Conversions et entreprises de conversion
chez les juifs d'Avignon et
du comtat venaissin au temps
des "carrieres" (XVIIe et XVIIIe siecles)

di René Moulinas

 

Dans les états français du St Siège, Avignon et le Comtat Venaissin, les Juifs, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ne sont pas très nombreux. L'expulsion qui a été ordonnée en 1569-70 n'a pas été totale mais elle a fait s'exiler cependant un grand nombre de familles. Ceux qui ont pu rester ou revenir ont été regroupés, à partir de 1624, dans quatre villes: Avignon, Carpentras, l'Isle de Venisse (aujourd'hui l'Isle sur Sorgues) et Cavaillon. Ils y habitent un quartier bien délimité et hermétiquement clos, la «carrière» et, au total, même quand leur nombre atteint son maximum, au milieu du XVIIIe siècle, ils ne sont certainement pas plus de 2.500, au milieu d'une population chrétienne d'environ 150.000 habitants.
On connait cependant un assez grand nombre de convertis ou «néophytes»: plus d'une centaine de noms pour les XVIIe et XVIIIe siècles, ce qui fait beaucoup pour des communautés aussi réduites. Il s'agit toujours d'individus, parfois de familles, et jamais de conversions collectives massives; ce ne sont pas, non plus, des baptêmes forcés sauf cas exceptionnels comme ceux de ces Juifs transportés aux infirmeries pendant la peste de 1721 à Avignon: 18 ont été baptisés alors qu'ils étaient en danger de mort imminente, à des âges très divers puisque la doyenne avait 85 ans et qu'on compte parmi eux 2 enfants mis au monde par césarienne. Les aumôniers ou chirurgiens, responsables de ces baptêmes, prétendirent d'ailleurs que, mis à part le cas des nouveaux-nés, ils n'avaient jamais conféré ce sacrement à aucun Juif sans qu'il en ait exprimé le désir1. Tous ne sont pas morts et, après leur guérison, ils ont été obligés de rester catholiques. Il faut aussi mettre à part les baptêmes imposés à des enfants juifs par leurs compagnons de jeux chrétiens ou des adultes trop zèlés, voire par des criminels juifs qui utilisaient le baptême comme un moyen de vengeance ou bien pour exercer un véritable «racket» aux dépens de leurs coreligionnaires2.
Mais, même si on élimine ces cas exceptionnels, il reste encore un grand nombre de conversions qui ne doivent apparemment rien à la contrainte. Faut-il alors attribuer l'abondance des néophytes à l'efficacité des entreprises de conversion? Il est vrai que les Juifs sont soumis à un prosélytisme constant. Ce sont parfois des initiatives individuelles comme celle du chanoine d'Andrée de Carpentras, au XVIIe siècle; mais il y a aussi des prédications officielles. Instituées par les papes de la Réforme catholique, en particulier par une bulle de Grégoire XIII de 1584, ces conférences eurent lieu régulièrement, à Avignon, à la fin du XVIe siècle, assurées par un minime, J. F. de Binans puis par des jésuites du collège comme le père Lorin3. Mais très rapidement elles s'interrompirent et se réduisirent au seul sermon traditionnel donné aux Juifs, une fois par an, le jour de la fête de la Trinité, dans l'église St Pierre. En dépit des efforts des archevêques d'Avignon pour rétablir une fréquence plus soutenue, il est probable qu'on en resta là: en 1633, il y a bien un prédicateur nommé pour les Juifs, le père Eustache Parisis, un minime, payé (par les Juifs eux-mêmes) 12 écus par an, mais une ordonnance de 1649 signifiée aux Juifs pour les obliger à venir écouter la bonne parole, ne concerne que le «jour et feste de la très sainte et très adorable Trinité»4. En 1675, l'archevêque Azzo Arioste prescrit de faire faire des prédications aux Juifs d'Avignon, de la St Michel jusqu'à Pâques. La décision est reprise par ses successeurs Libelli en 1680 puis Montecatini en 1687 mais, d'après la rédaction du document, il est clair que ces sermons se réduisent désormais à un seul par an5.
Il en sera ainsi à Avignon, pendant tout le XVIIIe siècle. En 1741, le vice-légat avait ressenti la nécessité de faire prêcher aux Juifs d'Avignon, au moins tous les quinze jours, et il avait choisi pour cette tâche un capucin, le père Hiacinthe de Lorgues. Mais rapidement, à la suite d'intrigues suscitées par la jalousie, si on en croit le vice-légat lui-même, son supérieur avait nommé le père de Lorgues comme lecteur de philosophie au couvent de Carpentras et il fut impossible de lui trouver un remplaçant sur place6.
Il ne semble pas que les Juifs de L'Isle et de Cavaillon aient jamais été soumis à de pareilles contraintes. En revanche, à Carpentras, où ces prédications obligatoires ne paraissent pas avoir été instaurées avant 1676, l'usage se maintint jusqu'à la fin de l'Ancien Régime et, en 1790, les Juifs devaient encore s'y soumettre, sous peine d'amendes. Après Denoves, bénéficier de St Siffrein, c'est Jacques Penne, curé de Carpentras, qui fut chargé de cette tâche, à partir de 1686. Il exerça longtemps ces fonctions qui étaient rétribuées 45 livres par an. Lui succédèrent, au XVIIIe siècle, Valoris, curé de Serres, puis, pendant plusieurs décennies, un simple prêtre, Duplessis. Enfin, en 1783, fut nommé dans cet emploi, le père Justin, un capucin, qui resta en place jusqu'à la Révolution.
Ces instructions n'étaient évidemment pas suivies avec beaucoup de zèle par les Juifs qui étaient forcés d'y assister. Jacques Penne, en 1689, dénonce ceux de Carpentras qui, «pour le lasser, font continuellement un bruit extraordinaire ou en sortant avant le temps ou en se promenant ou en parlant dans la salle du Palais épiscopal et pendant le temps de la conférence, en telle manière qu'on ne peut entendre ce qui se dit pour leurs conversions». Ces sermons donnaient lieu cependant parfois à des discussions sérieuses: le même Penne offre «d'escouter avec plaisir les rabins et autres sçavants des Juifs qu'ils (sic) voudront proposer quelque difficulté contre ce qui aura été dict, à condition pourtant qu'ils parleront qu'un après l'autre et après que l'un d'eux aura achevé, sans qu'il soit permis à aucun desd. Juifs de l'interrompre»7.
Il arrivait même que des chrétiens viennent suivre ces controverses. Le vice-légat Lercari signale que son protégé, le père de Lorgues, s'est acquis l'estime générale de tous ceux qui «par une louable curiosité», assistent à ses conférences8. A Carpentras, en 1762, l'évêque Vignoli se plaint à Rome du comportement d'un jeune étranger qui se fait appeler M. de Valdec. Alors que le prélat en personne assistait à la conférence de Duplessis adressée aux Juifs, Valdec s'est permis de critiquer publiquement les propos du prédicateur, ce qui lui a valu d'être convoqué à l'évêché et contraint de présenter ses excuses au prêtre9. Penne, dans un écrit publié en 1699 Jerusalem nova super aedificata se vante d'avoir totalement écrasé les arguments avancés par un rabin de Metz nommé Alexandre, qui était venu à Carpentras, à la demande de ses coreligionnaires, afin de lui tenir tête. Penne prétend avoir reçu ensuite une lettre de cet Alexandre de St Avol, datée de Metz, le 12 octobre 1698, lui annonçant son intention de se convertir10.
Ces instructions aux Juifs en vue de leur conversion étaient donc soigneusement préparées par des prêtres connaissant bien l'hébreu et la Bible, voire le Talmud. On peut en juger d'après le recueil de 18 sermons du père Justin conservé à la bibliothèque de la ville d'Avignon11. D'une façon très classique, il s'efforce de démontrer aux Juifs que leurs malheurs actuels s'expliquent uniquement par le refus de leurs ancêtres de reconnaitre Jésus de Nazareth comme le Messie et par le déicide qu'ils ont commis sur sa personne. Il cherche à les convaincre que leur attente du Messie est vaine puisque les prophéties qui indiquaient le temps de sa venue sont accomplies et, ce faisant, il donne d'intéressantes indications sur les croyances, parfois fort peu orthodoxes, qui avaient cours parmi les Juifs de Carpentras à la fin du XVIIIe siècle.
Ces prédications n'ont donc peut-être pas été sans effet mais on ne peut évidemment pas leur attribuer toutes les conversions que nous connaissons. Certaines ont été probablement facilitées par l'isolement ou la rupture de l'intéressé avec son milieu d'origine. C'est le cas d'un certain nombre de Juifs étrangers égarés sur les terres du Pape. En 1687, dans l'église des Cordeliers d'Avignon, le vice-légat baptise lui-même un Juif d'Italie. En 1759, dans l'église St Didier d'Avignon, on baptise un Juif de Prague. En 1775, dans le même lieu, c'est une juive de Turin nommée Henrique, âgée de 25 ans. En 1781, à Carpentras, les consuls sont les parrains de Jacob Benjaquin, Juif de Mahon12.
En d'autres occasions, on peut soupçonner des mobiles sentimentaux qui ont peu de rapports avec les convictions religieuses. Ainsi, en 1787, une jeune fille de vingt et un ans, Gentille de Carcassonne demande à être accueillie dans la maison de la Propagande d'Avignon, dans l'intention de se convertir. Son père Mardochée, établi à Nîmes, l'accuse de s'être enfuie en emportant des bijoux et de l'argent, en compagnie de son maitre de musique, et il prétend que c'est uniquement pour pouvoir l'épouser qu'elle veut être baptisée13. Un siècle plus tôt, en 1688, Samuel Crémieu, de Carpentras, âgé de vingt cinq ans, était devenu Antoine Rasponi, du nom de son parrain, Jean Rasponi, recteur du Comtat. Or, avant de recevoir lui-même le baptême, Crémieu l'avait conféré à une jeune fille de la carrière, Liotte Lion, qu'il épousa ensuite sous le nom de Marie Anne de la Croix14 bien qu'il fût déjà marié avec une autre Juive, Rousse Crémieu, dont il avait deux fils qui furent baptisés eux aussi quelques mois après lui15. Ne peut-on soupçonner ici aussi une aventure amoureuse qui se serait soldée par une double conversion?
Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, il y eut probablement peu de passages à la religion dominante inspirés par l'appât du gain et l'espoir d'une vie plus brillante. Certes le baptême des Juifs donnait lieu souvent à des cérémonies fastueuses et leurs parrains étaient alors de très grands personnages: le vice-légat, les consuls de la ville, le recteur ou des membres éminents de l'aristocratie locale. Le néophyte recevait des cadeaux et de l'argent, mais la somme ne semble pas avoir jamais dépassé quelques centaines de livres. Les quelques avantages qui s'y ajoutaient parfois, exemption de taxes voire pension viagère n'étaient jamais très alléchants. Il n'y eut jamais, dans les états du Pape, une caisse des conversions analogue à celle qui avait été mise en place en France, à l'intention des protestants, avant la révocation de l'édit de Nantes. Dans une lettre de 1703 aux autorités romaines, l'Inquisiteur avait pourtant souhaité la création d'un tel établissement mais cette idée ne prit jamais corps16.
Quand on peut connaitre la destinée ultérieure de ces néophytes, on s'aperçoit que leur conversion leur a rarement apporté la fortune. En 1704, le vice-légat, à la demande de Rome, avait fait faire une enquête à ce sujet. A Avignon, il y avait quatre néophytes; deux vivaient de leur travail et les deux autres, une jeune fille et son frère, étaient entretenus par l'Aumône générale moyennant une pension de vingt écus payée par leur père. A L'Isle, on en connaissait trois: deux artisans et un domestique; à Carpentras, trois aussi: deux tailleurs et un courtier («sensale») qualifié comme «veramente povero». A Caromb enfin, un autregagnait sa vie comme employé au poids de la farine17.
A la fin de la période envisagée, en 1786, le vice-légat donne un avis favorable à la supplique d'un néophyte de l'Isle, baptisé à Rome en 1780 sous le nom de Pie de Césène, qui demande la réversion, à son profit, d'une pension de cent livres accordée par Rome, sur les revenus du Grand Sceau, à un autre converti qui vient de décéder. L'enquête qui a été faite a révélé que le postulant avait réellement grand besoin de ce secours car il vivait très difficilement de son métier de savetier et de quelques aumônes18.
La plupart des conversions ont été discrètes et n'ont pas donné lieu à de grandes mises en scène. Elles ne nous sont donc connues que par les actes laconiques portés sur les registres de baptême ou les mentions fortuites qu'on trouve par exemple, dans des minutes de notaires. Seul Dieu qui sonde les reins et les coeurs connait donc les véritables mobiles qui ont conduit ces hommes et ces femmes, qui ne sont pour nous que des noms, à prendre une décision aussi importante et irréversible, qui brise définitivement les liens avec le milieu d'origine, y compris ceux d'un mariage éventuel. Car si le conjoint du néophyte refuse de l'accompagner dans son aventure, leur union sera rompue ipso facto. Nous en avons eu déjà un exemple dans le cas de Crémieu-Rasponi en 1688 mais il y en a beaucoup d'autres car la jurisprudence est sans ambiguité sur ce point: après une mise en demeure et une période de réflexion fixée par l'autorité ecclésiastique, l'époux ou l'épouse doit se prononcer clairement sur son intention de recevoir ou non le baptême. En cas de réponse négative, le mariage est déclaré nul et le nouveau chrétien peut aussitôt refaire sa vie s'il le désire, dans une deuxième union19. Mais ce moyen extrême de sortir d'un mariage devenu insupportable peut-il expliquer plus de un ou deux cas?
Les causes essentielles de ces ralliements relativement nombreux à la religion dominante sont à chercher plus probablement dans la perméabilité du milieu juif local aux influences de la société ambiante. La piété des Juifs d'Avignon et du Comtat était jugée très tiède et leur connaissance de la religion très sommaire par les rabins de Terre Sainte qui passaient de temps à autre dans le pays pour y recueillir des aumônes. En outre, les quatre communautés sont beaucoup trop petites pour vivre en autarcie et beaucoup trop isolées du reste du monde juif pour avoir avec lui des contacts fréquents et des échanges enrichissants. En revanche, ces Juifs sont constamment en relations étroites avec les chrétiens, non seulement pour les besoins de leur commerce mais aussi pour les nécessités de la vie courante puisqu'il faut avoir recours à eux pour fournir les artisans, les lavandières, les porteurs d'eau, les médecins, les sages-femmes, voire les valets, les servantes et les nourrices qu'on ne trouve pas dans la carrière. Inversement, la coutume est que les jeunes filles juives gagnent leur dot en allant faire des travaux de couture dans les maisons des chrétiens20. Des liens de sociabilité voire d'amitié se sont ainsi développés au point de provoquer l'indignation des rigoristes. Dans une lettre de 1745, l'évêque de Carpentras d'Inguimbert se dit scandalisé par ce qu'il voit se passer sous ses yeux: au mépris des principes traditionnels de ségrégation et de ses propres ordonnances, les Juifs fréquentent familièrement leurs voisins chrétiens, leur rendent des visites amicales, les invitent dans la carrière pour leurs mariages ou la circoncision de leurs fils, vont se baigner l'été en leur compagnie21.
Ces rencontres et ces échanges continuels ont créé un climat qui rend le passage d'un monde à l'autre (moins différents d'ailleurs qu'on le croit puisque la langue, les usages culinaires et vestimentaires, les distractions et les intérêts sont semblables) beaucoup moins traumatisant qu'on pourrait l'imaginer. Le maintien de la constitution et de la vie autonome des carrières d'Avignon et du Comtat dépend autant et peut-être plus de la pression des réglements imposés par les autorités ecclésiastiques qui les tiennent cerclées dans un véritable carcan ségrégatif que de leur cohésion interne propre. Lorsque, au moment de la Révolution, ces contraintes externes sautent, les quatre communautés se disloquent et leurs habitants se dispersent à travers la France où ils s'assimileront avec une remarquable aisance.

Notes

1. Ces baptêmes enregistrés dans les livres de la paroisse St Pierre (Arch. Comm. Avignon, GG 6, 1703-1724) s'échelonnent du 6 novembre 1721 au 22 janvier 1722 (ff. 222v-223). Voir à ce sujet la lettre du vice-légat Delci au cardinal Accoramboni du 18 janvier 1722. Arch. Vatican., Légation d'Avignon 265, f. 150 ainsi que «La vie de Messire Joseph François de Salvador...», Avignon, Louis Chambeau, 1761, pp. 109-111.

2. En avril 1754, Léa de Milhaud, veuve d'Isaïe Dalpuget, d'Avignon avait baptisé une petite fille de quatre ans, fille d'un de ses voisins, Salomon Gard, pour se venger de sa mère, avec laquelle elle avait eu une altercation. Léa de Milhaud qui avait quitté la carrière aussitôt après son forfait, pour éviter les représailles, fut elle-même baptisée en juillet 1754 sous le nom de Marie Anne Agricole Josèphe (Arch. Com. Avignon, GG Baptêmes St Agricol 1748-1772, f. 145) et entra chez les Dominicaines.Voir, au sujet de cette affaire, une lettre du vice-légat au secrétaire d'état, du 13 avril 1754. Arch. Vatican, Légation Avignon 285, f. 301v et la notice 50 de Perugini, dans l'article L'Inquisition romaine et les israélites, in «Revue des Etudes Juives», tome 3, 1884, p. 107. Le baptême du jeune Sema, âgé de sept ans fils d'Elie Crémieu, secrétaire de la communauté de Carpentras, lui fut imposé, en juillet 1762, par Ain de Cavaillon. Celui-ci, avec ses frères, avait inventé un moyen d'extorquer de l'argent aux familles juives aisées de la ville en les menaçant de raconter qu'ils avaient conféré ce sacrement à leurs enfants. Sur cette affaire, voir la notice 56 de Pérugini dans l'article cité ci-dessus (p. 108), l'article de Cecil Roth, Une mission des communautés du Comtat Venaissin àRome, in «Revue des Etudes Juives», tome 84, 1927 et celui de Z. Szajkowski, Comment fut converti Zemah Carmi à Carpentras (en yiddisch), in «Yiwo-Bleter» 24, 1944, pp. 123-130. Une députation des quatre carrières envoyée à Rome obtint du Saint Office en 1764, la condamnation des frères Cavaillon au bannissement mais le principal coupable, Ain, était déja mort, le 27 décembre 1762 après avoir été lui-même baptisé quelques jours plus tôt (baptême: Arch. Com. Carpentras, GG 20, f. 40: 21 décembre 1762; décès: ibidem GG 42, f. 104). Les édits interdisant sévèrement de baptiser les enfants juifs furent renouvelés et publiés mais le jeune Sema devenu Joseph, resta chrétien; il fut envoyé à Rome où il poursuivit une carrière ecclésiastique, sous le nom de Vignoli qui était celui de l'évêque de Carpentras qui avait parachevé les cérémonies de son baptême le 1° janvier 1765 (Arch. Com. Carpentras, GG 20, f. 85v).

Selon le droit canonique, il n'est pas nécessaire, en effet, que le ministre du sacrement de baptême soit lui-même un chrétien: il suffit qu'il ait eu l'intention de faire réellement «ce que fait l'Eglise» et qu'il ait utilisé les gestes et les paroles nécessaires. Quant à l'interdiction de baptiser les enfants juifs sans l'autorisation de leurs parents, elle n'empêche pas ces baptêmes illicites d'être néanmoins valides.

3. Voir Abbé de Monty, Vie de Paul d'Andrée, Avignon, 1783. F. Secret, Notes sur les hébraïsants chrétiens et les juifs enFrance, in «Revue des Etudes Juives», tome 126, oct.-déc. 1967, p. 422, VI: Episode de la predica coattiva à Avignon au XVIe siècle. R.P. Marcel Chossat, Les Jésuites et leurs oeuvres à Avignon. 1553-1768, Avignon, 1896, pp. 188-189.

4. Ordonnance pour le R.P. Eustace Parisis, Arch. Dep. Vaucluse, G 803, f. 271, 23 août 1633, Ordonnance pour la prédication aux Juifs, ibidem, G 812, f. 78, 28 may 1649.

5. Ordonnance d'Azzio Arioste du 8 avril 1675. Arch. Dep. Vaucluse, G 130, f. 595. Edit touchant les Juifs habitans en Avignon de Hyacinthe Libelli du 29 janvier 1680, imprimé, Bibl. mun. d'Avignon, 4° 4175, n° 10. Ordonnance touchant la prédication qu'on doit faire aux Juifs, de Montecatini, du 10 février 1687, Arch. Dep.Vaucluse, G 292, p. 62.

6. Sur cette affaire, voir la correspondance entre le vice-légat et le secrétaire d'Etat à Rome dans les années 1741-1743. Arch. Vatican, Legation Avignon 276, f. 270 (8 mars 1741) et f. 110v (réponse de Rome du 14 avril), 277 f. 319 (5 septembre 1742) et f. 357 (9 janvier 1743).

7. Arch. Dep. Vaucluse, B Rectorie 19, f. 268v.

8. Arch.Vatican, Legation Avignon 277, f. 319.

9. Arch. Vatican, Seg. di Stato, Lettere di vescovi e prelati 280, f. 295. Lettre de l'évêque de Carpentras du 16 juillet 1762.

10. Voir F. Secret, Notes sur les hébraïsants chrétiens et lesJuifs en France, in «Revue des Etudes juives», tome CXXVI, oct.-déc. 1967, p. 429: X, «Entre Metz et Carpentras: Alexandre de St Avold».

11. Bibl. Mun. Avignon, ms. 1525.

12. Prague: Arch. Com. Avignon, GG Baptêmes St Didier, f. 210: baptême le 6 octobre 1759 d'un Juif d'environ cinquante ans, «ex civitate pragensi in regno bohemiae». Turin: ibidem, f. 5, 9 mars 1775. Baptisée Marie Madeleine Françoise Heureuse. Mahon: Annuaire de Vaucluse 1888. Mémorial de Vaucluse publié par L.D., pp. 8-11: Baptême d'un juif de Mahon, 27 mai 1781.

13. Voir la lettre du vice-légat du 16 août 1788. Arch. Vatican, Legation Avignon 334, f. 322; La jeune fille a été baptisée dans l'église St Symphorien d'Avignon le 17 mars 1788 (Arch. Com. Avignon, GG Baptêmes St Symphorien, 1770-1789, f. 151). Elle a été placée au couvent des Ursulines et son père lui assure une dot de 6.000 livres.

14. Baptême de Samuel Crémieu le 25 mai 1688 sous le nom de Antoine Rasponi. Arch. Com. Carpentras, GG 13, p. 416. Le mariage de Samuel Crémieu devenu Antoine Rasponi avec Liotte devenue Anne Marie de la Croix, avait suscité des difficultés car l'Inquisiteur s'était demandé si, en baptisant la jeune fille, Crémieu n'était pas devenu son père spirituel, ce qui aurait empêché tout mariage entre eux par la suite, à moins d'obtenir une dispense. Le Saint Office de Rome, consulté, considéra cependant que lorsque Crémieu avait procédé au baptême, il était encore juif et donc non soumis aux règles canoniques qui régissaient les chrétiens. Son mariage était valide même sans dispense. Lettre du St Office de Rome à l'Inquisiteur d'Avignon du 2 juin 1691,Arch. Dep. Vaucluse G 109, pièce 60.

15. Baptême des deux fils de Rasponi, Paul et Dominique, 26 mai et 13 octobre 1688. Arch. Com. Carpentras, GG 13, pp. 416 et 437.

16. Arch. Vatican, Légation Avignon 77, f. 458, 3 septembre 1703.

17. Ibidem 78, f. 36, 23 janvier 1704.

18. Voir la supplique de Pie de Césène dans Arch. Dep. Vaucluse G 101, f. 241v, pour obtenir l'autorisation de se marier avec une chrétienne en 1782. Il avait été baptisé le 30 mars 1780 (Arch. Com. Avignon, GG Baptêmes St Didier 1776-1790, f. 87). Au sujet de la pension qu'il sollicite, voir Arch. Vatican, Legation Avignon 329, ff. 162v-163 et f. 338.

19. Outre le cas de Rasponi, on pourrait citer de nombreux autres exemples. Retenons entre beaucoup d'autres celui de Isaac Cohen de Carpentras qui, en 1760, déclare vouloir devenir chrétien. Sa femme, Lea Cohen, accompagnée des bailons de la carrière et du rabin se présente au palais épiscopal pour supplier l'évêque d'intervenir afin que Isaac remette à sa femme «le libelle de son divorce». L'évêque refuse et ordonne que Léa soit séquestrée quelque temps dans la maison de charité pour qu'elle y réfléchisse à sa propre éventuelle conversion. Arch. Com. Carpentras, GG 57.

20. C'est ainsi que s'explique la conversion de Précieuse de Sasia qui, à Avignon, à l'âge de quatorze ans, en conçut le dessein «à l'occasion de quelque cantique qu'elle entendit chanter dans la maison d'un tailleur de cette ville où elle travaillait avec d'autres filles juives». Baptisée en 1726 par l'archevêque, elle mourut en 1764, religieuse dans le couvent des dominicaines. Baptême Arch. Com. Avignon GG 7, Baptêmes St Pierre 1724-1751, f. 17, 22 septembre 1726. Avis de décès imprimé du 15 avril 1764, Bibl. Mun. Avignon, ms. 2446, f. 228, pièce 20.

21. Copie de la lettre de Mgr d'Inguimbert au St Office de Rome, de Carpentras, le 10 août 1745, Bibl. Carpentras, ms. 1412, f. 112.