Les questions scientifiques
dans le «Giornale de' Letterati» (1668-1681)

di Antonella Romano

L'histoire du «Giornale de' Letterati» a été écrite voici quinze ans par J.-M. Gardair1 et la qualité du travail réalisé se trouve notamment confirmée par le fait que celui-ci n'a pris aucune ride. Il n'est donc pas question ici de résumer ce qui a déjà été dit ou de compléter, par un travail direct sur les sources, ce que l'on sait. Il s'agit simplement, à la lumière de l'embellie historiographique qui gagne les études romaines2, des interrogations qui se multiplient, parmi les historiens, sur l'objet science3, des problématiques qui émergent dans le champ de la socio-histoire des pratiques culturelles4, de formuler de nouvelles questions, susceptibles de compléter la compréhension des milieux intellectuels italiens, et tout particulièrement romains, à l'époque moderne.

Le «Giornale de' Letterati» correspond à la première entreprise journalistique connue en Italie: elle a permis à la péninsule de participer pleinement au mouvement européen de structuration de la République des Lettres5. Dans un espace où l'absence de cadre politique unitaire a largement favorisé la multiplication des centres intellectuels, et corrélativement le polycentrisme de ladite République, il n'est pas indifférent que cette expérience se soit développée à Rome. Si on a même pu, à propos de cette localisation, parler de paradoxe6 - puisque la capitale pontificale ne semble plus jouir, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, de la position intellectuelle qui était la sienne dans la période précédente -, reste que cette première expérience propose à l'historien un observatoire de choix pour saisir les tensions à l'oeuvre, dans ce milieu particulier, autour de la définition, du statut et de la pratique de la science dans la période post-galiléenne. Certes, l'ambition du journal ne se limite pas à établir des compte-rendus sur la seule actualité scientifique7 et c'est donc un angle de lecture arbitraire et partiel qui est privilégié ici. Mais il se justifie par les choix énoncés par les journalistes eux-mêmes: «[...] e vogliamo che non sia senza dar atto di gratitudine verso l'Autore del Giornale Francese, al quale vogliamo nell'istesso genere dar proporzionata corrispondenza, cioè a dire una relazione dell'esperienze naturali e curiosità che s'anderanno osservando in Italia, e de' libri ch'in essa si stampano»8. On cherchera, donc à partir de cette expérience, limitée dans le temps, et des protagonistes qu'elle implique, à mettre en lumière la position des milieux intellectuels romains face à la science nouvelle, celle-là même que l'Eglise a rejetée en condamnant Galilée, presqu'un demi-siècle plus tôt.

C'est sur l'initiative de quelques hommes, Michelangelo Ricci (1619-1682)9, Francesco Nazari (1638-1714)10, Giovanni Giustino Ciampini (1633-1698)11, clairement identifiés et étudiés par J.-M. Gardair, que le journal voit le jour en 1668. L'importance et l'intérêt de l'entreprise tiennent à différents facteurs: parce qu'il reçoit l'autorisation de paraître, il apparaît comme le premier signe d'un tournant officiel dans la politique culturelle romaine inaugurée par le nouveau pontife, Clément IX12; parce qu'il fait suite au «Journal des Savants» (1655) et aux «Philosophical Transactions» (1665), il inscrit «le nouveau système de communication savante [dans] une dimension véritablement européenne»13; parce qu'il est italien, il se donne comme l'instrument de promotion de la culture, et particulièrement de la science italienne, face au reste de l'Europe14. Une présentation, même schématique, de ce périodique est compliquée par les avatars de sa publication: imprimé chez Nicol'Angelo Tinassi, dirigé, et principalement rédigé par Nazari jusqu'en 1675, son titre correspond, à partir de cette date, à deux publications différentes, l'une toujours assurée par Nazari et publiée chez Benedetto Carraro jusqu'en 1679, l'autre prise en charge par Ciampini, sans changement d'éditeur, jusqu'en 1681. Les difficultés matérielles rencontrées par les deux équipes n'assurent pas la périodicité souhaitée, voire affichée en tête de chaque livraison qui est, à l'origine, mensuelle. En outre, si dans la première phase, les rédacteurs se fixent l'objectif de traduire pour le public italien les principales nouvelles parues en France dans le «Journal des Savants», il entend aussi rendre compte de l'actualité italienne, en termes de compte-rendus originaux d'ouvrages ou d'expériences et d'observations15. Au-delà des différences d'approches qui caractériseront les deux publications, l'un et l'autre conserveront cette même manière de procéder.

La «scission» de 1675, qui n'est pas clairement documentée16, se trouve au coeur de l'analyse et elle invite d'emblée à interroger les principaux protagonistes de l'entreprise. Sans revenir sur leurs biographies, il convient de souligner les points communs entre leurs itinéraires intellectuels. Le premier d'entre eux concerne le caractère déterminant du lien avec le milieu curial et certaines figures ecclésiastiques de premier plan: pour Nazari, c'est la protection du cardinal Barbarigo17 qui a joué un rôle central et pour M. Ricci, il s'agit du cardinal Léopold de Médicis18. Quant à Ciampini, il incarne de manière exemplaire la figure du clerc savant, personnalité montante de la chancellerie apostolique19 et animateur, à plus d'un titre, de la République des Lettres. L'appartenance à ce milieu intervient de manière décisive sur l'évolution de la carrière de ces hommes: elle signifie qu'ils occupent des charges ou des fonctions qui les placent au coeur des débats religieux et des centres décisionnels de l'appareil pontifical, notamment en matière de politique culturelle. Ainsi, avec le titre de «qualificateur» puis de «consulteur» du Saint Office, nommé à ces postes respectivement par Alexandre VII et Clément IX, M. Ricci est amené à déplacer ses centres d'intérêt des mathématiques vers la théologie20. Francesco Nazari occupe la chaire de philosophie de l'Université de la Sapienza de 1670 à 1714, tout en se voyant confier, à partir de 1669, l'imprimerie polyglote du Collège de la Propaganda Fide. Ces positions définissent, vis-à-vis des structures du pouvoir, un rapport de dépendance qui, loin de se limiter à une dimension financière ou matérielle au sens plus large, concerne aussi le type d'activité professionnelle dans lequel ils sont engagés21. Les liens avec les milieux curiaux interviennent donc de manière multiple sur l'activité intellectuelle de ces hommes. Contraignants dans la mesure où ils génèrent des fonctions souvent pesantes, ils proposent aussi un ensemble de contre-parties dues au caractère de centre intellectuel assumé par Rome dans la péninsule: présence des richissimes bibliothèques et d'importants cabinets de curiosité, réseau de communications bien structuré22, attraction des élites intellectuelles de toute l'Europe23.

De fait, du point de vue de l'activité intellectuelle et des commodités offertes aux savants, la situation romaine - qu'une historiographie peu regardante, ou pour être plus précis, que l'absence d'historiograhie jusqu'à une époque récente avait rapidement présentée comme décadente -, doit être reconsidérée. L'essor de travaux sur les milieux intellectuels romains permet non seulement de mieux prendre la mesure d'un dynamisme qui ne se dément pas tout au long de l'époque moderne - le nombre des académies qui s'y organisent constituant un indicateur, parmi d'autres -, mais aussi de réviser cette image de décadence24, qui doit assurément être considérée comme l'une des retombées de «l'affaire Galilée». En effet, la désillusion provoquée, dans les milieux savants italiens et européens, par la condamnation de 1633, ajoutée aux entraves de la censure, ont conduit à un déplacement des centres dynamiques de la production scientifique vers d'autres villes, voire vers l'étranger, invitant une historiographie polémique, celle des Lumières, puis celle du positivisme anti-clérical du XIXe siècle, à détourner son attention de la Rome pontificale25.

Qu'en outre, la condamnation de 1633 ait pu peser sur l'essor de certaines questions essentielles pour le devenir de la physique moderne, n'est plus à démontrer. On a déjà analysé le contexte intellectuel et scientifique dont héritent les «galiléiens» de la seconde moitié du XVIIe siècle et, à cet égard, ces quelques réflexions de C. Vasoli gardent toute leur actualité:

Certamente, i «galileiani» rinunziarono ad affrontare in modo aperto e diretto il grande blocco culturale che si era costituito cementando insieme la teologia ortodossa, la filosofia delle Scuole e la scienza tradizionale, e non contrapposero all'«enciclopedia» saldamente difesa da autorità millenarie le idee che erano implicite nel loro atteggiamento scientifico. Ma, per comprendere il loro atteggiamento si dovrà pure ricordare che una scelta diversa avrebbe significato un irrigidimento ancora più duro della censura ecclesiastica ed accademica e forse, addirittura, anche la dissoluzione di quell'ambito di ricerca e di esperienze nel quale era possibile, nonostante tutto, esercitare i metodi e i procedimenti della «nuova» scienza. Non è che io voglia qui delineare uno dei soliti «quadri di maniera» dell'Italia e dell'Europa cattolica del Seicento, o, tanto meno, tracciare il disegno a violento chiaroscuro di una società e di una cultura totalmente schiacciate dall'immane peso della repressione controriformistica e del conformismo politico-religioso. Mi sembra però opportuno ricordare che, ancora nella seconda metà del Seicento, la tenace difesa di una concezione unitaria e tradizionale della realtà, del suo ordine e delle sue gerarchie, del suo sistema di cause e dei suoi principi cosmologici era condotta dalle istituzioni con metodi efficaci e sottili che non si limitavano certamente alle forme più brutali e scontate del «terrorismo» ideologico26.

Les analyses de M. Cavazza, plus récentes, permettent aujourd'hui de mieux formuler les tensions idéologiques que durent gérer les milieux scientifiques d'une part et l'institution ecclésiastique, d'autre part:

La consapevolezza della complessità delle cause storico-culturali che incisero sulle condizioni in cui si sviluppò la scienza moderna in Italia non deve tuttavia far sottovalutare la funzione di inibizione e di controllo indubitabilmente svolta dall'Inquisizione non solo nel XVII, ma anche nel XVIII secolo, almeno fino al pontificato di Benedetto XIV. E non devono nemmeno esser lasciati in ombra, come un fattore ininfluente sulle caratteristiche dello sviluppo scientifico italiano, i problemi di coscienza di molti scienziati, combattuti tra la fedeltà a Galileo e alla nuova scienza e la sincera adesione ai valori del cattolicesimo controriformistico, nonché quelli di ecclesiastici avvertiti del rischio per la Chiesa della perdita del consenso dei «letterati» e della necessità di una nuova apologetica cattolica, non attestata semplicemente a difesa della tradizione, ma capace di misurarsi positivamente con la critica protestante e libertina, che si avvaleva di metodi d'analisi storica e filologica tanto più raffinati ed efficaci. Fu infatti lo sforzo di mostrare la compatibilità, basata sull'autonomia reciproca, del campo della natura e dell'esperienza e di quello della rivelazione e della fede, oggetto rispettivamente della filosofia e della teologia, che portò a privilegiare spesso una concezione accentuatamente sperimentalistica, utilitaristica, metafisicamente neutrale della nuova scienza, a curvare insomma in senso baconiano la lezione galileiana. Così per una specie di eterogenesi dei fini, proprio il controllo dell'Inquisizione e l'autocensura potrebbero aver avuto l'effetto di accelerare il processo di specializzazione e di professionalizzazione delle scienze, per esempio a Bologna, dove la ricerca si sviluppò soprattutto nel campo dell'anatomia, della biologia, della chimica, della storia naturale oltre che in quello delle matematiche, di cui venne accentuato il significato tecnico, di strumento essenziale della fisica, dell'astronomia, dell'idraulica27.

A la suite de l'historienne italienne, on insistera donc sur le caractère contradictoire des effets produits par la condamnation de 1633 sur l'évolution des pratiques scientifiques dans l'Italie de la seconde moitié du XVIIe siècle, et sur la nécessité, dans toute étude sur ces questions, de prendre en compte le paramètre de l'intériorisation, par les acteurs mêmes de cette histoire, du poids de la censure et de l'Inquisition28, génératrices de réelles formes d'auto-censure. On rappelera enfin que, selon les villes et les types de rapports établis entre pouvoirs politiques et Eglise, ces tensions et contradictions interagissent avec une intensité variable.

Elles s'expriment particulièrement à Rome, bastion de la Contre-Réforme, siège de l'institution écclésiastique et du pouvoir temporel du souverain pontife, où l'intérêt pour les questions scientifiques a perduré, comme en témoigne l'activité de certaines personnalités telles que Benedetto Castelli, le contemporain et ami de Galilée ou, plus tard, celle du mathématicien et prélat Ricci, l'un des principaux protagonistes de l'aventure du «Giornale». La nécessité de faire face à ces contradictions y est d'autant plus forte que, là sans doute plus nettement que dans les autres centres intellectuels de la péninsule, la constitution et l'évolution du milieu savant est fortement dépendante non seulement du mécénat curial ou pontifical, mais aussi de l'imbrication entre carrières cléricales et activités intellectuelles29. Ainsi, dans le contexte de la seconde moitié du XVIIe siècle, marqué par la nécessité pour les savants italiens, - mais aussi européens30 -, de prendre acte des nouvelles conditions de la production scientifique, introduites par les retombées de l'«affaire Galilée», la tentative, faite par des hommes proches des milieux curiaux, pour lancer un organe de presse, à l'imitation du «Journal des Savants» ou des «Philosophical Transactions»31, ne peut que retenir l'attention et réactualiser nombre de questions sur les rapports entre milieux intellectuels et cour pontificale, entre science, politique et religion dans la Rome moderne.

De cet héritage ambigu, les responsables du «Giornale de' Letterati», sont parfaitement conscients32, bien placés qu'ils se trouvent, par leur position institutionnelle ou par leur formation, pour en faire l'analyse. Comme il est tout aussi certain que leur entreprise cherche à réduire le différend entre Eglise et savants. Et assurément, les enjeux sont de taille: à l'échelle internationale, il s'agit de doter l'Italie d'un organe de communication équivalent aux deux modèles du genre, ceux qui l'avaient fondé: le «Journal des Savants», d'une part, les «Philosophical Transactions», d'autre part. Dans ces deux entreprises étrangères résidait la modernité de l'échange intellectuel et à ce titre, il fallait les imiter, tout en permettant à Rome de défendre la place de la culture italienne au sein de l'Europe savante. Sur le plan «national», c'est pour Rome, en tant que capitale de l'état pontifical, le moyen de s'affirmer face à Naples, Bologne ou principalement Florence, toutes villes où de prestigieuses académies avaient assuré aux principaux savants italiens du milieu du siècle un cadre d'action et de reconnaissance. Du point de vue scientifique, c'est aussi le moyen de s'inscrire dans la continuité d'un passé glorieux plus ancien, de se l'approprier. Il s'agit du legs, constitué à la Renaissance, par les différents pôles de la péninsule33, Padoue34, Pise et Florence35, Messine36, voire Rome elle-même37: autant de lieux qui ont, aux XVe et XVIe siècles, assuré le renouvellement des fondements épistémologiques des mathématiques, donné à la géométrie, à l'algèbre, à l'astronomie, à la physique, nombre des ouvrages sur lesquels s'est élaborée la «science moderne». Il est significatif, à porter un regard d'ensemble sur l'apport de la Renaissance italienne à ce qu'on appellera par commodité la «révolution scientifique»38, que Rome n'y ait pas joué un rôle actif avant la naissance du Collegio Romano et l'essor de la chaire de mathématiques animée par Christoph Clavius. Or l'initiative jésuite s'inscrit déjà dans le contexte de la Contre-Réforme et dans l'arsenal de réponses produites par l'Eglise pour faire face au nouveau postulat de l'univers infini39. Aussi, et c'est ce qu'il importe de souligner ici, dès la fin du XVIe siècle, le rapport de Rome à la science s'établit d'emblée sous le signe de l'orthodoxie, comme, dans les décennies suivantes, l'«affaire Galilée» en constitue la manifestation paroxysmique40. Aucune initiative intellectuelle romaine de l'époque moderne ne peut s'y soustraire, que ce soit celle de l'Accademia des Lincei au début du XVIIe siècle, ou celle du «Giornale de' Letterati», entre 1668 et 1681. Ainsi, il existe bien un «passif romain» dans le domaine scientifique, qui transforme l'objectif des journalistes en véritable défi.

Pour le relever, Ricci, Nazari et Ciampini disposent d'importants atouts, - outre ceux que leur conférait leur position dans l'appareil de l'état romain -, liés à leur formation ou à leurs centres d'intérêts. Les trois hommes partagent en effet pour les questions scientifiques un goût et un intérêt qui s'expriment selon différentes modalités. Au coeur des débats qui animent la communauté des mathématiciens européens plongés dans les problèmes de calcul infinitésimal, Ricci qui «fut admiré par les principaux mathématiciens de son temps»41, appartient à la génération des élèves du galiléen Benedetto Castelli, formé à la Sapienza avec les non moins prestigieux E. Torricelli et G. A. Borelli42. Par cette simple identification intellectuelle, c'est donc tout l'héritage de l'école galiléenne qu'apporte dans l'entreprise Michelangelo Ricci, ce qui le pose ainsi en véritable «intermédiaire entre Rome et Florence[...], entre la Curie et les milieux savants»43. La situation de Ciampini présente d'intéressantes nuances, liées notamment à la différence de statut social et de carrière. «Modestement doué pour les sciences mais animé d'une vive passion, -allant jusqu'à l'intrépidité-, pour la recherche et l'expérimentation, il devait bientôt entreprendre une brillante carrière d'animateur intellectuel, servie par une solide fortune et de puissantes alliances familiales»44. Pour les sciences, celle-ci culmine avec la fondation, en 1677, de l'Accademia fisicomatematica45, qui, s'inspirant de la défunte et florentine Accademia del Cimento46, cherche à doter Rome d'un lieu d'expression pour la physique expérimentale. Pour Nazari, l'intérêt scientifique passe par un canal encore différent, qui est principalement celui des amitiés: sa relation avec Adrien Auzout, l'astronome français de l'Académie des Sciences de Paris47, doit sans doute expliquer la modeste activité scientifique à laquelle il se livre48.

En outre, ces trois principaux protagonistes sont entourés de collaborateurs entretenant eux-mêmes des rapports privilégiés avec le débat et la pratique scientifiques de leur temps49: Salvatore et Francesco Serra, dans le champ de l'astronomie50, le médecin et physicien cartésien Lucantonio Porzio51, les professeurs de mathématiques du Collegio Romano. Il faut enfin ajouter le cercle des relations, italiennes et européennes, par lesquelles le journal se trouve en contact avec les principaux réseaux scientifiques de la péninsule et du continent. Les anciens membres du Cimento sont au nombre des relations de Ricci, comme les différents partenaires du milieu bolonais; Nazari ou Ciampini sont ouverts sur l'Europe, et notamment la Royal Society et l'Académie Royale des Sciences52. Disposant de ces atouts, le «Giornale de' Letterati» a pu, dans ses différentes formules53, consacrer de nombreux compte-rendus aux nouvelles scientifiques de la République des Lettres, ainsi qu'aux découvertes et observations astronomiques54.

L'intérêt pour les questions scientifiques est repérable quantitativement, puisque la moitié des articles originaux s'occupe de science55. A une première lecture de la liste des compte-rendus proposés par le journal, traductions ou originaux, on ne peut que noter l'éclectisme des informations diffusées56. A titre d'exemple, les différentes livraisons de l'année 1674 rendent compte des volumes suivants: le troisième volume de la correspondance de Descartes, le De corpore animato de Duhamel57, le De plantis et generatione animalium du jésuite H. Fabri58, les Placita philosophica du P.G. Guarini59, l'Horologium oscillatorium de Christian Huygens60, les Dogmatica Philosophica du P.S. Piccinardi61, une édition anonyme des Elementa geometrica d'Euclide, auxquels s'ajoutent les ouvrages d'astronomies suivants, d'Ismael Boulliau62, Ad astronomos monita dua, d'Hevelius63, la Descriptio cometae 1665, du jésuite G.B. Riccioli64, l'Astronomia reformata65. A partir de cet exemple précis, on prend la mesure de l'ensemble des difficultés techniques qui président à l'organisation de la presse savante, le décalage de date entre la publication de l'ouvrage et celle du compte-rendu, qui peut atteindre dix ans pour les titres étrangers, soulignant la lenteur de la circulation de l'information. Mais on retiendra surtout la variété des centres d'intérêt scientifiques des journalistes et la place importante accordée à l'astronomie. Enfin, on voit que le journal présente des auteurs d'opinions variées.

Ainsi, on a souvent souligné la part accordée aux publications émanant des anciens membres de l'Accademia del Cimento: non seulement le premier numéro du «Giornale», en 1668, s'ouvre sur le compte-rendu des Saggi di naturali esperienze, mais dans les numéros qui suivent on continue à trouver les titres des grands ouvrages du groupe florentin, notamment avec Borelli et Francesco Redi. Parallèlement, la place occupée par la production scientifique jésuite est considérable: les figures de Kircher, Eschinardi, Gottignies, Fabri, tous professeurs au Collegio Romano66, mais aussi celles de mathématiciens de la France, comme G.I. Pardiès ou J. Grandamy ou d'autres Italiens tels que Riccioli, recueillent toute l'attention des rédacteurs. Cette part s'accroit considérablement si l'on ajoute toutes les mentions de jésuites pour les observations astronomiques qui sont recensées dans une rubrique propre. Certes, l'importance de cette présence jésuite trouve de nombreuses justifications: les relations privilégiées que certains d'entre eux entretiennent avec les fondateurs du «Giornale», c'est le cas d'Eschinardi avec Ciampini, ou de Fabri avec Ricci; le poids du Collegio Romano comme structure d'enseignement dans la Rome baroque; la garantie d'une culture sientifique «orthodoxe»67; l'inscription de la Compagnie dans une stratégie d'occupation du terrain expérimental, en conformité avec son projet général. En effet, la participation jésuite à la vie scientifique de la société civile a, dès sa fondation, été considérée comme une nécessité s'inscrivant de plain pied dans l'apostolat intellectuel de la Compagnie68. Illustrée, à la fin du XVIe siècle, par la présence du premier mathématicien du Collegio Romano dans l'équipe d'experts réunie par Grégoire XIII pour réformer le calendrier julien69, puis, dans les premières décennies du XVIIe siècle, par l'engagement des successeurs de Clavius dans la querelle galiléenne, cette participation devient particulièrement nécessaire dans le contexte du second XVIIe siècle70. Défendre la science catholique, ou l'orthodoxie de la science signifie, à cette date, être actifs sur le terrain de l'expérimentation, de l'astronomie, de la recherche mathématique. Cette position de principe n'implique pas systématiquement une unifornité doctrinale et, au souci constant des autorités centrales de l'ordre de définir et de maintenir cette uniformité, on doit opposer la complexité et la richesse d'oeuvres émanant de personnalités aussi diverses qu'Honoré Fabri ou Athanase Kircher, pour ne rester qu'à Rome. Le vide bibliographique, toujours important sur la science en milieu jésuite pour la période qui nous occupe, ne permet pas de conduire des analyses très avancées sur les débats internes à la Compagnie dans ce domaine. Si ceux-ci existent, il n'en demeure pas moins que les ouvrages jésuites présentés dans le «Giornale» se situent tous dans la lignée de l'opposition à la science nouvelle, conformément aux positions officielles réexprimées dans un document interne de 165171, mais qu'ils sont loin de se réduire à une seule et unique conception du monde physique.

On ne reviendra pas ici sur ce que doivent les choix de compte-rendus aux emprunts faits au «Journal des Savants» ou aux «Philosophical Transactions», voire aux problèmes d'accessibilité à l'information ou aux ouvrages eux-mêmes72. Il faut, en revanche, revenir, sur l'attention accordée, par les rédacteurs, à la science expérimentale. En s'attachant à ses divers développements, le «Giornale» s'autorise à faire état de travaux d'une extrême diversité, tant du point de vue de leur objet scientifique (mécanique, optique, zoologie, biologie, etc.), que de leurs conceptions philosophiques sous-jacentes. Tout en satisfaisant les exigences de curiosité mondaine d'un public aristocratique peu enclin à s'engager dans le débat entre science et religion, il rendait aussi compte des avancées de la science nouvelle voire, sous le couvert des compte-rendus, en prenait parfois la défense. On fera l'hypothèse que, en insistant sur les compte-rendus d'expériences, les journalistes romains ont profité de l'ambiguïté du consensus formel offert par le caractère spectaculaire de la science expérimentale, pour faire avancer la diffusion de la science nouvelle, tout en évitant l'éclaircissement épistémologique qu'eût nécessité l'inscription dans un camp déterminé et qui eût conduit au conflit avec l'autorité religieuse. Ce type de choix tient autant, me semble-t-il, au contexte romain et à la position occupée par les uns et les autres dans la structure étatique, qu'aux liens qui unissent les journalistes au monde académique.

Le recours à l'expérience se généralise dans la seconde moitié du XVIIe siècle. C'est notamment l'une des conditions d'expansion de la science nouvelle qui, posant comme nouveau critère de certification des phénomènes naturels la reproductibilité à l'identique d'un phénomène, garante de la validation des résultats, implique la multiplication des expériences, impose la diffusion et la circulation de l'information qui deviennent de véritables nécessités, conditions sinequa non de l'avancée des connaissances: les expériences sur le vide en constituent la preuve la plus évidente et la mieux connue. Parallèlement, dans le domaine de l'astronomie, la multiplication des observations, à partir d'observatoires de plus en plus variés et nombreux, garantit l'accumulation des connaissances et la production de nouvelles analyses des phénomènes célestes, par croisement des résultats. Les académies, dans la diversité de leurs formes, de leur fonctionnement et de leur structuration73, ont été des espaces particulièrement adaptés à l'éclosion de ces nouvelles pratiques scientifiques, notamment du fait de leur capacité à réunir dans un même lieu, une «communauté» de savants formant l'instance de vérification et de contrôle des procédures et des résultats. Par là même elles inscrivaient la pratique scientifique dans une dimension collective, l'échange et la confrontation des connaissances ne se posant plus d'individus à individus, mais de groupes à groupes.

Pour autant, pratiquer une expérience n'implique pas l'adhésion à la science nouvelle, pas plus que l'observation astronomique ne se limite aux défenseurs des théories coperniciennes. Si bien que si certains cercles académiques italiens se définissent par l'homogénéité de positions scientifiques - comme c'était le cas du Cimento74 florentin où la pratique expérimentale s'inscrivait dans la lignée de la philosophie de la nature de Galilée -, tous ne défendent pas un programme philosophique particulier, comme l'académie de Ciampini en témoigne. Certes, on sait, par des descriptions contemporaines, que le salon dans lequel se réunissaient les membres de cette vénérable institution était orné par les bustes ou portraits de certaines des figures parmi les moins orthodoxes de la science moderne, Descartes, Gassendi, Copernic ou Galilée75. Mais, dans les salons de Mgr. Ciampini, les expérimentateurs s'attachaient à des phénomènes d'une extrême variété, qui relevaient autant de la curiosité mondaine que de l'intérêt scientifique:

Insomma non si scopriva novello fenomeno in cielo, non appariva nuovo oggetto in terra, non produceva cosa miravigliosa la natura o l'arte, che non si proponesse ad un diligente esame; e quantunque ciascuno degli accademici di somma dottrina e di perspicacissimo ingegno fosse dotato, con tutttociò sempre spiccavano gli esperimenti co' quali Mons. Ciampini, o difendeva le proprie opinioni, o confermava l'altrui [...]76.

L'Académie de Ciampini semble davantage reproduire ses aînées du siècle précédent, que ses contemporaines qui se développent selon une logique de professionnalisation croissante77, notamment en France. Cette absence d'homogénéité permet que se côtoient, dans le salon du prélat romain, des savants, hommes aux options philosophiques radicalement différentes, - Borelli, qui y fait deux apparitions78, Porzio et les jésuites du Collegio Romano79 -, comme des curieux. L'expérience, telle qu'elle se pratique chez Ciampini, s'inscrit autant dans la logique scientifique du temps que dans les formes de la sociabilité aristocratique qui s'étend autant au domaine de la science qu'aux autres domaines de la vie en société. Ainsi, le choix de recourir à des instruments d'un coût souvent élevé80 correspond à une manifestation symbolique du rapport privilégié à la modernité, de l'appartenance à une aristocratie du savoir qui s'identifie par et se reconnaît dans l'accès à des technologies sophistiquées, comme la Royal Society de Londres en donnait l'exemple depuis quelques décennies. Pour autant, cette pratique qui favorise une «mise en scène» de la science, comparable à toute autre forme de spectacle partie intégrante de la civilité courtisane, n'est pas garante d'un degré de «scientificité» donné.

De fait, si l'on reprend les analyses de S. Rotta,

non si può dire che il livello dell'accademia fosse altissimo. L'inconcludenza dei dibatttiti non è, del resto, una specialità del sodalizio romano. A leggere con attenzione i verbali dei più grandi stranieri si prova la stessa impressione di dilettantismo, di disorientamento, di tatônnement. La ricerca in comune [...], difficile sempre per non dire mitica, è difficilissima quando a praticarla sono uomini di formazione e di orientamento intelletuale molto diversi. E nell'accademia non vi era in principio nessun preciso piano di ricerca e, cosa più grave, nessuna grande personalità a dirigerla81.

La question, dans la Rome du second XVIIe siècle, ne réside donc pas tant dans la possibilité ou non de pratiquer des expériences, mais dans la philosophie de la nature qui sous-tend leur lecture. Sur ce dernier point, l'académie ciampinienne n'est pas lieu de débat.

Le journal ne peut l'être davantage. Pourtant, il dispose de moyens propres pour s'en faire l'écho, du moins il se trouve dans une positon telle qu'il peut le faire. Les liens entre l'équipe du «Giornale» et les différents milieux académiques, déjà souvent évoqués ici, sont tels que celui-ci ne s'est jamais réduit à être l'écho de l'un ou de l'autre des différents cercles avec lesquels il est en rapport, que ce soit le Cimento et le cercle de Bologne, ou l'Accademia fisicomatematica de Ciampini. Il convient donc d'analyser le «Giornale» à la lumière de la pluralité de ces liens. Dans la mesure où il n'est pas le relais médiatique d'une unique structure académique, où le monde de ces académique apparaît encore très largement composite, tant en termes sociaux qu'en termes de qualification intellectuelle, il reproduit, dans l'hétérogénéité de son équipe et dans l'éclectisme de son information scientifique, celle du monde académique italien. Et c'est précisément sur ce point que la situation du «Giornale» est intéressante: en se donnant comme lieu de présentation des pratiques scientifiques du Cimento, c'est-à-dire des descendants de l'école galiléenne, et du Collegio Romano, c'est-à-dire des anti-galiléens, le «Giornale» se transforme en espace de rencontre de cultures scientifiques fondamentalement incompatibles, qui ne manquent d'ailleurs pas de s'exprimer dans les polémiques opposant les uns aux autres. Tel est le cas de celle qui a mis face à face A. Kircher et F. Redi, à propos de la vipère et de la génération spontanée des insectes. On voit dans le développement de cette polémique s'opposer deux types de rapports à la nature, l'un et et l'autre fondés sur une observation rigoureuse des phénomènes étudiés, la multiplication des expériences, etc. Mais, là où «Redi était un savant qui avait adopté les principes du mécanisme, d'un ordre naturel garanti par des lois intrinsèques de régularité, sans aucune place pour les vertus singulières d'objets spéciaux», «le monde de Kircher était dirigé par la providence divine, qui a établi l'ordre naturel, la régularité des phénomènes, pour arriver à des fins déterminées»82.

Le journal, loin de se faire le porte-parole privilégié de tel ou tel milieu scientifique, se donne a priori comme un carrefour où convergent différentes tendances, organisées en réseaux plus ou moins étanches les uns aux autres. Pas plus que l'académie romaine de Ciampini, il ne s'engage dans les polémiques: la structuration de l'espace intellectuel romain, régi par les régles de la sociabilité aristocratique, semble telle que seul l'espace des livres se voit autorisé à accueillir le débat de fond, le statut d'auteur impliquant chez celui qui s'en empare la revendication d'une spécialisation, voire d'une professionnalisation qui l'affranchit de certaines règles de l'échange courtois.

Tel n'était pas le cas du «Giornale», mais, pour autant, pouvait-il indéfiniment se maintenir dans une position de simple relais d'information? C'est sans doute à présent qu'il faut revenir sur le tournant de 1675 et la formation de deux organes de presse différents, le journal de Nazari et celui de Ciampini. Est-ce un hasard si le premier se distingue plus nettement par «son engagement philosophique en faveur de la science nouvelle»83? La divergence entre les deux hommes se manifeste, devient claire à travers le choix des livres présentés: après 1675, Pietro Mengoli et Francesco Redi sont analysés chez Nazari et ne figurent pas dans les articles de Ciampini. Dans la manière de rédiger leurs compte-rendus, dans leurs choix de mentionner, développer ou taire telle référence, les nuances sont nombreuses84 et l'importance accordée par Ciampini aux observations astronomiques n'est pas seulement une manière de mettre en évidence un réseau de correspondants plus étendu et efficace que celui de son concurrent. Le développement de l'astronomie d'observation, autour de personalités comme Cassini ou Auzout, dont on a déjà évoqué les liens avec l'équipe du «Giornale», correspond aussi à l'intérêt suscité par les applications concrètes de la science nouvelle, en en délaissant les enjeux métaphysiques85. On le voit donc, la constitution de deux équipes renvoie assurément à des conceptions épistémologiques différentes, qui ont pu être à l'origine de la séparation de 1675 et des difficultés croissantes du second journal de Nazari. Les réseaux d'alliances originels de chacune de ces deux personalités renvoyaient déjà à deux types différents de rapport à la science expérimentale et à la science nouvelle.

Au total, toutes les composantes étaient réunies pour que le milieu dans lequel s'est ancrée l'entreprise du «Giornale de' Letterati» eût à affronter de fortes contradictions et à se mouvoir dans les interstices que lui laissait l'«orthodoxie dominante». Comme le rappelle S. Rotta, «la libertà di rapporti e di contatti personali, che indubbiamente fu grandissima in una città cosmopolitica come la Roma della Controriforma, non deve illudere però circa i limiti stretti posti alla ricerca vera e propria dall'autorità religiosa»86. De ce point de vue, on peut sans doute considérer que la scission qui s'opère, à partir de 1675, entre Nazari et Ciampini, trouve une de ses causes dans le choix d'attitudes différentes quant aux modalités de prise en charge de ces contradictions. Et même si Michelangelo Ricci, fort du soutien du cardinal Léopold de Médicis, voulait faire du journal le lien privilégié d'expression et de manifestation de la science nouvelle italienne, soutenu en cela par Nazari, il n'est pas certain que Ciampini ait eu des projets aussi précis dans le domaine. Sans doute l'évolution générale du contexte culturel romain avait-elle permis à certains savants de croire que les années 1660 seraient favorables à la reprise du dialogue entre Eglise et nouvelle science87. Sans doute, par delà les limites objectives et les nuances, le fait que tous les hommes engagés dans l'aventure du «Giornale» avaient en partage une même culture, celle des académies italiennes de la seconde moitié du XVIIe siècle, devait-il nourrir l'espoir de l'affirmation d'une République romaine des Lettres et des Sciences, susceptible de fédérer les autres citoyens péninsulaires de cette République. Mais, c'était sans compter sur le poids des écoles et traditions locales, et à son rôle centrifuge; c'était sans compter sur la marque imprimée par l'Eglise à toute entreprise intellectuelle susceptible de mettre en discussion la Tradition.

Notes

1. J.-M. Gardair, Le "Giornale de' Letterati" de Rome (1668-1681), Firenze, 1984, p. 403.

2. C'est notamment dans le domaine de l'histoire intellectuelle que se sont multipliées les études auxquelles on fera référence ci-dessous.

3. Cette réflexion est particulièrement sensible en France où la diffusion récente des travaux émanant du courant anglo-saxon de sociologie des sciences a ouvert le débat. On renverra ici à S. Shapin et S. Schaffer, Leviathan et la pompe à air. Hobbeset Boyle entre science et politique, 1988, trad. française, Paris, 1993, p. 462, pour illustrer cette pratique. On retiendra notamment que l'un des enjeux de l'essor de la science expérimentale peut donc, à la suite de leur travail, être formulé de la sorte: «L'établissement d'un ensemble de faits pneumatiques unanimement admis requérait la constitution et la définition d'une communauté d'expérimentateurs qui travaillaient en respectant des conventions sociales communes: autrement dit, la solution effective au problème des connaissances dépendait de celle apportée au problème de l'ordre social». Pour une vision plus synthétique et programmatique, voir D. Pestre, Pour une histoire sociale et culturelle des sciences. Nouvelles définitions, nouveaux objets, nouvelles pratiques, dans «Annales HSS», vol. 50, 1995, 3, pp. 487-522, pour rendre compte d'une des formulations du débat. Sur la question des contextes scientifiques nationaux, voir R. Porter et M. Teich (éds.), The Scientific Revolution in National Context, Cambridge, 1992, p. 305.

4. La formule est empruntée à R. Chartier et à l'intitulé du séminaire qu'il anime à l'EHESS. Pour une mise au point sur la question, voir notamment R. Chartier, L'histoire culturelle aujourd'hui. Entretien avec Roger Chartier, dans «Genèses. Histoire et sciences sociales», 15, 1994, pp. 115-129.

5. Pour une analyse synthétique de ce processus, voir F. Waquet, De la lettre érudite au périodique savant, dans «Dix-septième siècle», vol. 35, 1983, pp. 347-359; A. Johns, The Ideal of Scientific Collaboration: the "Man of Science" and the Diffusion of Knowledge, dans H. Bots et F. Wacquet (éds.), Commercium Litterarium. La communication dans la République des Lettres, 1600-1750, Amsterdam et Maarsen, 1994, pp. 3-22. On consultera aussi les autres communications de ce volume.

6. J.-M. Gardair, op cit., p. 12. Cette opinion n'est pas partagée par S. Bulgarelli, Il giornalismo a Roma nel Seicento. Avvisi a stampa e periodici italiani conservati nelle biblioteche romane, Roma, 1988, p. V: «Roma infine è centro culturale e scientifico di notevole rilevanza, sede di numerose accademie, biblioteche, Università, costantemente in relazione con il mondo intelletuale italiano ed europeo. Non a caso il Giornale de' Letterati nasce proprio a Roma, con una redazione che comprende, accanto a Francesco Nazari e Giovanni Giustino Ciampini, gli scienziati del Collegio Romano e i nuovi esponenti dell'archeologia cristiana: questo fatto è anche il segno che la Chiesa, dopo la metà del secolo, abbandona la difesa a oltranza del modello aristotelico e si apre al confronto con la scienza esperimentale moderna». On reviendra ultérieurement sur cette analyse.

7. L'index qui clot chacune des dernières livraisons de l'année écoulée est organisé thématiquement de la manière qui suit: «1. teologi e scritturali; 2. filosofi e matematici; 3. Vestustius Occidens. Ecclesia martyrologicum; 4. legisti e canonisti; 5. scrittori di varia eruditione; 6. historici; 7. osservationi et altre curiosità naturali». Il rend ainsi compte de la diversité des sujets abordés, conformément à ce que suggère son titre.

8. «Giornale de'Letterati», janvier 1668, n° 1, préface.

9. Voir J.-M. Gardair, op. cit., p. 58 et passim.

10. Voir J.-M. Gardair, op. cit., pp. 73-98; G. Panizza, Studi sui primordi del giornalismo letterario in Italia. Francesco Nazari, estensore del primo giornale romano, dans «Studi secenteschi», vol. 24, 1983, pp. 155-171.

11. Voir J.-M. Gardair, op. cit., pp. 107-117 et «Dizionario Biografico degli Italiani» (DBI), vol. 25, pp. 136-143, art. de S. Grassi.

12. Voir DBI, vol. 26, pp. 282-293, art. de R. Meloncelli; L. Pastor, Storia dei Papi dalla fine del medio evo, vol. 14, Storia dei Papi nel periodo dell'Assolutismodall'elezione di Innocenzo X sino alla morte di Innocenzo XII (1644-1700), Roma, 1962, 1e partie.

13. J.-M. Gardair, op. cit., p. 33.

14. J.-M. Gardair, op. cit., p. 35.

15. Pour une analyse détaillée et quantitative des différents types d'articles, voir J.-M. Gardair, op. cit., appendices 1 et 2.

16. J.-M. Gardair, op. cit., chapp. 9 et 10.

17. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 76-77.

18. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 65-71.

19. Voir S. Rotta, L'accademia fisico-matematica Ciampiniana: un'iniziativa di Cristina?, dans Cristina di Svezia. Scienza ed alchimia nella Roma barocca, Bari, 1990, p. 122.

20. Cette inflexion de sa production est clairement formulée par Ricci lui-même dans la lettre qu'il adresse à Vincenzo Viviani, le 13 mars 1668: «Io stavo scrivendo un secondo opusculo non meno universale ed utile a promuovere la geometria [...]; ma sopraggiunto l'ordine di Papa Alessandro che volle applicarmi alla qualifica del San'Uffizio [...]»: cité par S. Rotta, op. cit., p. 112, n. 36.

21. Dans ces exemples, on trouve une confirmation des précieuses analyses formulées récemment par M.A. Visceglia, Burocrazia, mobilità sociale e patronage alla corte di Roma tra Cinque e Seicento. Alcuni aspetti del recente dibattito storiografico e prospettive di ricerca, dans «Roma moderna e contemporanea», vol. 3, 1995, 1, pp. 11-55.

22. On renverra, pour cet aspect de la «centralité romaine», aux analyses de S. Bulgarelli, Il giornalismo a Roma nel Seicento, cit., p. 232.

23. Voir, sur cette question, L. Barroero, Il se rendit à Rome. Artisti stranieri a Roma nel Seicento, dans «Roma moderna e contemporanea», vol. 1, 1993, 1, pp. 13-34; D. Gallo, Rome, mythe et réalité pour le citoyen de la République des Lettres, dans Commercium Litterarium..., cit., pp. 191-205.

24. Outre les travaux cités dans les notes précédentes, on renverra au numéro spécial de la revue «Roma moderna e contemporanea», vol. 3, 1995, 1, dirigé par R. Merolla, "Il gran teatro del Mondo". Roma tra Cinque e Seicento: storia, letteratura, teatro. Pour la période suivante, M. P. Donato, Forme e dinamiche dell'organizzazione intellettuale: le accademie a Roma nel Settecento, tesi di dottorato di ricerca in Storia economico-sociale e religiosa dell'Europa, Università degli studi di Bari, 1996.

25. On pourra, à titre d'exemple, rappeler un Michelet, dont les présupposés anti-cléricaux ont largement contribué à nourrir une vision schématique de la situation romaine: «Les mathématiciens, sérieux au XIIe siècle du temps de Fibonacci et de l'école de Pise, sont des sorciers au XIVe, des faiseurs de carrés magiques. Charlemagne avait une horloge qu'il avait reçue du calife; mais Saint Louis qui revient d'Orient, n'en a pas et mesure ses nuits par la durée d'un cierge. La chimie, féconde chez les Arabes d'Espagne, et prudente encore chez Roger Bacon, devient l'art de perdre l'or, de l'enterrer au creuset pour en tirer de la fumée. La reculade que nous notions en philosophie, en littérature, se fait plus magnifique encore et plus triomphante dans les sciences. Copernic, Harvey, Galilée sont ajournés pour trois cents ans. Une nouvelle porte solide ferme le passage au progrès, porte épaisse, porte massive, la création d'un monde de bavards qui jasent de la nature sans s'en occuper jamais».

Tels sont les propos enfiévrés d'un Michelet, pour lequel la Renaissance se définit en ces termes: «Le XVIe siècle, dans sa grande et légitime extension, va de Colomb à Copernic, de Copernic à Galilée, de la découverte de la terre à celle du ciel. L'homme s'y est révélé à lui-même». Voir J. Michelet, Histoire de France. XVIe siècle. La Renaissance, t. 7, Paris, 1876, pp. 6 et 48. Dans l'historiographie produite par les historiens contemporains, on aboutit à des résultats de ce type: «Nella lunga storia della repressione delle idee giudicate eretiche, la "questione Galileo" costituisce un caso senza precedenti. Non si tratta, come nei confronti di Giordano Bruno e di tanti altri, di una risposta della Chiesa a sfide lanciate da speculazioni metafisiche, e meno ancora di una sanzione inflitta a pratiche sospettate di magia operatoria. Galileo fu, si può dire, "colto a freddo" dalla repentina evoluzione dell'autorità romana nella sua politica di controllo del sapere [...]»: P. Renucci, La cultura, dans Storia d'Italia, vol. 2, Torino, 1974, p. 1375.

26. C. Vasoli, Sulle fratture del galileismo nel mondo della Controriforma, dans La scuola galileiana. Prospettive di ricerca, Firenze, 1979, pp. 205-206.

27. Voir préalablement la mise au point d'U. Baldini sur cette question dans La scuola galileiana e l'attività scientifica del primo Settecento, dans Storia d'Italia, Annali, 3, Scienza e tecnica nella cultura e nella società dal Rinascimento a oggi, Torino, 1980, pp. 383-462. M. Cavazza, Settecento inquieto. Alle origini dell'Istituto delle scienze di Bologna, Bologna, 1990, pp. 80-81.

28. Sur la question générale, F. Bethencourt, L'Inquisition à l'époque moderne. Espagne, Portugal, Italie, XVe-XIXe siècle, Paris, 1995, p. 539. Pour l'Italie moderne, A. Rotondò, La censura ecclesiastica e la cultura, dans R. Romano et C. Vivanti (éds.), Storia d'Italia, vol. 5, Torino, 1973, pp. 1399-1492; M. Infelise, La censure dans les pays méditérranéens, dans Commercium Litterarium..., cit., pp. 261-279.

29. Sur cet aspect de la question, il faut renvoyer à l'analyse éclairante et incontournable de M.A. Visceglia, Burocrazia, mobilità sociale e patronage alla corte di Roma, cit.

30. On pense notamment ici à Descartes et à son projet de traité du monde.

31. L'intérêt pour la presse scientifique a peu mobilisé les historiens. On renverra donc à l'article toujours fondateur de J. Ehrard et J. Roger, Deux périodiques français au XVIIIe siècle: le Journal des Savants et les Mémoires de Trévoux, dans Livre et société dans la France du XVIIIe siècle, Paris-La Haye, 1965, t. 1, pp. 33-59 et, pour la France en général, à C. Bellanger, J. Godecht, P. Guiral et F. Terrou (éds.), Histoire générale de la presse française, vol. 1: Des origines à 1814, Paris, 1969.

32. J.-M. Gardair, op. cit., p. 61, rappelle en ces termes les grandes lignes de la politique culturelle de Ricci: «La nécessité d'instaurer des échanges réguliers entre Rome et les capitales étrangères est une des idées maîtresses de la politique culturelle de Michelangelo Ricci [...]. National et européen, le programme culturel de Ricci est aussi, plus spécifiquement, plus immédiatement romain. Rome lui apparaît aussi comme un désert intellectuel et il ne compte pas peu sur le nouveau Journal pour la réveiller de sa torpeur [...]».

33. Pour une approche globale de la question, un livre demeure essentiel: P.L. Rose, The Italian Renaissance of Mathematics. Studies on Humanists and Mathematicians from Petrarch to Galileo, Genève, 1975, p. 316.

34. C'est autour des chaires de philosophie et de mathématiques de l'Université de la Sérénissime que se sont centrés les travaux des vingt dernières années, offrant ainsi un bilan nuancé et riche sur l'aristotélisme padouan: J.H. Randall, The School of Padua and the Emergence of Modern Science, Padova, 1961, p. 141; A. Carugo, L'insegnamento della matematica all'Università di Padova prima e dopo Galileo, dans Storia della cultura veneta, vol. 4: Dalla controriforma alla fine della Repubblica, t. 2, Vicenza, 1981, pp. 151-199; C. Maccagni, Le scienze nello studio di Padova e nel Veneto, dans Storia della cultura veneta, vol. III, Dal primo Quattrocento al Concilio di Trento, t. 3, Vicenza, 1981, pp. 135-171; L. Giard, Histoire de l'Université et histoire du savoir: Padoue (XIVe-XVIe siècles), dans «Revue de Synthèse», vol. 104, 1983, pp. 139-169; vol. 105, 1984, pp. 259-298; vol. 106, 1985, pp. 419-442; Id., L'aristotélisme padouan: histoire et historiographie, dans Les études philosophiques, 1986, pp. 281-307; Aristotelismo veneto e scienza moderna. Atti del 25° anno accademico del Centro per la Storia della tradizione aristotelica nel Veneto, a cura di L. Olivieri, 2 vol., Padova, 1983, p. 1132.

35. Sur l'université de Pise, les travaux décisifs ont été ceux de C.B. Schmitt: C. B. Schmitt, The University of Pisa in the Renaissance, dans «History of Education», vol. 3, 1974, 1, pp. 3-17; Id., Science in the Italian Universities in the Sixteenth and Early Seventeenth Centuries, dans The Emergence of Science in the Western Europe, M. Crosland (éd.), London, 1975, pp. 34-56; Id., Filippo Fantoni, Galileo Galilei's Predecessor as Mathematics Lecturer at Pisa, dans Science and History. Studies in Honor of E. Rosen, Wroclaw, 1978, pp. 53-62; Id., Filosofia e scienza nelle Università italiane del XVI secolo, dans Il Rinascimento. Interpretazioni e problemi, Roma-Bari, 1979, pp. 358-398; Id., The Studio Pisano in the European Cultural Context of the Sixteenth Century, dans Firenze e la Toscanadei Medici nell'Europa del '500. Atti del convegno internazionale di studio tenutosi a Firenze dal 9 al 14 giugno 1980, a cura di G. Garfagnini, Firenze, 1983, t. 1, pp. 19-36. En outre, on dispose à présent d'une synthèse, Storia dell'Università di Pisa, vol. 1, 1343-1737, Pisa, 1993 et notamment de la contribution de C. Maccagni, La matematica, ivi, pp. 339-362. Voir enfin, sur la période prégaliléenne, M.O. Helbing, La filosofia di Francesco Buonamici, professore di Galileo a Pisa, Pisa, 1989, p. 473.

36. L'importance de Messine s'explique par l'activité et le rôle de Maurolico. On renverra notamment aux titres suivants: M. Clagett, Francesco Maurolico's use of medieval Archimedian texts: the "De Sphaera et cylindro", dans Science and History. Studies in Honor of E. Rosen, Wroclaw, 1978, pp. 37-52; R. Moscheo, Francesco Maurolico tra Rinascimento e scienza galileiana, materiali di ricerca, Messina, 1988, p. 617; Id., Mecenatismo e scienza nella Sicilia del '500: I Ventimiglia di Geraci e il matematico Francesco Maurolico, Messina, 1990, p. 246; Id, L'"Archimede" del Maurolico, dans C. Dollo (éd.), Archimede. Tra mito e scienza, Firenze, 1992, pp. 111-164; M. Scaduto, Le origini dell'Università di Messina, dans «Archivum Historicum Societatis Iesu» (AHSI), vol. 17, 1948, pp. 102-159; Id., Il matematico F. Maurolico e i Gesuiti, dans AHSI, 1949, vol. 18, pp. 126-141.

37. La nature de la bibliographie disponible sur les sciences à Rome à la Renaissance est significative de la place qu'a occupée la capitale pontificale dans ce processus. Pour la seconde moitié du XVIe siècle, elle se limite aux études sur le milieu jésuite et le Collegio Romano. Voir en particulier les différents articles de U. Baldini, réunis dans U. Baldini, Legem impone subactis. Studi su filosofia e scienza dei Gesuiti in Italia, 1540-1632, Roma, 1992, p. 600. Sur la personalité de C. Clavius, Id. (éd.), Christoph Clavius e l'attività scientifica dei Gesuiti nell'età di Galileo. Atti del Convegno Internazionale (Chieti, 28-30 aprile 1993), Roma, 1995, p. 316. Pour une analyse synthétique de l'essor de l'enseignement des mathématiques, A. Romano, La Compagnie de Jésus et la Révolution scientifique. Constitution et diffusion d'une culture mathématique jésuite à la Renaissance, thèse de doctorat de l'Université de Paris I, 1996, exemplaire dactylographié, première partie, pp. 76-206. Pour le premier XVIIe siècle, les travaux sont centrés sur les Lincei: A. Clericuzo et S. De Renzi, Medicine, Alchemy and Natural Philosophy in the Early Academia dei Lincei, dans D.S. Chambers et F. Quiviger (éds.), The Italian Academies of the Sixteenth Century, Warburg Institute Colloquia I, London, 1995, pp. 175-194; P. Findlen, Controlling the Experiment: Rhetoric, Court, Patronage and Experimental Method of Francesco Redi, dans «History of Science», vol. 31, 1993, 1, pp. 35-64; J.-M. Gardair, I Lincei: i soggetti, i luoghi, le attività, dans P. Galluzzi, C. Poni et M. Torrini (éds.), Accademie scientifiche del '600, in «Quaderni storici», vol. 48, 1981, pp. 763-787; S. Ricci, «Una filosofica milizia». Tre studi sull'Accademia dei Lincei, Udine, 1994, p. 110. On notera l'absence de recherches récentes sur la Sapienza et notamment les occupants de la chaire de mathématiques. Pour les reste, les informations sont éparses dans l'abondante bibliographie sur Galilée.

38. Dans l'abondante bibliographie disponible, on retiendra E. Coumet, Alexandre Koyré: la Révolution Scientifique introuvable?, dans «History and Technology», vol. 4, 1987, pp. 497-529; P. Redondi, La révolution scientifique du XVIIe siècle: perspectives nouvelles, dans «Impact: science et société», n° 160, 1991, pp. 405-415. Pour une synthèse, J.A. Schuster, The Scientific Revolution, dans R.C. Olby, G.N. Cantor, J.R.R. Christie, M.J.S. Hodge (éds.), Companions to the History of Modern Science, London and New York, 1990, pp. 217-242.

39. Le profond renouvellement qu'a connu récemment l'historiographie jésuite permet de considérablement nuancer la vision monolithique qui dominait jusqu'à présent à propos de la science telle qu'elle s'est élaborée et enseignée dans les collèges de la Compagnie. On doit notamment tenir compte, à présent, des importants débats qui ont eu cours dans le milieu jésuite et de la variété des pratiques d'enseignement qui ont pu se déployer jusque dans les années 1630. Voir, outre les titres indiqués ci-dessus, note 37, R. Gatto,Tra scienza e immaginazione. Le matematiche presso il collegio gesuitico napoletano (1552-1670 ca.), Firenze, 1994, p. 392; L. Giard (ed.), Les jésuites à la Renaissance. Système éducatif et production du savoir, Paris, 1995, p. 336. Ceci ne met pas en question l'important effort, fourni par le centre romain, de maintien de l'unité doctrinale, avec l'énonciation de règles précises sur la soliditas et uniformitas doctrinae, et l'organisation de la censure interne avec l'organe des réviseurs généraux, dès la fin du XVIe siècle.

40. L'importance de l'oeuvre scientifique du Toscan, la longue polarisation des travaux italiens sur le sujet ont abouti à la constitution d'une bibliographie massive dont il n'est pas possible de rendre compte dans le cadre de cet article. On soulignera cependant le caractère toujours polémique du dossier, qui porte non seulement sur les raisons de la condamnation de 1633, mais aussi, et avec des enjeux plus fondamentaux pour la période actuelle, sur la question de l'impact de cette condamnation sur le développement ultérieur de la science dans la péninsule italienne.

41. S. Rotta, op. cit., p. 111. Pour une présentation synthétique de la production mathématique, voir «Dictionary of Scientific Biography» (DSB), vol. 11, pp. 404-405, art. de L. Campedelli. Voir enfin Michaelis Angeli Riccii Geometrica Exercitatio, Roma, apud N.A. Tinassium, 1666, dont un exemplaire est conservé à la Biblioteca Apostolica Vaticana.

42. Pour ces différents auteurs, et en guise de présentation générale, voir La scuola galileiana. Prospettive di ricerca, Firenze, 1979, p. 260, et tout particulièrement, M. Torrini, Due galileiani a Roma: Raffaele Maggioti e Antonio Nardi, pp. 53-88, e U. Baldini, Gli studi su Giovanni Alfonso Borelli, pp. 11-136; en outre, sur Borelli, «Dizionario Biografico degli Italiani» (DBI), vol. 12, pp. 543-551, art. de U. Baldini; DSB, vol. 2, pp. 306-314, art. de T.S. Settle; sur Torricelli, DSB, vol. 13, pp. 433-440, art. de M. Gliozzi.

43. J.-M. Gardair, op. cit., p. 58.

44. Ivi, pp. 107-108.

45. Outre Gardair, Rotta et Grassi, toujours utile est M. Maylender, Storia delle accademie d'Italia, Bologna, 1926-1930, vol. 3, pp. 11-17.

46. Voir P. Galluzzi, L'Accademia del Cimento: "gusti" del principe, filosofia e ideologia dell'esperimento, dans «Quaderni storici», vol. 48, 1981, 3, pp. 788-844.

47. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 86-87 et DSB, vol. 1, pp. 341-342, art. de R. M. Mc Keon.

48. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 91-92.

49. Le groupe des hommes qui gravitent autour du journal se caractérise par la diversité des centres d'intérêt et des connaissances. Voir G. Ricuperati, Giornali e società nell'Italia dell'Ancien Régime (1668-1789), dans V. Castronovo et N. Tranfaglia (éds.), Storia della stampa italiana, vol. 1, La stampa italiana dal Cinquecento all'Ottocento, Roma-Bari, 1976, p. 75: «Uomini di cultura formati spesso nei grandi collegi gesuitici, conoscevano perfettamente le lingue umanistiche e talvolta anche l'ebraico. Laureati in legge o in teologia, erano in grado di muoversi agevolmente non solo sul terreno della nuova erudizione, ma anche nell'ambito della nuova scienza e del razionalismo filosofico».

50. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 103-105.

51. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 119-124.

52. J.-M. Gardair, op. cit., pp. 293-336.

53. Je fais allusion ici à la séparation de 1675.

54. On a signalé, plus haut, certaines variations dans la présentation thématique du journal: parmi celles-ci, on notera l'apparition d'une nouvelle rubrique, «astronomie», à partir de 1674.

55. J.-M. Gardair, op cit., p. 247.

56. Pour une liste complète des compte-rendus, voir J.-M. Gardair, op. cit., appendices 1 et 2.

57. Sur Jean-Baptiste Duhamel, secrétaire perpétuel et historien de l'Académie des Sciences de Paris, voir «Bibliothèque Universelle» (BU), vol. 11, pp. 480-481. Le De corpore animato libri quatuor est publié à Paris, en 1673.

58. Il s'agit de Honorati Fabri S.I. theologi Tractatus duo, quorum prior est de plantis et de generatione animalium, posterior de homine, Parisiis, apud Franciscum Muguet, 1666. Sur Fabri, outre les outils traditionnels de référence sur les membres de la Compagnie de Jésus, voir DSB, vol. 4, pp. 505-506, art. de E. A. Fellmann; A. Boehm, Deux essais de renouvellement de la scolastique au XVIIe siècle, II: L'aristotélisme d'Honoré Fabri (1607-1688), dans «Revue des sciences religieuses», vol. 39, 1965, pp. 305-360; E. Caruso, Honoré Fabri, gesuita e scienziato, dans «Quaderni di Acme», vol. 8, Miscellanea secentesca: saggi su Descartes, Fabri, White, 1987, pp. 85-126.

59. Sur ce théatin né à Modène en 1624, voir BU, vol. 18, p. 16-17. Ses Placita philosophica sont publiés à Paris en 1665.

60. Christiani Hugenii Horologium oscillatorium sive de motu pendulorum ad horologia aptato demonstrationes geometricae, Parisiis, apud Franciscus Muguet, 1673.  On ne renverra pas ici à la bibliographie spécialisée sur Huygens, mais, en guise de présentation, DSB, vol. 6, pp. 597-613.

61. Philosophiae Dogmaticae peripateticae christianae libri novem, in patrocinium Aristotelis ac in osores eiusdem..., compositum per FR. Seraphinum Piccinardum Brixienseum, Patavii, typis Petri Mariae Franbotti, 1671.

62. Voir DSB, vol. 2, pp. 348-349, art. de C. B. Boyer; H. J.M. Nellen, Ismaël Boulliau (1605-1694). Astronome, épistolier, nouvelliste et intermédiaire scientifique. Ses rapports avec les milieux du "libertinage érudit", Amsterdam et Maarsen, 1994, p. 608.

63. Voir DSB, vol. 6, pp. 360-364, art. de J. D. North.

64. Outre les outils traditionnels de référence sur les membres de la Compagnie de Jésus, on renverra à DSB, vol. 11, pp. 411-412, art. de L. Campedelli; U. Baldini, La formazione scientifica di Giovanni Battista Riccioli, dans Copernico e la questione copernicana in Italia dal XVI al XIX secolo, a cura di L. Pepe, Firenze, 1996, pp. 123-182.

65. Pour la liste complète des livres présentés dans le Giornale, voir J.M. Gardair, op. cit., pp. 339-367.

66. Sur le Collegio Romano et l'enseignement scientifique, il n'existe pas de travaux correspondant spécifiquement à cette période. Pour une approche générale, R. Villoslada, Storia del Collegio Romano dal suo inizio (1551) alla soppressione della Compagnia di Gesù (1773), Roma, 1954, p. 356; pour le premier siècle de l'histoire de la Compagnie, voir U. Baldini, Legem impone subactis..., cit. Sur les différents auteurs cités, voir, outre les notes qui précèdent, DBI, vol. 43, pp. 273-274, art. de M. Muccillo, pour Eschinardi; DSB, vol. 10, pp. 314-315, art. de P. Costabel, pour Pardiès; DSB, vol. 7, pp. 374-378, art. de H. Kangro, pour Kircher, ainsi que C. Z. Camenietzki, L'harmonie du monde au XVIIe siècle. Essai sur la pensée scientifique d'Athanasius Kircher, thèse pour le doctorat de philosophie sous la direction de M. Clavelin, Université de Paris IV, 1995, exemplaire dactylographié, p. 346.

67. Il faut, à ce propos, rappeler que la Compagnie s'est dotée, dès la fin du XVIe siècle, d'une structure interne de censure, le Collège des Réviseurs généraux, destiné à maintenir l'uniformitas et soliditas doctrinae. Voir A. Mancia, Il concetto di "dottrina" fra gli esercizi spirituali (1539) e la ratio studiorum (1599), dans AHSI, vol. 61, 1992, pp. 3-70. Parallèlement, les instances centrales avaient doté l'ordre d'un texte énonçant, sur les questions sensibles en théologie et en philosophie, les propositions prohibées. Celui-ci devait faire l'objet d'une mise à jour en 1651.

68. Voir A. Romano, op. cit., pp. 128-141.

69. Voir U. Baldini, Christoph Clavius and the Scientific Scene in Rome, dans G.V. Coyne, M.A. Oskin, O. Pedersen (éds.), Gregorian Reform of The Calendar. Proceedings of the Vatican Conference to Commemorate its 400th Anniversary, 1582-1982, Città del Vaticano, 1983, pp. 137-169.

70. S. Rotta, op. cit., p. 139: «È evidente la strategia dei bravi gesuiti: opporre esperienze a esperienze, dimostrarsi migliori sperimentatori di quanto fossero stati Galileo e i suoi discepoli».

71. Il s'agit de l'«Ordinatio pro studiis superioribus», publiée dans Institutum Societatis Iesu, Regulae, Ratio Studiorum, Firenze, 1893, vol. 2, pp. 13-15.

72. Sur ces questions, voir les précieuses analyses de J.-M. Gardair, chap. 11. Il convient notamment de rappeler, qu'à partir du moment où se constituent deux équipes, les choix de compte-rendus varient, Ciampini décidant de ne plus rendre compte que des ouvrages disponibles à Rome.

73. Il n'est pas possible, dans le cadre de cet article, de développer de longues analyses sur la diversité des modèles académiques et les spécificités italiennes. Certains travaux sont en cours de publication, notamment Académies et sociétés savantes en Europe, 1650-1800, actes du colloque international de Rouen, 14-17 novembre 1995; certains programmes de recherches sont en cours, notamment celui de l'Ecole française de Rome, dirigé par J. Boutier et B. Marin, sur «Naples, Rome, Florence. Les milieux intellectuels italiens aux XVIIe et XVIIIe siècles».

74. A propos de cette académie essentielle dans le XVIIe siècle italien, on renverra principalement à P. Galluzzi, op. cit. On rappelera simplement, avec P. Renucci, op. cit., p. 1379, que «la fondazione nel 1657 dell'Accademia del Cimento da parte di Leopoldo de' Medici, fratello del Granduca Ferdinando II, si inserisce in un postgalileismo limitato alle ricerche sperimentali di questioni trattabili».

75. S. Rotta, op. cit., p. 128.

76. M. Maylender, op. cit., p. 14.

77. Le «savant», avec toute la connotation sinon de professionnalisation, du moins de spécialisation qu'il convient de lui attribuer, par opposition à son prédécesseur de la Renaissance, caractérisé par l'idéal d'une culture encyclopédique, a été défini par V. Ferrone et P. Rossi, Lo scienziato nell'età moderna, Roma-Bari, 1994, p. 130. La complexité des conditions d'émergence d'une telle figure n'est nullement évacuée par les deux auteurs. On en prendra pour preuve cette réflexion de V. Ferrone, op. cit., p. 62: «Per comprendere la caratterizzazione settecentesca dell'uomo di scienza occorre avere anzitutto consapevolezza del fatto che alle spalle di quella figura stavano almeno due secoli di cosiddetta Rivoluzione scientifica. Stava il tentativo di professori universitari, chierici, medici, filosofi, matematici, astrologi, artisti, architetti e ingegneri di dare vita ad un nuovo sapere e a una figura inedita d'intellettuale deciso ad indagare i fenomeni naturali con metodi empirici, misurazioni e verifiche sperimentali, con un linguaggio e con obbiettivi differenti dalle discipline tradizionali come la filosofia, la teologia, il diritto o la letteratura [...]».

78. S. Rotta, op. cit., p. 138.

79. Pour une liste plus complète, voir M. Maylender, op. cit., p. 13 et passim.

80. Il n'y a qu'à penser ici à l'investissement, opéré par Ciampini en 1684, pour l'achat de deux nouveaux télescopes, qui devait moins répondre à un objectif d'efficacité que de longueur: le premier de 27 m. et le second de 34 m. permettaient des grossissements exceptionnels.

81. S. Rotta, op. cit., p. 138.

82. Voir C. Z. Camenietzki, op. cit., pp. 194-207.

83. Voir J.-M. Gardair, op. cit., p. 50, sur l'atomisme de Nazari: «La principale originalité du premier Giornale de' Letterati est d'ailleurs moins d'ordre épistémologique qu'idéologique: Nazari y esquisse en effet avec insistance un véritable programme de réforme philosophique, visant rien moins qu'à substituer l'atomisme à l'aristotélisme comme fondement officiel de la doctrine catholique [...]».

84. Ivi, pp. 247-255. Les exemples développés sont suffisament pertinents pour nous éviter de les reprendre.

85. On peut reprendre ici les analyses de M. Cavazza, à propos de Marsili et de l'essor de la science à Bologne à la fin du XVIIe siècle, Settecento inquieto..., cit., pp. 140-148.

86. S. Rotta, op. cit., p. 121.