La conversion au protestantisme a Nimes
au XVIIe siecle

di Robert Sauzet

La ville de Nîmes, son diocèse et sa région - l'est du Bas-Languedoc - furent très marqués par l'implantation du Protestantisme au XVIe siècle. Je ne reviendrai pas sur les mécanismes de cette conquête spirituelle qui a fait du pays nîmois une exception dans le royaume de France. Les catholiques minoritaires y subirent longtemps la domination, voire l'oppression des calvinistes locaux qui auraient été bien surpris de savoir que l'historiographie issue des Lumières les considèrerait comme les promoteurs d'«un grand élan de liberté de l'esprit humain» pour reprendre la formule de leur lointain descendant, Guizot.1 Le massacre de la Michelade précède de cinq ans la Saint Barthélémy2.
Des travaux importants ont partiellement éclairé l'adhésion à la religion nouvelle. Néanmoins bien des mystères demeurent, qu'il s'agisse de ce qu'Emmanuel Le Roy-Ladurie a appelé «le ralliement des rustres» en Cévennes ou de la diffusion prétendument «en nébuleuse» à partir des villes3. Une partie de la Cévenne ne s'est pas convertie à la nouvelle religion et, par exemple, autour de la ville de Nîmes, l'expansion triomphante du Protestantisme vers l'ouest (St Césaire, Caveirac, Milhaud...) a été brisée net vers l'est (Cabrières, Lédenon, Marguerittes) malgré les efforts du consistoire4. Sur ce calvinisme conquérant, l'édit de Nantes ne s'est nullement «refermé comme un tombeau»5 et au XVIIe siècle, un courant de conversions s'est maintenu jusqu'à 1680 où Louis XIVe interdit aux catholiques d'abjurer. La découverte de ce phénomène m'a surpris, il y a une trentaine d'années lorsque je commençai à travailler sur les sources papistes et huguenotes du XVIIe siècle languedocien. Je pensais en effet - et j'enseignais - sur la foi, alors, des travaux d'Émile-G. Léonard que la «R.P.R.» était tombée en léthargie au XVIIe siècle, endormie dans le culte monarchique et le confort bourgeois. Seule la persécution de Louis XIVe - «sanguis martyrum semen Christianorum» - aurait réveillé cette belle-au-bois-dormant, au souffle vivifiant du prophétisme6. Cette vision dramatique et quelque peu romantique déforme la réalité. L'importance des conversions à la Réforme au XVIIe siècle, à Nîmes et dans sa région, est la preuve qu'on ne doit pas généraliser à partir du conformisme et du légalisme des protestants de Paris et du val de Loire. Je voudrais situer d'abord le flux des adhésions au Protestantisme avant d'essayer d'en analyser les causes et les significations.

1. Le fait

Les séries de délibérations du consistoire de Nîmes, doublées à partir de 1640 par le rôle de «ceux qui abjurant l'église Romaine ont esté receus publiquement en la communion de l'Eglise», donnent la mesure de l'importance du phénomène. Je l'avais signalé dans ma thèse, pour Nîmes et pour le diocèse. Dans le petit village cévenol de St Bresson les protestants qui étaient une faible minorité lors de la visite pastorale de 1611, constituent la totalité de la population dix ans plus tard. Le phénomène nîmois est particulièrement éclairant: plus de 1.900 conversions de 1600 à 1679. Il a donné lieu à une étude détaillée de la localisation et de la profession des convertis par Philippe Chareyre7.
Le mouvement des adhésions au Protestantisme connaît des temps forts: les deux première décennies sont marquées par 450 réceptions dans l'église réformée de Nîmes. La ville comptait alors 3.000 papistes pour 12.000 huguenots. La période pendant laquelle reprennent les guerres civiles (1621-1629) voit, en dix ans, près de 400 nouveaux adeptes au calvinisme. Après 1629, la Réforme reste conquérante avec une période particulièrement brillante: le temps de la Fronde et du ministériat de Mazarin avec un sommet de 67 conversions en 1656. Sous le gouvernement personnel de Louis XIVe, malgré les déclarations royales de 1663 et 1665 contre les relaps et les clercs transfuges du Catholicisme et l'arrêt du conseil de 1677 défendant de «suborner» les catholiques, il y eut encore 380 conversions8.
Il est important de savoir si, au temps du renouveau catholique qui eut à Nîmes des acteurs zélés, il y eut un mouvement compensatoire de conversions à la religion romaine qui aurait, en quelque sorte, annulé ces passages à la religion de Calvin. Pour le début du siècle, nous n'avons pas de liste d'abjurations mais il est question, ici et là, de passages au Catholicisme surtout de notables comme le pasteur Jérémie Ferrier dont l'abjuration en 1613 entraîna une émotion populaire. Un rapport de l'administration épiscopale en 1608 précisait que, grâce aux prédications des jésuites, «plusieurs personnages de qualité se seroient réduits au giron de l'Eglise catholique, apostolique et romaine»9. Nous possédons, pour la mi-siècle, des indications plus précises. Le flux de conversions au Catholicisme ne prit une certaine importance que dans les années 60 où les litterae annuae des jésuites affirment que près d'une cinquantaine de néophytes sont reçus annuellement «quotidiannis ad 50 ab haeresi ad fidem catholicam, nostrorum opere fere traducantur»10. J'ai, par ailleurs, étudié la médiocrité des résultats obtenus par les missions capucines dans les Cévennes viganaises où le nombre des conversions enregistrées est inversement proportionnel à l'importance relative de la population protestante, le fiasco de la mission jésuite d'Anduze, l'échec lamentable de la fameuse caisse des conversions (moins de 500 convertis, de 1672 à 1679, moins d'un pour cent de l'effectif réformé, malgré des gratifications importantes - en moyenne 29 livres)11. La reconquête catholique, malgré ses moyens financiers et l'appui de plus en plus fort du pouvoir royal, se solda par un échec total jusqu'à l'emploi de la force brutale. Voici le bilan des missions «ad haereticos» vu par un bourgeois ultra catholique de Nîmes, en octobre 1683: «il n'y a point de mission qui en fasse tant faire (de conversions) que font les dragons... Dieu donne vie et santé à notre grand Roi qui s'y prend comme il faut pour exterminer cette religion P.R.»12. A contrario, le même livre de raison exprime la conscience de l'aptitude convertisseuse de la communauté protestante. L'édit royal du 25 juin 1680, prohibant la conversion à la Réforme y est transcrit in extenso avec ce commentaire:«c'est un coup le plus rude que les religionnaires puissent recevoir»13.

Philippe Chareyre qui a étudié en détail les conversions enregistrées par le consistoire de Nîmes a montré que seulement 65% d'entre elles concernaient le Bas-Languedoc. Le reste des néophytes provenait des autres provinces du royaume et, pour 5%, de l'étranger (plus de la moitié du Comtat et de la principauté d'Orange - la majorité des autres, 29 sur 43, d'Italie). On ne connaît la profession des convertis que pour moins du tiers des cas. Il s'agit, pour 63% d'entre eux, d'artisans ou de domestiques, pour 13% de membres du clergé séculier ou régulier. Ce dernier cas posait d'ailleurs un problème au consistoire, celui de la réinsertion des intéressés que le consistoire aidait matériellement14. Il pouvait prendre une allure spectaculaire comme en 1659 dans le cas du vicaire perpétuel desservant la paroisse de St Hippolyte-du-Fort, village peuplé majoritairement de réformés: l'assemblée du clergé diocésain dénonçait ce prêtre nommé Michel, venu du diocèse de Béziers qui «après avoir exercé les fonctions de curé, administré les sacrements et presché le caresme dernier jusques au vendredy saint, souilla honteusement et scandaleusement son caractère le jour de Pasques par l'abjuration de la foy catholique qu'il fit publiquement dans le temple dudit St Hippolyte»15. Exceptionnellement, des non-chrétiens se convertissent. Malgré les lois du royaume, certains israëlites résidaient à Nîmes et le Comtat n'était pas loin16, mais les trois conversions qui ont lieu en 1654 et 1663 sont le fait de juifs venus de l'étranger, les deux premiers d'Italie, l'un de Venise l'autre de Padoue, le troisième de Vienne en Autriche17. L'un des deux Italiens, le ci-devant rabbin de Padoue Salvator de Léon, s'était d'abord converti au Catholicisme à Rome en 1652 mais il ne tarda pas à reconnaître «qu'il y a de grandes herreurs et idolâtreries en ladite église comme le prétendhu sacrifice de la messe, l'invocation des saints, adoration des images et autres18». Il y a aussi trois «chrétiens d'Allah» qui reviennent au bercail après un passage plus ou moins long par l'Islam, lors de leur captivité en Barbarie: en 1645 Gédéon Duval, en 1654 Daniel Thibaud, de La Tremblade qui avait professé le Mahométisme pendant 42 ans et en 1666 Jean-Gabriel de Ferroul, ce dernier après un passage par le papisme: «habitant la ville des Vans, cy-devant Turc, a fait abjuration des erreurs de l'église romayne et promis de vivre et mourir en la communion des Eglises réformées de ce royaume» et il signe en caractères arabes.19
Hormis en période de crise comme lors de la première guerre de Rohan, les consistoires s'attachaient à la sincérité des conversions. La décision d'abandonner «les superstitions de la papauté» et d'entrer «en la bergerie des élus» ne suffit pas aux responsables de l'église réformée qui pouvaient, si les connaissances religieuses du néophyte ne leur paraissaient pas suffisantes, le renvoyer à quelques semaines pour qu'il ait le temps de s'instruire en assistant aux prêches20.

2. Causes et significations

De fait, c'est la vitalité religieuse, le dynamisme théologique du Protestantisme nîmois qui nous paraît, à longueur de siècle, la cause principale des adhésions à la Réforme. Des personnalités remarquables comme l'hébraïsant Samuel Petit ou les théologiens David de Rodon (auteur du Tombeau de la messe) ou Jean Claude illustrèrent le collège et l'académie de Nîmes. C'est sur la proposition de ce dernier que le Synode du Bas-Languedoc condamna en 1661 le projet des «accommodeurs de religion» comme un «artifice pernicieux» tendant à «unir les ténèbres avec la lumière et Dieu avec Bélial». Cette intransigeance se fondait sur un attachement passionné à l'orthodoxie calvinienne que les nîmois jugeaient compromise par les idées du théologien saumurois Moïse Amyraut: en 1654, un pasteur de sympathies amyraldiennes fut démis de sa charge parce que son ministère n'était pas «à édification au peuple»21. Le rayonnement spirituel du Protestantisme nîmois explique, dans une large mesure, le nombre relativement élevé de prêtres et de religieux (78 sur 606 professions enregistrées) dont la moitié de réguliers mendiants parmi lesquels dix capucins et récollets et quelques représentants des «religions» directement liées au mouvement de Contre-Réforme; (deux doctrinaires, deux oratoriens et même, en 1607, le jésuite florentin Jean Baldin qui est envoyé à l'église italienne de Genève22). En 1666, les ursulines nîmoises tenaient emprisonnée une de leurs soeurs qui «s'était enfuie, fait environ 19 ans et sortit de nuict dudict monastère et s'en alla à Orange faire huguenote...». La joie de l'évêque de Nîmes, lors de la déclaration royale de 1663 contre les relaps et les prêtres apostats, est un signe de l'impuissance du Catholicisme local à empêcher ce que le prélat appelait « une licence fatale et criminelle»23.
Ce dynamisme spirituel des réformés bénéficia de la lenteur de la Réforme catholique - notamment celle des chapîtres - handicapée par l'hypothèque bénéficière. Néanmoins, dès la première moitié du XVIIe siècle, s'était amorcée une rénovation du clergé séculier et certains réguliers, nouveaux venus à Nîmes, récollets, jésuites et capucins, s'étaient comportés en agents efficaces et de la Réforme catholique et de la lutte contre l'hérésie. On voit, par exemple, à l'occasion de la peste de 1640, alors que la plus grande partie des élites cléricales et laïques s'enfuyaient aux champs, l'évêque, quelques chanoines et surtout les capucins et les récollets rester en ville où demeuraient par ailleurs un pasteur et un proposant; cette concurrence charitable - qui se vérifia lors de la peste de 1650 - suscita des conversions d'un côté comme de l'autre24.
Les protestants étaient dans une position très forte sur le plan proprement religieux. Ils pouvaient compter aussi sur un solide enracinement socio-économique, constituant à la fois la «major pars» et la «sanior pars» de la population locale. Jusqu'à 1631 ils avaient dominé sans partage le consulat. Après cette date et pratiquement jusqu'au gouvernenemt personnel de Louis XIVe, ils parvinrent à éluder la règle du «mi-partiment» des consulats en faisant élire aux postes réservés aux catholiques des amis, des clients ou des parents25. Cette position de force contribua à rendre l'église réformée nîmoise attractive.
Les guerres dites de Rohan de 1621 à 1629 avaient conduit les protestants nîmois à croire que la «destruction de Babylone» était proche. La plupart des églises du diocèse - notamment la cathédrale - reconstruites depuis 1598 furent à nouveau démolies. A Nîmes même, les offices catholiques furent interrompus et les catholiques que leurs adversaires appelaient «les philistins» durent quitter la ville à la fin de 1621, mais les plus pauvres, dépourvus de résidence ou d'amis à la campagne et ne trouvant pas à emprunter, restèrent en ville. Soumis à une très forte pression des protestants, nombre de ces pauvres abjurèrent. Les chanoines cathédraux (qui étaient partis prudemment à Beaucaire) affirmèrent par la suite que ces pauvres gens avaient été «battus, maltraités et violentés attrossement» tandis que le consistoire pouvait enregistrer 222 conversions en trois mois, notamment le 28 janvier 1622, une liste de 99 adhésions de papistes dont on nous dit benoîtement que «Dieu a dessilhé leur entendement par la fréquentation des presches»26. Le registre d'actes de catholicité de la cathédrale mentionne que «le dernier janvier 1622 le reste des catholiques furent chassés de ladite vile et Nismes est demeuré vuide de catholiques»27. À la même époque, dans les Cévennes catholiques, les habitants de Mandagout et St Martial étaient «contraincts à coup de baston et par intimidation et menasses de mort d'aller au presche»et les religionnaires montpelliérains appelaient les gourdins dont ils frappaient les papistes «las elpolsetas (matraques) dau consistori»28. Après la paix de 1622 et même lors de la reprise des guerres de Rohan, les catholiques revinrent et les protestants ne reprirent plus les méthodes brutales qui avaient pu leur donner un instant l'illusion d'avoir enfin purifié la ville de la souillure romaine. Soixante ans plus tard, au temps des dragonnades, le souvenir de l'oppression protestante (ce que le notaire Borrelly appelait «l'esclavitude») persistait chez les catholiques locaux.
Plus insidieusement, après ces dernières conversions obtenues par la force, la puissance économique de la communauté réformée l'aida à absorber un certain nombre de personnes qui en dépendaient, artisans et domestiques - soit près des deux tiers de l'effectif des nouveaux protestants dont la profession est connue29. L'économie nîmoise était dominée par les protestants. Or, à la mi-XVIIe siècle, nous constatons que le consistoire faisait réprimander par les Anciens «ceux qui donnent à gagner aux papistes» tandis que les autorités religieuses romaines dénonçaient le lock-out des travailleurs catholiques par les patrons religionnaires désireux d'arrêter l'immigration d'artisans catholiques30. Or la décennie 1650-59 est un temps record d'abjurations (346).
Il ne s'agit pas évidemment de réduire le phénomène des abjurations à ces facteurs socio-économiques. Il y a simplement convergence d'une série de causes extrêmement liées entre elles. Il ne faudrait pas non plus imaginer le microcosme nîmois comme une ville peuplée de croyants exclusivement zélés pour leur religion. Il y avait à Nîmes des zélés des deux religions mais aussi des esprits iréniques, des tièdes ou, à la limite, des libertins (comme ce régent de philosophie au collège alors dominé exclusivement par les protestants, qui professait que les religions aussi bien romaine que calviniste n'étaient que «fadaises et niaiseries» ce qui lui valut d'être discrètement expulsé par les consuls)31 un certain nombre de conversions sont ainsi liées à des considérations purement utilitaires, aux stratégies des familles en matière matrimoniale32.
Les mariages mixtes, que l'on appelle des «mariages inégaux», étaient fréquents à l'instar des «mariages bigarrés» de Gascogne mais, comme ils étaient prohibés aussi bien par les synodes protestants que par le conseil provincial tenu à Narbonne en 1609, ils donnaient lieu à un simulacre de conversion à l'une ou l'autre religion. Au bout de quelques jours le converti revenait à sa croyance originelle et consistoire ou évêque de se lamenter: «il arrive souvent que les femmes de contraire religion qui veulent espouser des personnes de nostre communion vont faire abjuration en quelque église champestre et sur l'attestation du pasteur espousent et retournent le lendemain à la messe» gémit, en 1656, le synode du Bas-languedoc tenu à Uzès tandis qu'en 1661, l'évêque de Nîmes déplorait simultanément les abjurations pro-matrimonio de jeunes personnes qui reviennent au prêche trois ou quatre mois après, montrant «qu'elles n'ont eu dessein sinon d'acquérir un mary et de profaner nos mystères par cette feinte sacrilège». Sacrilège ou pas, cet usage se maintint jusqu'à la déclaration royale de 1663 contre les relaps33.
La conversion à Nîmes au XVIIe siècle correspond à une réalité très diverse. On trouverait des analogies frappantes en envisageant le cas des néophytes catholiques mais, pour nous en tenir aux réformés, il est certain qu'elle dut être souvent vécue comme un bouleversement spirituel pouvant conduire le converti à affronter le martyre; ainsi en décembre 1626, Matheline Clémence, de Bagnols sur Cèze, localité majoritairement catholique, sauva-t-elle sa vie de justesse après sa conversion après avoir subi des violences diverses de la part des papistes du lieu

l'ayant mise sur une charette toute deschevelée, deschirée de ses accoustrements et... l'auroient conduite avec ladite charette à la fontaine de ladicte ville qui est grande et ayant beaucoup d'eau... l'auroient jeté dedans avec quelques habits tout déchirés qu'elle avoit encore et remuée dans l'eau voire plongée à fond diverses fois... l'eau estant froide ainsi que glace. Et après l'avoir tirée de l'eau presque morte l'auroyent remise sur la charette et conduite en toutes sortes de moqueries, dérisions et outrages avec plusieurs coups qu'on luy donna dans la maison d'une putain où ces mauvaises gens en grand nombre uzèrent contre elle de toutes sortes d'indignités quy fust au grand danger de sa vie34.

En cette année 1622 où tant d'abjurations discutables avaient eu lieu, le consistoire transcrit, dans ses délibérations, l'histoire édifiante de Matheline Clémence, comme pendant aux plaintes des catholiques sur les violences dont étaient victimes, de la part des protestants, les convertis à la religion romaine35.

Démarche religieuse, l'abjuration peut être aussi action inspirée par l'intérêt ou dictée par une stratégie familiale. Nous ne pouvons évidemment pas quantifier ces motivations qui peuvent, de surcroit, se recouper. Il reste que, par sa face lumineuse aussi bien que par ses ombres, le mouvement de conversions au Protestantisme au XVIIe siècle, témoigne de la puissance maintenue du Protestantisme méridional.

Notes

1. F. Guizot, Cours d'Histoire moderne, 1828, 12° leçon, p. 17.

2. L. Ménard, Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nîmes, 1754, Nîmes, 18732, t. V, p. 14 et sq.

3. Cfr. E. Le Roy-Ladurie, Paysans du Languedoc, 1966, p. 355 sq., J. Garrisson, Protestants du midi, 1980, p. 54

4. R. Sauzet, Le refus de la Réforme protestante. La fidélité catholique en Bas-Languedoc calviniste, in Les Réformes. Enracinement socio-culturel. (actes du 25° colloque international du Centre d'études supérieures de la Renaissance, Tours, 1982), 1985, pp. 355-361.

5. Selon la formule de F. Strowski reprise par E.-G. Léonard, Histoire générale du protestantisme, 1961, t. II, p. 312.

6. E.-G. Léonard, op. cit. et Le protestantisme français au XVIIe siècle, in «Revue historique», 1948, pp. 153-179. Critique de la thèse «par trop extrême» de Léonard par D. Ligou in Histoire des protestants en France, Toulouse, 1977, pp. 116 sq.

7. Cfr. R. Sauzet, Contre-Réforme et Réforme catholique en Bas-Languedoc. Le diocèse de Nîmes au XVIIe siècle, Paris-Louvain, 1979, pp. 178-180, 256-260, 389-90. C. Cantaloube, La Réforme en France vue d'un village cévenol, 1951, p. 87. P. Chareyre, Le consistoire de Nîmes 1561-1685, thèse dactyl., Université de Montpellier, 1987 et Les conversions au protestantisme à Nîmes aux XVIe et XVIIe siècles in «Cahiers du centre de généalogie protestante (S.H.P.F.)», 3° trimestre 1990, n° 31, pp. 113-132.

8. R. Sauzet, op. cit., p. 389 (avec une faute typographique 280 au lieu de 380 convertis). P. Chareyre, op. cit., p. 781.

9. Arch. Dép. Gard G 69.

10. Arch. Rom. de la Compagnie de Jésus,Litterae annuae, Lugd. 29, f. 72 (1663) cité par M. Bruyère in L. Delattre, Les établissements des Jésuites en France, Enghien, 1940, t. III, vol. 935.

11. R. Sauzet, op. cit., pp. 284-86, 391-96.

12. E. Borelly, Livre de raison, Arch. Dép. Gard, 1E 451 f. 154v. Citation incomplète de ce passage A. Puech, La vie de nos ancêtres d'après leurs livres de raison, Nîmes, 1888, p. 333.

13. Ivi, ff. 118v,-120.

14. P. Chareyre, op. cit., pp. 795-804.

15. Assemblée du clergé 31 mai 1659, Ach. Dép. Gard G 1289. L. Ménard, op. cit., t. VI, p. 137.

16. En 1643, demande du consistoire aux consuls d'expulser certains juifs habitant aux arènes. La même année et en 1652, censures contre les réformés qui louent des maisons à des juifs, P. Chareyre, op. cit., p. 793. Sur les israëlites comtadins, cfr. R. Moulinas, Les juifs du pape en France, Toulouse, 1981.

17. P. Chareyre, op. cit., pp. 793-4.

18. R. Sauzet, op. cit., p. 256. L. Ménard, op. cit., t. VI, p. 104.

19. P. Chareyre, op. cit., p. 794 et art. cit., p. 127. Sur le problème d'ensemble posé par les renégats, cfr. Bartolomé et Lucile Bennassar, Les chrétiens d'Allah, 1989.

20. P. Chareyre, art. cit., p. 116. R. Sauzet, op. cit., p. 256.

21. R. Sauzet, op. cit., pp. 270, 301-2, 382 sq. Sur Samuel Petit cfr. R. Sauzet, Le théologien réformé Samuel Petit 1594-1643. Un homme de paix en des temps difficiles, à paraître in L'homme religieux. Mélanges Jean Delumeau.    

22. P. Chareyre, op. cit., p. 787.

23. R. Sauzet, op. cit., p. 258.

24. R. Sauzet, op. cit., pp. 262 sq.

25. Cfr. R. Sauzet, Religion et pouvoir municipal. Le consulat de Nîmes aux XVIe et XVIIesiècle, in «Ethno-Psychologie. Revue de psychologie des peuples», avril 1977, pp. 277-285.

26. R. Sauzet, op. cit; p. 199. P. Chareyre, op .cit., p. 784.

27. Arch. commun. Nîmes UU2.

28. R. Sauzet, op. cit., p. 199; P. Chareyre, op. cit., p. 784.

29. P. Chareyre, op. cit., pp. 781, 785, 802.

30. L. Salmann-Tesseyre, Recherches sur les structures sociales urbaines. Nîmes de l'édit de Nantes à sa révocation (1598-1685), thèse Ecole des chartes, dactyl; 1974, p. 95. R. Sauzet, op. cit. p. 258. La pratique du lock out par les marchands protestants continua après la mi-siècle, par exemple en 1679, cfr. R. Sauzet, Religion et rapports de production dans la région nîmoise au XVIIe siècle in «Mélanges Richard Gascon», Lyon, 1980, pp. 235-243.

31. R. Sauzet, Religion et pouvoir municipal,art. cit., p. 281. P. Chareyre, op. cit, pp. 449-50.

32. P. Chareyre, (op. cit., p. 799) relève que dans 468 cas de conversion (20% du total) la motivation est indiquée: 195 sont des retours, 197 font état d'un choix personnel à la suite, en particulier, de la fréquentation des prêches, 24 sont attribués à l'influence d'un maître, 52 sont liées à un prochain mariage.

33. R. Sauzet, op. cit., p. 165-168, 266-269. Pour la Gascogne, cfr. E. Labrousse, Conversion dans les deux sens, in Actes du colloque "La conversion au XVIIe siècle", Marseille C.M.R. 17, 1983, pp. 161-177.

34. Texte cité par P. Chareyre (délibération consistoriale du 18/01/1622), op. cit., p. 786.

35. Cfr. l'affaire Ferrier en 1613, les dossiers «troubles des religionnaires» sur la persécution dont souffraient les convertis au Catholicisme. R. Sauzet, op. cit., pp. 170, 183-4.