésuites. Au début du XVIIIe siècle, elle comptait au total 13 établissements dans la région formée par la Syrie, la Palestine et le Liban actuels, auxquels il faut ajouter les six postes d'Egypte, et les deux de Chypre. Ses effectifs variaient entre 120 et 220 personnes, prêtres et laïcs confondus. En 1680, un rapport indique 71 prêtres, 44 laïcs (total: 125), tandis que les capucins de Bretagne et de Touraine, devaient être une vingtaine sur toute la zone à la même date, et que les jésuites n'étaient que 8 Pères et 4 coadjuteurs en 167555.

Mais la principale activité des Frères Mineurs n'était pas l'apostolat auprès des indigènes chrétiens et musulmans. Le plus grand nombre se consacrait à l'office dans les sanctuaires de Jérusalem, Nazareth, Bethléem et Saint Jean ((Ayn Karîm). Dans l'église du Saint Sépulcre, les Frères avaient installé un orgue dès 1616. En 1689, les Grecs avaient obtenu un commandement des Turcs interdisant d'en jouer, mais les franciscains reçurent par la suite un nouvel instrument de l'empereur Léopold, avec lequel, nous dit l'un d'eux, ils couvraient la voix des moines grecs chantant dans le même sanctuaire56.

Cependant, si la musique, les offices quotidiens, la pompe des cérémonies, le luxe des décorations, étaient autant d'éléments nécessaires à la sauvegarde de l'honneur catholique romain, ils faisaient aussi intrinsèquement partie de la pastorale à destination des chrétiens orientaux, habitants ou pèlerins de la Terre Sainte. Ainsi, à propos de la procession latine des Rameaux, Charles Néret affirme-t-il:

Les Religieux et tous les assistans catholiques portent des palmes en leurs mains, et marchent dans un très-bel ordre. Leur modestie, la mélodie du chant, les magnifiques ornements des officians, inspirent du respect et de la vénération pour ces saintes cérémonies de l'Église Romaine.

Et le Vendredi Saint,

Pour exciter la faveur des assistans, les Pères de Terre Sainte font une cérémonie conforme au génie des Orientaux, qui se laissent aisément toucher des choses extérieures57.

C'est-à-dire qu'ils jouent la crucifixion de Jésus avec un mannequin de taille réelle, et articulé. Ils clouent cette effigie à la croix, puis plantent celle-ci dans le trou de la Vraie Croix. Enfin, ils dépendent le corps et le posent sur la Pierre de l'Onction, l'arrosent d'une précieuse liqueur portée dans un vase d'argent, puis l'enveloppent dans un linceul et le portent dans le sépulcre.

Tout ceci devait faire la démonstration, aux visiteurs latins et orientaux, de la supériorité et de la vérité du christianisme latin face aux «supercheries» et aux «indécences» de la Pâque orientale, dénoncées non seulement par les visiteurs de Jérusalem, mais aussi par les missionnaires d'Egypte et d'Alep, où le pèlerinage pascal connaissait une vogue certaine auprès des indigènes58.

L'honneur du christianisme, la restauration de l'Église matérielle, et la préoccupation de pastorale auprès des chrétiens locaux allaient ainsi toujours de pair dans les missions, en Orient comme ailleurs.

Toutefois, un véritable apostolat en langue arabe fut également encouragé chez les Frères Mineurs dès 1629, et des personnages comme Francesco Quaresmio eurent une activité missionnaire dès cette époque. Mais ce n'est qu'à partir du XVIIIe siècle que la Custodie semble avoir possédé un nombre suffisant de personnes pouvant prêcher et écouter les confessions en arabe, grâce à un système de perfectionnement sur place, des étudiants initiés à la langue à Rome avant leur départ. A ce moment-là, on trouve au moins un «curé arabe» dans les postes où les Frères sont établis59.

Les Frères Mineurs de la Terre Sainte étaient aussi à la tête d'une importante organisation de collecte de fonds, qui s'étendait presque à l'ensemble du monde catholique. Le 27 mars 1655, est arrivé à Jérusalem le commissaire chargé des aumônes de la province des Indes Orientales. Le 20 décembre 1690, la Propagande a autorisé l'organisation d'une quête au Brésil en faveur de la Terra Santa. En 1698, celle-ci disposait d'un commissaire à Vienne, Paris, Madrid, Lisbonne, Naples, Messine, Malte, Venise, Milan, Florence, Turin, Gênes et Marseille, chargé de collecter les aumônes pour la Palestine, et de veiller à ses intérêts60. Les sommes collectées et les dons perçus en nature représentaient des valeurs colossales. En 1652-1653, les recettes sont évaluées à plus de 70.000 piastres; en 1653-1654, elles sont tombées à 38.000 piastres environ, mais sont remontées à 49.000 l'année suivante. Le 20 septembre 1653, le commissaire de Sicile apportait 27.566 reali di otto, plus 137 sequins vénitiens, ce qui faisait 30.570,20 piastres Abû Kalb. Le même jour, le commissaire d'Allemagne livrait 2767 piastres. Tous les deux arrivaient par ailleurs chargés de nombreux objets de valeur61.

Cette puissance déterminait forcément la stratégie missionnaire des Frères Mineurs au Proche-Orient. La plus grande partie des sommes récoltées était employée à satisfaire les demandes des Turcs, qui profitaient des disputes autour de la possession des Lieux Saints pour faire monter les enchères entre Eglises rivales. Ce qui aboutissait au résultat paradoxal d'un pouvoir musulman subventionné par les aumônes des chrétiens occidentaux. Les bureaux romains ont plusieurs fois critiqué ces méthodes de la Terra Santa, sans parvenir à y mettre un terme. En effet, malgré des injonctions réitérées, les Frères ont rarement informé la Congrégation de la Propagande (leur autorité de tutelle), sur le montant des aumônes recueillies et sur l'usage qu'ils en faisaient62.

La Custodie disposait d'une économie suffisamment puissante pour influer sur différents aspects de la société locale. Un rapport de 1736 à la Propagande, indique que des 150 personnes environ, présents dans les deux couvents de Jérusalem, la plupart ont une spécialité artisanale63.

Le chantier de restauration de la coupole du Saint Sépulcre, en 1698, prit des proportions telles, pour le matériel employé et les personnes embauchées, qu'il provoqua des émeutes contre les Frères. Un poème populaire anti-latin nous livre la réaction des «Arabes», encouragés par les orthodoxes:

Hélas! Aïe! nous sommes perdus! s'écrient-ils. Les Francs s'emparent de notre pays et vont nous asservir. Musulmans, allons, défendons-nous tous; exterminons les Francs ou mourons jusqu'au dernier64.

Même en temps normal, la Custodie offrait aux chrétiens et aux musulmans de Terre Sainte du travail et des débouchés pour leur artisanat. À Bethléem, d'après Michel Nau, les chrétiens, qui savaient presque tous l'italien, «et même les Mahométans», vivaient en son temps de la fabrication de chapelets, envoyés ensuite en Europe. Les plus habiles faisaient des maquettes des sanctuaires de Palestine. Une croix était vendue 3 à 4 écus, un Saint Sépulcre miniature 15 à 20, et ils auraient ainsi débité pour 3000 à 4000 écus dans l'année, ce qui paraissait difficile à croire au visiteur jésuite. Le même auteur observait à propos de (Ayn Karîm, où l'église venait tout juste d'être acquise par les Frères:

Les Musulmans du village, qui l'avoient profané, furent employez à le nettoyer, et comme ils étoient bien payez et qu'ils scavoient, que dans les lieux, où les Pères sont habituez, tout le monde se ressent de leur charité, ils le faisoient avec beaucoup de joye65.

Les vendanges des couvents de Jérusalem, fin septembre, se faisaient avec l'aide des musulmans et des chrétiens de tout rite. Les «Turcs» se chargeaient du transport du raisin sur les ânes et les chameaux, tandis que les catholiques s'occupaient de la vinification dans le monastère de Saint-Sauveur66.

De plus, la Terra Santa a développé une véritable politique d'assistance à l'égard de ses clients chrétiens. En 1636, Vincenzo da Gallicano affirme, dans un rapport à la Propagande, que rien n'est possible en Orient à moins d'un miracle. Car dès qu'une persécution frappe les nouveaux convertis, qu'ils doivent débourser une piastre pour leur foi, ils retournent à leur ancienne communauté. Si les catholiques étaient soutenus avec de l'argent et d'autres aides, ils seraient plus fermes dans leur foi. Autrement, ils ne seront jamais de vrais catholiques. Aussi, demande-t-il si la Congrégation autorise la Terra Santa à recueillir des aumônes pour payer les avanies des catholiques67.

Dès cette époque, les Frères réunissaient des enfants orientaux pour leur enseigner le catéchisme, dans leurs différents lieux de résidence68. Très vite, les élèves furent encouragés à venir suivre le cours par une petite gratification. À Alep, on leur donna une aspre pour chaque présence69. À Damas, en 1638, le chapelain observantin fait remarquer qu'il faudrait donner quelque chose à ceux qui viennent étudier, sinon les parents ne les enverront pas. Quand, dit-il, après d'instantes prières, un fils est autorisé par son père à fréquenter la classe, il faut lui fournir «le papier, la plume, l'encre, le livre, la nourriture du matin et de midi». À Bethléem, d'après le même témoignage, les Frères entretiennent les enfants, et ceux-ci sont assidus aux cours70.

En 1645, le chapitre général des Frères Mineurs décida effectivement que l'on servît un repas quotidien aux enfants des écoles, âgés de six à douze ans, sauf les dimanches et jours de fêtes. C'est le régime appliqué par la suite dans toutes les résidences de la Terra Santa. En 1691-1692, une cinquantaine de garçons était nourrie quotidiennement à Jérusalem et à Bethléem. Vers 1730, une quarantaine d'enfants de la première ville recevait chaque jour un plat de fèves, de lentilles, d'orge, de blé ou de riz au déjeuner, et était renvoyée à la maison le soir avec un morceau de pain, après une procession, des litanies et des cantiques, conclus par la bénédiction du magister. Souvent, vu la misère des parents, les religieux ne procuraient pas seulement l'instruction et la subsistance, mais aussi le vêtement71.

L'assistance s'appliquait aussi à la population adulte rattachée au catholicisme. Dans un rapport de 1698, le Gardien de la Terre Sainte informe qu'il a donné ordre de porter quotidiennement de la nourriture à la population catholique de Nazareth, réfugiée dans les villages alentour après une razzia des «Arabes» (nomades). Le même indique que la Custodie donnait le logement à 26 familles de Jérusalem. Pour répondre au patriarche maronite Istifân Al-Duwayhî qui réclamait une pleine juridiction sur ses ouailles vivant en Palestine (139 à Jérusalem en 1701), et dont le nombre était en augmentation, il précise que la Terra Santa les logeait gratuitement, leur fournissait pain, argent, vêtement. Pour la partie adverse, c'était là une manière de les corrompre, pour les éloigner de leur rite traditionnel72.

À Jérusalem, les Frères acquittaient pour les mêmes Maronites la capitation (jizya), impôt spécifique pesant sur les dhimmî-s (chrétiens et juifs «protégés» sous le régime de l'Islam). Le rapport de 1696 précise qu'elle s'élevait à 5 piastres par tête. En 1698, son montant total était de 117 piastres, somme très modeste, dans le budget de la Terra Santa73. Ce régime inspira vraisemblablement les Grecs habitant le village proche de Bayt Jâlâ, qui proposèrent de passer au catholicisme en échange du paiement de leur contribution. D'après le chroniqueur, les Pères se récrièrent vertueusement contre ce marché, mais quelques années plus tard, une partie du village s'est effectivement convertie74. Au XVIIIe siècle, sous le régime de l'émir Dâhir Al-(Umar, la «Terra Santa» prenait à ferme la levée des impôts, notamment de la capitation, dans la région de Nazareth75.

Ce régime d'assistance, qui se prolongeait encore au XIXe siècle, ne satisfaisait pas entièrement les responsables de la Terra Santa, qui se plaignaient eux-mêmes de l'hypocrisie et de la cupidité de leurs ouailles. En Palestine, mais aussi au Liban, à Damas et à Alep, on retrouvait une clientèle d'Orientaux, attachés aux Frères par dévouement ou par intérêt, mais détachés de leurs Eglises d'origine, au grand dam des responsables de celles-ci, qui réclamaient, avec le soutien de Rome, mais en vain, le retour de ces «latinisants» à leur confession d'origine76.

Cette formation d'une communauté latine d'Orient regroupée dans les paroisses de la Terra Santa était finalement une conséquence logique de l'idéologie catholique, de présence, de défense et de restauration de l'Église dans les lieux originels du christianisme.

Cet état d'esprit, qui est lui-même un prolongement de l'esprit de croisade, était en contradiction avec les règles qui devaient présider, au même moment, à l'union des Églises orientales avec le catholicisme, puisqu'officiellement, les structures ecclésiales et les rites orientaux étaient reconnus comme valides par les instances romaines, bien qu'inférieurs à ceux de la Mère-Église et susceptibles d'être réformés.

Malgré cette antinomie, cet état d'esprit survit encore de nos jours, dépouillé de l'urgence eschatologique dans laquelle il était enserré au début du XVIIe siècle. Il appartient sans doute aux principes inspirateurs de toute idée de «mission».

Notes

1. J. Richard, La Papauté et les missions d'Orient au Moyen-Age, Rome, 1977, p. 325; J. Muldoon, Popes, lawyers and infidels, Philadelphie, 1979, p. 212; B. Z. Kedar, Crusade and Mission. European Approaches toward the Muslims, Princeton, 1984, pp. 112-116 (Joachim de Flore), p. 189-199 (Raymond Lulle). P. Rousset, La croisade, obstacle à la mission, in Les réveils missionnaires en France du Moyen-Age à nos jours, XIIe-XXe, Actes du Colloque de Lyon, 29-31 mai 1980, Paris, 1984, pp. 37-48.

2. Ignace de Loyola, Écrits, Paris, 1991, p. 1109.

3. Pacifique De Provins, Le voyage de Perse et brève relation du voyage des îles de l'Amérique , Godefroy de Paris, Hilaire de Wingene (édit.), Assise, 1939, pp. 247-251. Godefroy De Paris, Notes et documents pour servir à l'histoire du P. Pacifique de Provins, in «Etudes Franciscaines», XLV, 1933, pp. 578-580.

4. L. Lemmens, Geschichte der Franziskaner missionen, Munster, 1929, pp. 18-70. Giacchino Francesco d'Andrea, Il regno di Napoli e la custodia di Terra Santa, in M. Piccirillo (dir.), La custodia di Terra Santa e l'Europa. I rapporti politici e l'attività culturale dei Francescani in Medio Oriente, Rome, 1983, pp. 37-70.

5. Sur mission et Apocalypse en Amérique, voir A. Prosperi, America e Apocalisse. Nota sulla 'conquista spirituale' del Nuovo Mondo, in «Critica Storica», XIII, 1, mars 1976, pp. 1-61.

6. Voir les éléments biographiques concernant l'auteur dans l'introduction à la réédition de son ouvrage, Franciscus Quaresmius, Historica Theologica et Moralis Terrae Sanctae elucidatio, Venise, 1881, t. 1 (Anvers, 1634), et dans Marcellino Da Civezza, Storia universale delle Missioni Francescane, Florence, 1894-1895, livre VII, part. 3, pp. 413-415, 440-442. Publication du récit de son voyage de 1627 en Mésopotamie, ibidem, vol. VIII-XI, pp. 597-608.

7. Franciscus Quaresmius, Historica Theologica et Moralis..., cit., cité par J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus et des Pères de la Compagnie de Jésus en Syrie, Paris, 1660, p. 259; par M. Nau, Voyage nouveau de la Terre Sainte, Paris, 1744, p. 661, (1ère édit.: 1678); par N. Poiresson (BN, Mss Fr., Collect. Moreau, 842, f. 262r); par J. de la Roque, Voyage de Syrie et du Mont Liban, Paris, 1722, t. 1, p. 347, t. 2, p. 321; par G. Mariti, Voyages dans l'isle de Chypre, la Syrie et la Palestine avec l'histoire générale du Levant, Neuwied, 1791, t. 2, p. 423; par G.A. da Milano, In Giudea e Galilea (1764-1778), Ricordi, Marcellino da Civezza (édit.), Florence, 1896, p. 311.

8. Franciscus Quaresmius, Historica Theologica et Moralis..., cit., p. 542b, 545b. En fait, Luther pense que contre le Turc, seules les armes spirituelles sont efficaces: J. Delumeau, La Peur en Occident, Paris, 1978, pp. 353-355.

9. Franciscus Quaresmius, Historica Theologica et Moralis..., cit., p. 540ab (Le Saint Sépulcre, Ferdinand 1er et Sixte Quint), p. 541a, p. 543a (doutes sur la reconquête). G. Mariti, Istoria di Faccardino Grand-Emir dei Drusi, Livourne, 1787, pp. 125-129, mentionne le projet de transférer le Saint Sépulcre à Florence. Il nie que Ferdinand Ier et Côme II y aient réellement songé, réduisant l'épisode à un faux bruit répandu dans le peuple et les courtisans crédules. Voir F. Cardini, La Toscana e la Custodia di Terra Santa, in M. Piccirillo (dir.), La custodia di Terra Santa e l'Europa..., cit., pp. 117-129; et D. Neri, La leggenda di trasferire il sepolcro a Firenze, in D. Neri (édit.), Il S. sepolcro riprodotto in Occidente, Jérusalem, 1971, pp. 88-93.

10. Franciscus Quaresmius, Historica Theologica et Moralis..., cit., pp. 167a-170a. Le turban sur la tête des Musulmans figure la carte du monde, et signife que les Mahométans s'étendent presque sur le monde entier. Il symbolise leur force, mais préfigure aussi le linceul pour leur enterrement.

11. Ibidem, p. 533ab (guerre juste); p. 572ab (conversion des baptisés et des non baptisés).

12. Nous connaissons un épisode de l'action missionnaire de Quaresmio auprès des Chaldéens d'Alep, qui illustre son autoritarisme, et son ignorance totale des traditions de cette Eglise: B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient au temps de la Réforme catholique, thèse dactyl., Nancy II, janv. 1993, t. 1, p. 249 (à paraître, Bibliothèque des Ecoles Françaises d'Athènes et de Rome). L'Encyclique de Grégoire VII aux nonces pour la fondation de la Propagande (15 janv. 1622), distingue la «méthode judiciaire» pour conserver la foi - au besoin par la contrainte - et la «méthode apostolique» pour séduire les infidèles: Collectanea Sacrae Congregationis de Propaganda Fide seu Decreta Instructiones Rescripta pro Apostolicis Missionibus, Rome, 1907, vol. 1 (1622-1866), p. 1, doc. 2, Litterae encyclicae S.C. de.P.F. Même thème au début de «Idea di un opera della quale sia il titolo: succinta sposizione dello stato della religione cattolica..., Archives de la Sacra Congregatio De Propaganda Fide (Rome), désormais abrégé en ASCPF, Missioni, Miscellanee, 4, f. 147r (texte publié en 1632, repris par le secrétaire Filippo Monti, 1735-1743); et dans Thomas a Jesu, De procuranda Salute omnium gentium, Rome, 1940, pp. 256-260 (1ere édition: Anvers, 1613).

13. Bibliothèque Nationale, Paris, Nouvelles Acquisitions Françaises (désormais abrégé en BN, NAF), 10220, p. 543, Rome, 13 juin 1641, le capucin Michel de Rennes. Rapport du capucin Sylvestre de Saint-Aignan: ASCPF, SOCG, 197, f. 109r. Dans leur rapport de 1668, les capucins d'Alep évoquent la guerre de Candie, pour se réjouir du grand nombre de morts du côté ottoman, de l'aide apportée aux Vénitiens par les princes chrétiens (surtout par le roi de France), et de la présence des Pères de la province de Paris comme confesseurs de la milice: ASCPF, SC, Francia, 1, f. 59v, Alep, 1668. Voir aussi le rapport du capucin Paolo da Lagni dans ASCPF, Miscellanee Varie, IV, Guerra contro i Turchi1677-1679, ff. 214rv-215r. Présence, plus particulièrement du thème eschatologique: Ignazio da Seggiano, Documenti inediti sull'apostolato dei minori cappucini nel Vicino Oriente 1623-1683, in «Collectanea Franciscana», 18, 1948, pp. 118-244, 123, 10 janv. 1623; ibidem, pp. 131-132, (ASCPF, SOCG 115, f. 275, 1er novembre 1629); relation de François de Romorantin: ASCPF, SC, Francia, I, f. 46r, Alep, 12 fév. 1669.

14. A. Rabbath, Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en Orient, Paris, Londres, Leipzig, 1905, t. 1, pp. 71-72: relation de Poiresson pour 1652: l'année 1653 est bien marquée, disent les Turcs, dans leur calendrier, et ils y attendent de grandes révolutions. Relations de 1653: t. 2, 1910, p. 221; de 1654-1655: pp. 242-244; de 1656-1657: pp. 263-264.

15. J. Delumeau, La peur en Occident, cit., p. 298: en 1654, une éclipse de soleil provoqua une grande frayeur en Europe. Sur Nicolas Poiresson, C. Sommervogel (direct.), Bibliothèque de la Compagnie de Jésus, Bruxelles, Paris, 1890-1932, t. 6, col. 925. R. Taveneaux, Le jansénisme en Lorraine, Paris, 1960, pp. 68-72, 79-81.

16. J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., cit., pp. 204-205. Ibidem, pp. 266-268.

17. Voir la lettre des Maronites à Charles-Quint (25 mars 1527), écho du mythe médiéval de Charlemagne, in A. Rabbath, Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en Orient, cit., t. 2, p. 618. Ibidem, t. 1, p. 472, lettre du patriarche arménien d'Alep Khajadûr à Louis XIV (12 fév. 1663), évoquant une prophétie de Saint Nerses. Archives Nationales, Paris, Affaires Etrangères, (désormais abrégé en AN, AE), B I, 76, ff. 162-163, le Chevalier d'Arvieux au ministre, Alep, 20 sept. 1684. Autres témoignages de l'attente des chrétiens: ibidem, ff. 225-226 (arabe), ff. 222-223 (trad. franç.), lettre du patriarche chaldéen, avril 1691. Ibidem, f. 231 (arabe), ff. 227-230 (trad. franç.), Timothée Isaac, archev. syrien de Dyarbakir, avril 1689. ASCPF, SOCG, 499, ff. 147rv, 148rv, Alep, 13 mars 1687 (Teofilo di S. Basileo, carme); ibidem, ff. 155rv-156r, le patriarche syrien Ignace Pierre, Alep, 4 mai 1687. Sur le cadre général, A. Tamborra, Gli Stati italiani, l'Europa e il problema turco dopo Lepanto, Florence, 1961, p. 3. J. Deny, Les pseudo-prophéties concernant les Turcs au XVIe siècle, in «Revue des Etudes Islamiques», 10, 1936, pp. 201-220.

18. Franciscus Quaresmius, Historica Theologica et Moralis..., cit., pp. 561-565; pp. 177-189: (le péché cause que Dieu ait permis que les infidèles possèdent et dévastent la Terre Sainte); p. 211 (Dieu changera sa sentence, si les chrétiens changent).

19. J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., pp. 79, 81, 225-226. Voir aussi ses pages sur Tyr, pp. 247-249.

20. Ibidem, p. 74. Un dossier de la Propagande au sujet des Melkites, datant de 1743, citant L'histoire du Patriarcat d'Alexandrie d'Eusèbe Renaudot, affirme qu'ils vivaient encore dans la pureté de la foi au temps des croisades. C'est l'ignorance de leurs accusateurs (latins) qui aurait empêché leur union avec Rome. Et c'est entraînés par l'empereur et le patriarche de Constantinople qu'ils auraient versé dans le schisme par la suite: ASCPF, CP, 80, Melchiti, congrégations du 28.7.1743, et du 12.8.1743, Ristretto, p. 10.

21. Lettres édifiantes et curieuses écrites des missions étrangères, Mémoires du Levant, Nouv. édit., Paris, 1780, t. 1, pp. 385 et 387.

22. Voir à ce sujet les réflexions de R. Simon, dans ses remarques au voyage de J. Dandini, Voyage du Mont Liban, trad. de R. Simon, Paris, 1685, p. 3, pp. 6-7, 214-215, et celles d'Eusèbe Renaudot au Cardinal Gualterio (1700-1706), Dissertation sur les missions en Orient, BN, NAF, 7468, ff. 370rv-398v, éditée dans N. Gemayel, Les échanges culturels entre les Maronites et l'Europe, Beyrouth, 1984, t. 2, p. 871. M. Nau, L'État présent de la religion mahométane contenant les choses les plus curieuses qui regardent Mahomet, et l'établissement de sa secte..., Paris, 1684, p. 34: la conquête musulmane du VIIe siècle est de même attribuée à la dégénérescence du christianisme oriental, séparé de Rome et divisé par des schismes successifs.

23. J. Dandini, Voyage du Mont Liban, cit., p. 134. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique très particulière des Saincts Lieux et de la Terre de Promission, Paris, 1646, p. 256 (la dot), p. 264 (les funérailles), p. 274 (les «superstitions»), p. 344 (la répudiation). J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., cit., pp. 114-117 et p. 122 (les femmes), p. 119, (violence et injustice, esprit de vengeance). ASCPF, SC, Maroniti, 1, ff. 93r-103v, «Observationes circa ritus maronitarum..., 1630».

24. J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., cit., pp. 194-195. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., pp. 293-294. BN, NAF, 10220, pp. 72-79, Saïda, 20 mars 1628, Gilles de Loches. ASCPF, SOCG, 422, ff. 538rv, 539rv, 548rv, Saïda, 10 août 1669, Yvon de Ploermel. G. Mariti, Voyages dans l'isle de Chypre, la Syrie, et la Palestine, cit., t. 2, pp. 28-29. Giambattista Di San Alessio, Compendio istorico dello stato antico, e moderno del Carmelo, Torino, 1780, p. 15 (voit un rapport entre Druses et Druides).

25. ASCPF, SOCG, 422, ff. 538rv, 539rv, 548rv, Saïda, 10 août 1669, Yvon de Ploermel. Origine croisée des Nusayrî-s évoquée également dans SOCG, 235, ff. 95r-97r; SOCG, 568, f. 204rv. J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., cit., pp. 190-193.

26. Ce sont les Yazidî-s au contact des capucins, qui affirment descendre des Francs: ASCPF, SC, Francia, 1, f. 27r. Le consul de France à Alep Dupont, dans son rapport à la Propagande, avance comme preuve de cette ascendance, le fait que beaucoup de mots kurdes ressemblent à l'italien: ASCPF, SOCG, 429, ff. 154rv- 155rv, Alep, 7 fév. 1671.

27. Lettres édifiantes et curieuses..., cit., t. 1, pp. 449-450, et pp. 375-376. Néret a eu la vocation pour la Syrie en lisant des lettres de missionnaires pendant son noviciat. En troisième année de probation, il a demandé au Général le droit de s'y rendre. Parmi ses motivations, celle de «marcher sur les vestiges de Jésus-Christ» n'était pas la moindre.

28. J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., cit., p. 13.

29. Sur Adrien Parvilliers (missionnaire en Syrie de 1650 à 1660): C. Sommervogel (direct.), Bibliothèque de la compagnie de Jésus, t. VI, col. 319-324. J. Besson, La Syrie Sainte ou la mission de Jésus..., cit., t. 1. Cet ouvrage n'a connu qu'une réédition au XIXe siècle: C. Sommervogel (direct.), Bibliothèque..., t. 1, cit., col. 1412; M. Nau, Voyage nouveau de la Terre Sainte, cit., p. 402; 1ere édition: 1679, 4 éditions au XVIIIe siècle: C. Sommervogel (direct.), Bibliothèque..., cit., t. 5, col. 1595. Le récit de Nicolas Poiresson est resté inédit: BN, Mss. Fr., Collect. Moreau, 842, ff. 236r-288v. Pour les Frères Mineurs franciscains, voir la bibliographie dans S. Mencherini (édit.), Gli annali di Terra Santa del P. Antonio Cerelli e bibliografia di Terra Santa, Quaracchi, 1918, pp. 465-644, et dans E. Barcena Della Fuente, Cien anos de Christianismo Medioriental: 1632-1732. en los escritos ineditos de Andres de Montoya O.F.M. (1674-1734), Le Caire, 1989, pp. 11-23.

30. ASCPF, SC, Francia, 3, ff. 113r-117v, rapport annuel des missionnaires capucins de Touraine à la Propagande, publié en annexe dans B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient au temps de la Réforme catholique, cit., t. 2, pp. 683-691.

31. Jerusalem sicut christi tempore floruit, Cologne, 1584; Theatrum Terrae Sanctae, Cologne, 1590.

32. M.-J. Picard, Croix (Chemin de), in «Dictionnaire de Spiritualité», vol. 2, col. 327-338. Flavio Di Bernardo, Passion (Mystique de la), ibidem, vol. 12, col. 327-338. L. Châtellier, L'Europe des dévots, Paris, 1987, p. 166.

33. Giambattista di San Alessio, Compendio istorico dello stato antico, e moderno del Carmelo, cit., pp. 282-286.

34. Francesco Quaresmio, Ad SS. DD. N. Alexandrum VII... F. Francisci Quaresmii Pia vota pro anniversaria passionis Christi solemnitate, Milan, 1656, p. 58.

35. M.-J. Picard, Croix (Chemin de), art. cit.

36. A. Tamborra, Gli Stati italiani, l'Europa e il problema turco dopo Lepanto, Florence, 1961, pp. 69-82. G. Mariti, Istoria di Faccardino Grand-Emir dei Drusi, cit., passim. P. Carali, Fakhr ad-Dîn II principe del Libano e la corte di Toscana, 1605-1635, Rome, 1936, pp. 312-313 et passim. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., pp. 291-319. Istifân Al-Duwayhi, Ta'rîkh al-Azmina, (1095-1699), édit. F. Tawtal (Taoutel), Al-Mashriq, 44, 1950, Beyrouth, 1951, pp. 296-329.

37. J. Mauzaize, Le rôle et l'action des Capucins de la Province de Paris dans la France religieuse du XVIIe siècle, Lille, 1978, t. 1, pp. 366-382. A. Tamborra, Gli Stati italiani, l'Europa e il problema turco dopo Lepanto, cit., pp. 51-55. E. Labrousse et M. Venard, L'offensive catholique et l'invasion mystique, in F. Lebrun (dir.), Histoire de la France religieuse, t. 2, Paris, 1988: extrait du mémoire du Père Joseph au roi (1617), pp. 325-326. Guillaume de Vaumas, L'éveil missionnaire de la France d'Henri IV à la fondation du séminaire des missions étrangères, Lyon, 1942, pp. 94-98.

38. J. Hajjar, Les Chrétiens uniates du Proche-Orient, Paris, 1962, pp. 203-207. W. De Vries, Rom und die Patriarchate des Ostens, Freiburg, 1963, pp. 74-81, 102-103. S. Tabar, Fondation et premier siècle de vie du Collège Maronite, 1584-1684, thèse dactyl., Institut Pontifical Oriental, Rome, 1978-1979, pp. 76-94, 109-113, 141-145, 215. N. Gemayel, Les échanges culturels entre les Maronites et l'Europe, Beyrouth, 1984, t. 1, pp. 39, 49, 83-84, 377-385, 387-400. S. Kuri (édit.), Monumenta Proximi-Orientis, vol. 1, (1523-1583), Rome, 1989, p. 483, passim. P. Carali, Fakhr ad-Dîn II principe del Libano e la corte di Toscana, cit., pp. 296, 299, 305, 314, 418-423.

39. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., pp. 45, 53, 298. ASCPF, SOCG 195, ff. 605r-610v, 19 mai 1636, récit de l'installation au Mont Carmel. G. de Paris, Notes et documents pour servir à l'histoire du P. Pacifique de Provins, art. cit., pp. 444-445. BN, NAF, 10220, pp. 78-79, Beyrouth, 25 août 1628; pp. 91-92, Saïda; pp. 111-112, 17 août 1633, Saïda. Istifân Al-Duwayhi, Ta'rîkh al-Azmina, cit., p. 326.

40. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., p. 357. BN, NAF, 10220, pp. 169-180, Saïda, 17 août 1633; pp. 78-79, Beyrouth, 25 août 1628. P. Carali, Fakhr ad-Dîn II principe del Libano e la corte di Toscana, cit., pp. 413-415: lettres du capucin Adrien de la Brosse. Le même, rapportant la conversion de Fakhraddîn: H. de Barenton, La France catholique au Levant durant les trois derniers siècles, d'après les documents inédits, Paris, 1902, pp. 159-163. ASCPF, SOCG, 10, f.286rv, Giovanni Fermo da Bergamo.

41. BN, NAF, 10 220, pp. 139-142, Alep, 7 nov. 1633; pp. 142-145, Constantinople, 18 déc.1633. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., p. 366. Marcellino Da Civezza, Storia universale delle Missioni Francescane, cit., vol. VIII, 3, pp. 424-425. ASCPF, SOCG, 106, f.192r (à propos de Jacques de Vendôme).

42. BN, NAF, 10220, p. 543, Rome, 13 juin 1641, Michel de Rennes. Rapport de Sylvestre de Saint-Aignan: ASCPF, SOCG, 197, f. 109r. Mention de son projet d'acheter le Liban et de son séjour à Paris dans R. Ristelhueber, Les traditions françaises au Liban, cit., pp. 137-142 et ASCPF, SC, Maroniti,1, ff. 126-127, le patriarche syrien d'Alep, 15 juin 1663; ASCPF, SOCG, 235, f. 19rv, 16 déc. 1658, le patriarche maronite. C'est peut-être à cette occasion qu'il a composé l'opuscule Description abrégée de la sainte montagne du Liban et des Maronites qui l'habitent, Paris, 1671, p. 44. Sur la perpétuation de l'esprit de croisade sous Mazarin, voir R. Darricau, Mazarin et l'Empire ottoman. L'expédition de Candie (1660), in «Revue d'Histoire Diplomatique», 74, 1960, pp. 335-355. En 1653, le jésuite d'Alep Adrien Parvilliers exprime son espoir de voir «le duc» et le roi venir faire la conquête «de ces pays»: V. Laurent, L'âge d'or des missions latines en Orient XVIIe-XVIIIe siècles, in L'Unité de l'Église, 69, 1934, pp. 380-384. Dans leur rapport de 1668, les capucins d'Alep évoquent la guerre de Candie, pour se réjouir du grand nombre de morts du côté ottoman, de l'aide apportée aux Vénitiens par les princes chrétiens (surtout par le roi de France), et de la présence des Pères de la province de Paris comme confesseurs de la milice: ASCPF, SC, Francia, 1, f. 59v, Alep, 1668. Voir aussi le rapport du capucin Paolo da Lagni dans ASCPF, Miscellanee Varie, IV, Guerra contro i Turchi1677-1679, ff. 214rv-215r.

43. M. Febvre, L'état présent de la Turquie, Paris, 1675, introduction; M. Nau, Voyage nouveau de la Terre Sainte, cit., pp. 604, 661.

44. M. Febvre, Specchio o vero descrizione della Turchia, Florence, 1674, (2e édit.), p. 184, passim. Volney, Voyage en Egypte et en Syrie, Paris, 1959, pp. 393-398.

45. L. Lemmens, Die Franziskaner auf dem Sion (1335 -1552), Munster, 1925, p. 208. Voir la chronique de ces événements dans T. Cavallon (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Francesco da Serino, in G. Golubovitch, Biblioteca bio-bibliografica della Terra Santa, série 2, Quaracchi, 1939, t. 11, p. 323 , t. 12, p. 347 et dans G. Golubovitch (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Verniero di Montepeloso, ibidem, série 2, t. 6, Quaracchi, 1929, p. 383; t. 7, 1930, p. 383; t. 8, 1930, p. 352; t. 9, 1936, p. 189; t. 10, 1936, p. 371.

46. G. Golubovitch (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Verniero di Montepeloso, cit., t. 7, pp. 5, 16. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., p. 298. E. Horn, Ichonographiae locorum et monumentorum veterum Terrae Sanctae... 1725-1744, G. Golubovitch édit., Rome, 1902, pp. 151, 167, 179. Lettres édifiantes et curieuses..., cit., t. 1, p. 417.

47. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., pp. 391-394. ASCPF, SOCG, 106, f. 155r, 6 sept. 1636. ASCPF, Acta, 60, 7 août 1690, 3, Terra Santa; ibidem, 4 sept. 1690, 22, Terra Santa, f. 219v. L. Lemmens (édit.), Acta S. Congregationis de Propaganda Fide pro Terra Sancta, in G. Golubovitch, Biblioteca bio-bibliografica della Terra Santa, série 2, t. 1, Quaracchi, 1921, pp. 280 281.

48. La question de la réparation de la coupole se poursuit jusque sous l'ambassadeur de France à Constantinople de Bonnac (1716-1724). Voir B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient..., cit., t. 1, pp. 235-236, et note 61, p. 392.

49. G. Golubovitch (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Verniero di Montepeloso, cit., t. 7, pp. 3, 81, 252-253, 255, et B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient..., t. 1, pp. 225-226.

50. Sur les projets jésuites en Terre Sainte en 1555: S. Kuri (édit.), Monumenta Proximi-Orientis, cit., pp. 26-33. A. Rabbath, Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en Orient, cit., t. 1, pp. 338-339. Ibidem, pp. 348-350, supplique au pape. Question d'une installation possible des jésuites à Nazareth: mémoire de des Hayes au Général des jésuites, s.d., ibidem, pp. 338-339; voir aussi, ibidem, pp. 332-335, Paris, le 21 sept. 1621, le Père La Bretesche au Général (ARSI, Gallia, 95, I, f. 268rv). Pour la version franciscaine des événements, voir G. Golubovitch (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Verniero di Montepeloso, cit., t. 7, pp. 31-37, 61-73, 154, 163-165; L. Lemmens (édit.), Acta S. Congregationis de Propaganda Fide pro Terra Sancta, cit., t. 1, p. 49, p. 202; G. Golubovitch, La questione dei Luoghi santi nel periodo degli anni 1620-1638. Nuovi documenti dall'incarto dell'ambasciatore Filippo di Harlay, in «Archivum Franciscanum Historicum», 14, 1921, pp. 231-232: Jacques de Vendôme accuse les capucins de convoiter Nazareth (18 déc 1627). Les capucins parlant de chasser les cordeliers: BN, NAF, 10220, pp. 70-72, 3 nov. 1627, Saïda; ibidem, p. 73, Gilles de Loches, 20 mars 1628, Saïda. Lettre de Pacifique de Provins à ce sujet: G. De Paris, Notes et documents pour servir à l'histoire du P. Pacifique de Provins, art. cit., pp. 584-585. Comme Pacifique, le Père Joseph proteste à Rome, que les capucins n'ont nulle intention de prendre les Lieux Saints, ni les aumônes des franciscains: ASCPF, SOCG, 101, ff. 290-291, cité dans J. Mauzaize, Le rôle et l'action des Capucins de la Province de Paris, cit., t. 3, p. 1194.

51. Gioacchino Francesco D'andrea, Il regno di Napoli e la Custodia di Terra Santa, in M. Piccirillo (direct.), La Custodia di Terra Santa e l'Europa..., cit., pp. 37-70.

52. G.E. Noradounghian, Receuil d'actes internationaux de l'Empire ottoman, t. 1, Paris, Leipzig, Neuchâtel, 1897, pp. 95, 137.

53. E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., p. 735.

54. Lettres édifiantes et curieuses..., cit., t. 1, p. 413.

55. L. Lemmens (édit.), Acta S. Congregationis de Propaganda Fide pro Terra Sancta, cit., t. 1, pp. 374-377 et B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient..., t. 1, pp. 291-301.

56. ASCPF, SOCG, f. 217rv, 2 juillet 1689. E. Horn, Ichonographiae locorum et monumentorum veterum Terrae Sanctae...1725-1744, cit., p. 58.

57. Lettres édifiantes et curieuses..., cit., t. 1, pp. 404, 410. La cérémonie du vendredi saint est décrite également dans M. Nau, Voyage nouveau de la Terre Sainte, cit., p. 487, dans H. Maundrell, A Journey from Aleppo to Jerusalem, 1697, Londres, 1810, pp. 97-99, et dans R. Pococke, Voyages de Richard Pococke en Orient, dans l'Egypte, l'Arabie, la Palestine, la Syrie, trad. de l'anglais, Neuchâtel, 1773, p. 55.

58. B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient..., t. 1, pp. 138-147.

59. Ivi, t. 1, pp. 295-296.

60 ASCPF, SC, Terra Santa, 1, f. 43v; ibidem, ACTA, 65, 20 déc. 1695, 7, Terra Santa; ibidem, ACTA, 68, 23 juin 1698, 11, Terra Santa. Sur le système de collecte des aumônes, voir aussi, E. Roger, La Terre Saincte, ou description topographique..., cit., p. 395.

61. ASCPF, SC, Terra Santa, 1, f. 42rv-45 rv, comptes du Gardien Mariano da Milano, entré en fonction le 22 mars 1652. Document présenté en annexe dans B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient..., t. 2, pp. 692-694. Autres bilans dans G. Golubovitch (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Verniero di Montepeloso, cit., t. 7, pp. 145-147, pp. 27-28, 81, 183, 216.

62. B. Heyberger, Les Chrétiens du Proche-Orient..., t. 1, p. 233. L. Lemmens (édit.), Acta S. Congregationis de Propaganda Fide pro Terra Sancta, cit., t. 1, p. 265, publication du document ASCPF, Lettere, 70, f. 50v. G. Golubovitch (édit.), Croniche o annali di Terra Santa del Padre Verniero di Montepeloso, cit., t. 8, pp. 73-74, 169-171, 183-184. G. Golubovitch, La questione dei Luoghi santi..., art. cit., pp. 476-477. Lors d'un litige à propos des aumônes rassemblées à Naples, le Secrétaire de la Propagande rappelle que d'après les décrets de cette Congrégation de 1653, 1654, 1662, 1694, les commissaires de la Terra Santa doivent rendre des comptes annuels, ce qu'ils ne font jamais: ASCPF, Acta, 68, 23 juin 1698, 11, Terra Santa. A la suite de cela, une liste nominative des commissaires, exigée par la Congrégation, est examinée par celle-ci à la séance suivante, ibidem, 7 juillet 1698. On retrouve le même sujet vers 1770: ASCPF, SC, Missioni, Miscellanee, 13, pp. 284-285; et en 1825, évoqué par le consul de France à Acre: A. Rabbath, Documents inédits pour servir à l'histoire du christianisme en Orient, cit., t. 2, pp. 119-120.

63. ASCPF, Missioni Miscellanee, 1, f. 470v: «ferrari, scarpari, molinari, fornari, librari, sarturi, speziali, cerari, falegnami, medici, ricamatori, muratori, scultori».

64. L. Petit, Une bagarre au Saint Sépulcre en 1698, in «Revue de l'Orient Chrétien», VIII, 1903, pp. 471-476. H. Lammens, Un commentaire inédit sur la bagarre au Saint-Sépulcre en 1698, in «Revue de l'Orient Chrétien», IX, 1904, pp. 144-145. Un rapport adressé par les Frères à la Propagande en 1700 donne une idée de la démesure du chantier: Marcellino da Civezza, Storia universale delle Missioni Francescane, Florence, 1894-1895, livre VII, part. 3, p. 480.

65. M. Nau, Voyage nouveau de la Terre Sainte, cit., pp. 396-397, p. 476.

66. E. Horn, Ichonographiae locorum et monumentorum veterum Terrae Sanctae...1725-1744, cit., traite en un chapitre: «De cella vinaria», pp. 203 et suiv. ASCPF, Missioni Miscellanee, f. 469r: évoque le caravanier «turc» qui assure le service de la custodie entre Jaffa et Jérusalem depuis 40 ans. On s'étonne qu'un ouvrage qui traite de la «vie économique à Jérusalem» puisse ignorer totalement les activités économiques liées au pèlerinage et aux couvents chrétiens: A. Cohen, Economic Life in Ottoman Jerusalem, Cambridge, 1989, p. 178. Sur l'importance du pélerinage dans l'économie de la Palestine, D. Panzac, Commerce des ports du Liban Sud et de Palestine (1756-1787), in «Revue du Monde Musulman et de la Méditerranée», 55/56, 1990, 1-2.

67. ASCPF, SOCG, 106, ff. 197rv-200rv, Vincenzo da Gallicano, Secrétaire de la Terre Sainte, 29 avril 1636.

68. ASCPF, SOCG, 99, f. 278rv, 279r, nov. 1630: le Gardien Diego da Sanseverino annonce à la Propagande qu'il a installé des maîtres dans tout le Levant.

69. ASCPF, SOCG, 99, f. 307rv, 310rv, 10 nov. 1630, le docteur Luigi Ramiro, qui versait la gratification.

70. ASCPF, SOCG, 118, ff. 124rv, 125r, 12 sept. 1638.

71. ASCPF, SOCG, 518, f. 350rv. En 1698, ils sont une centaine, à Jérusalem, Bethléem et Saint Jean: ibidem, SOCG, 530, ff. 382rv, 384rv. 1730: E. Horn, Ichonographiae locorum et monumentorum veterum Terrae Sanctae...1725-1744, cit., pp. 223-224.

72. ASCPF, SOCG, 530, ff. 382rv, 384rv. Protestations du patriarche maronite Al-Duwayhî: ASCPF, SOCG, 525, ff. 380rv, 381rv, 20 nov. 1695 et le même au cardinal Barberino, ibidem, SC, Maroniti, 1, ff. 267rv, 268r, 20 mars 1700 et ff. 271r-273r, le même, 20 mars 1700. Réplique du procurateur de la Terre Sainte à la Curie: ibidem, SOCG, 505, ff. 224rv, 225r. Sur le nombre des chrétiens rattachés à la Terra Santa à cette époque, SOCG, 542, f. 502rv, stato delle anime..., 1701; SOCG, 601, ff. 369r-375r, Stato delle anime..., 1715.

73. ASCPF, SOCG, 530, ff. 382rv, 384rv, et SOCG, 505, ff. 224rv, 225r.

74. M. Nau, Voyage nouveau de la Terre Sainte, cit., pp. 463-474 rapporte la proposition de Bayt Jâlâ. ASCPF, SC, Maroniti, 2, ff. 214rv, 215rv, 1713.

75. G. Mariti, Voyages dans l'isle de Chypre, la Syrie, et la Palestine, cit., t. 2, pp. 154-159, précise les relations entre les Pères de la Terre Sainte et Dâhir.

76. E. Horn, Ichonographiae locorum et monumentorum veterum Terrae Sanctae...1725-1744, cit., pp. 159-160. Plaintes sur le système d'assistance, qui coûte cher à la Custodie, et sur l'absence de reconnaissance des Orientaux: CP, 76, Melchiti, ff. 303r, 304rv, 305r, Relation de l'état de la Custodie..., avril 1727. Les «clients» des Frères mineurs de Damas sont dits «de la plus infime plèbe» et passés au «latinisme» par intérêt, dans le rapport d'Emmanuel de Saint Albert, délégué apostolique en Syrie: ASCPF, CP, 83, Melchiti, f. 390r. Le chroniqueur capucin d'Alep (Archives Générales des Capucins à Rome, AD, 106, p. 148) dit des «Latins» d'Alep qu'ils «s'endorment dans la fainéantise» et vivent des aumônes de Jérusalem. Le système est encore dénoncé par Valerga, le premier patriarche latin de Jérusalem: ASCPF, Acta, 211, 4 sept. 1848, Relazione di Mons. Valerga sullo stato della diocesi patriarchale di Gerusalemme di rito latino, ff. 321v, 322r.